La vie plus forte

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Anorexie.
Mot tellement banalisé aujourd’hui, qu’on résume au caprice de quelques gamines qui se trouvent trop rondes.

C’est pourtant une vraie maladie, dangereuse, parfois mortelle.
Les premiers signes sont apparus chez moi à l’âge de 23 ans. Parce que je voulais un enfant et que l’homme avec qui je vivais n’en voulait pas. Plus il rejetait l’idée, plus je maigrissais. Bien sûr, les causes sont bien plus profondes que ça, mais le déclencheur était là.
Après une perte de poids plus que conséquente, j’ai été prise en charge par les médecins, fait des séjours à l’hôpital. J’ai rencontré des gens bien, d’autres moins. Certains qui s’y connaissaient, d’autres qui ne parlaient que de manque de volonté. J’ai pris des cachets, suivi des thérapies. Tout cela m’a sûrement aidée mais ne m’a pas guérie.
Je me suis donc construit un quotidien à part, qui ne pouvait être que le mien, mais qui me convenait très bien. J’avais des amis, des amants, beaucoup. Mais aucun n’avait le droit de faire partie de ma vie.
J’étais seule par choix.
Jusqu’à Lui.

J’ai essayé de le repousser, de le décourager. Il était trop parfait pour rentrer dans mon Enfer, mais il ne s’est pas laissé faire.
Il a insisté, persévéré et j’ai fini par abdiquer, ou plutôt la maladie a commencé à capituler. Nous avons très vite vécu ensemble. Il m’a montré que la vie pouvait être belle. Puis nous avons voulu un enfant. Bien sûr, la maladie était toujours présente, parfois plus, parfois moins. Bien sûr, mon corps était cassé et avoir un enfant n’a pas été chose facile. Mais par chance, j’ai rencontré le médecin qui a rendu cela possible, cet homme qui restera à jamais dans mon cœur. Et il a si bien fait les choses que ce n’est pas un bébé que nous avons eu, mes deux.

Mes fils ont aujourd’hui 15 mois et, comble du bonheur, mon corps a décidé de reprendre ses fonctions et numéro 3 est déjà en route. Je ne dirai pas que la maladie a totalement disparu, ce serait mentir, j’ai toujours quelques réflexes tenaces. Mais elle est devenue tellement lointaine qu’elle n’a plus d’emprise sur moi. Je reste vigilante mais je n’ai pas peur.

Aujourd’hui, quand je croise des jeunes filles malades dans la rue, je reconnais tout de suite leurs traits si caractéristiques, leurs regards si fiers et si désespérés à la fois. J’aimerais aller les voir et leur dire que la guérison est possible, mais je sais que ça ne sert à rien, elles ne m’entendraient sûrement pas. Pourtant, c’est une réalité, la fin peut être heureuse. Et l’on apprécie d’autant plus ce qu’il y a après. Il y a seulement 5 ans, je n’y aurais pas cru. Aujourd’hui, je peux le dire, le chemin de la guérison est long et difficile, mais il est faisable. Et surtout, il en vaut la peine, tellement plus la peine que cet Enfer, aucune comparaison possible.

Angélique

J’ai arrêté de compter ma vie en « depuis »

Surmonter un divorce

17 ans : une rencontre.
22 ans : un bébé.
24 ans : un mariage.
Dix jours plus tard, une phrase prononcée qui résonne comme le choc d’un TGV s’écrasant contre ma vie : Je ne t’aime plus.
Ma vie se suspend, mon cœur s’arrête de battre pour lui, il ne me sert qu’à vivre ou plutôt à survivre. Puis la séparation.
25 ans : un divorce.

Les six premiers mois je n’avance qu’en pensant à mon petit garçon d’à peine deux ans, à son bien être, je mets un pied devant l’autre pour éviter de sombrer complètement. Mais mes nuits ont disparues, je ne dors plus, et quand je dors il hante mes cauchemars. Il hante aussi mes journées la moindre situation me renvoi ma condition à la figure. Et puis j’ai honte, alors je me terre.

Mais je peux compter sur deux amies formidables : la première est là, toujours là pour moi, elle m’écoute, m’invite à manger, me laisse pleurer sur son canapé, elle me porte à bouts de bras, et me soutient. Elle n’oublie rien, pas même les dates qui me font mal, les situations qui me font mettre un genou à terre, elle est là, toujours.
La seconde est là, un week-end sur deux, quand mon fils est chez son père. Elle me bouscule, m’empêche de rester chez moi, me force à voir du monde, à sortir, à affronter les regards, elle prévient les autres « attention pas de questions, elle est là pour oublier, pour s’amuser alors pas de questions ».
Elles sont là toutes les deux, et elles me répètent comme un mantra « tu verras un jour ça ira ».

Alors j’avance, avec cette idée fixe qu’un jour je ne me réveillerais plus avec cette douleur, qu’un jour tout ça fera simplement partie de ma vie et ne sera plus cette plaie béante qui me fait hurler en silence.
Cette séparation fut un véritable choc pour moi, mais aussi pour ma famille. Mais eux aussi sont là pour moi, ils sont à toutes épreuves.
Les mois passent, je fais beaucoup de tri dans ma vie, j’enlève les nuisibles qui au détour d’une conversation te donnent des nouvelles d’un ex qui te mettent à terre pendant des semaines. Je coupe court aux allusions et aux regards, je ne me résume pas à ça. Je plonge et je refais surface souvent, parfois je n’y arrive pas, alors elles sont là.
Les années passent, la plaie est devenue une cicatrice, parfois douloureuse, parfois insensible, mon petit garçon grandit. Il est temps. Il est temps de passer à autre chose ma belle, il est temps de mettre un autre chapitre dans ton histoire.

28 ans : un nouveau départ.
Alors je commence par changer de travail, une autre ville, d’autres visages, un autre trajet pour aller au boulot. Ces petits riens qui donnent l’impression de ne plus être prisonnière d’un schéma, d’une routine dont toutes les étapes me ramènent à des souvenirs. Car enfin plus rien ne vit dans ma mémoire, ce ne sont plus que des souvenirs dont les images se floutent et où les sensations disparaissent petit à petit. Puis je déménage, je quitte notre maison, pour aller dans ma maison et celle de mon fils, je quitte complètement cette ville que je ne supporte plus, ces murs qui ne sont plus chez nous. Nouveaux meubles pour une nouvelle vie, ça à l’air simple mais ça fait un bien fou. Puis pendant tout ce temps, mon petit garçon grandit, il me pousse à réussir notre vie, je me bats constamment pour lui. Il est mon moteur, lui qui devient le beau fils de quelqu’un puis le grand frère d’un bébé que je ne connaîtrais jamais. Mon cœur se serre, mais il se serre pour mon fils, je suis fière de lui, il ne se serre pas de douleurs ni de peine. Je suis enfin libérée.

29 ans : une renaissance.
5 ans, c’est long, c’est très long. Mais c’est le temps nécessaire qu’il m’a fallu et je ne regrette rien. Je me connais par cœur maintenant et j’ai réussi à faire sauter la carapace de protection qui enveloppait mon cœur et ma tête. Je suis enfin prête à vivre une autre histoire, à être amoureuse, à réaliser les millions de projets que j’avais enterrés, à vivre une vie entière et sereine.
Je n’ai plus peur, je n’ai plus mal. J’ai arrêté de compter ma vie « depuis », je la compte en avant.

Aurélie

Je choisis mes priorités

Vivre avec la maladie de Crohn

En 99, je finissais mes études à 200km de chez moi, je revenais donc sur Paris, prête à commencer une vie active, à vivre avec l’homme de ma vie, à rentrer dans la vie adulte.
Et puis voilà, le diagnostic est tombé, maladie de Crohn.
Un mois d’hospitalisation au lieu de chercher un travail, je répondais aux annonces de mon lit d’hôpital. Un mois à discuter avec d’autres malades, qui me disaient combien le Crohn leur avait foutu leur vie en l’air.

Et puis un jour, je croise une femme d’une dizaine d’année de plus que moi, venue faire un contrôle. Et elle m’a dit un truc fou : « tu sais, on vit avec un Crohn, on a des enfants ». Personne ne m’avait présenté les choses comme ça.
J’étais hospitalisée pour la première fois de ma vie, emprisonnée au lieu d’entrer dans la vie, et on me dit que je peux en avoir une.

J’ai pu sortir de l’hôpital, trouver un travail, habiter avec mon homme, et puis le Crohn a réattaqué. Douleurs, fatigues, je ne sortais plus, je me couchais avec les poules, à 23 ans.
En 2001, il a fallu m’opérer, et j’ai passé trois mois affreux avec une stomie. Je n’étais plus une femme. Pendant tout ce temps, mon homme était là. Mes amis aussi, ça m’a permis de faire le tri, et puis cette phrase de cette femme que je n’ai jamais revue, qui me faisait espérer une vraie vie.

J’ai eu énormément de chance, je n’ai pas eu de rechute depuis mes opérations. Mais j’ai mis du temps à me remettre émotionnellement de ces deux années (que deux je le réalise ne l’écrivant, j’ai toujours cru que ça avait été plus long !).
Mon homme est devenu mon mari, le père de mes enfants, j’ai pu passer à autre chose, vivre une vie.
Ces années m’ont fait choisir mes priorités. De carriériste, je suis passée mère au 4/5éme. Le stress professionnel ? Pour les autres ! Moi je fais ce que je peux, de mon mieux, mais je ne peux pas faire plus, à quoi bon. Le stress privé ? Pour les tracas de la vie quotidienne je m’énerve beaucoup moins. Seuls les problèmes de mes enfants me font réellement stresser. Mais le stress me fait peur, c’est ce qui peut déclencher une crise.

Voilà ce qu’il me reste de ces années. Ça, d’affreuses cicatrices que je vais essayer de me faire retirer (c’est la bonne résolution de l’année) et une bible vivante pour gérer une gastro.
Alors maintenant quand je discute avec quelqu’un qui vient de se faire diagnostiquer, plutôt que de lui raconter des horreurs, ce par quoi elle pourrait passer, ou pas, je lui explique qu’on peut avoir une vie, faire des enfants. Et j’espère que même si cette personne n’est pas aussi chanceuse que je l’ai été, elle s’accrochera à cette phrase comme je l’ai fait, et que ça lui permettra de s’en sortir et d’avoir une vraie vie, comme moi.

M.

Si tu souffres, bouge

Trouble psychiatrique

Quand j’avais 15 ans, mon père a demandé le divorce. Sous le choc, ma mère a développé une pathologie psychiatrique.

Du jour au lendemain, ma mère ne m’a plus reconnue, m’a dit qu’elle n’avait jamais eu d’enfant et qu’elle ne m’avais jamais aimée. Quand on allait au supermarché, les gens se retournaient sur son passage tellement elle avait l’air d’un zombie.
Bref, ma mère était devenue folle.
Le ciel aurait pu me tomber sur la tête que ça m’aurait sans doute fait le même effet.

Si je tiens à témoigner, c’est parce qu’à l’époque je n’ai reçu aucun soutien. Et que, il faut bien le dire, la pathologie psychiatrique, on en parle peu. C’est un peu la honte, ou en tout cas moi c’est comme ça que je l’ai vécu. Et rien que ça, c’est dur à encaisser.
“Elle est où ta mère?” “euh, à l’hosto” “et qu’est-ce qu’elle a?” “euh, ben, elle va pas bien” “oui mais elle a quoi exactement?” -à l’aide, une sortie de secours!

À ça, ajoutez le fait de voir ma mère qui était devenue une plaie béante. Toutes ses souffrances intérieures étaient exacerbées. Elle avait pris 30 kilos en un mois à cause des médicaments. Il était impossible d’avoir une conversation avec elle. Et c’est dur de voir un proche qui est là, devant vous, mais avec qui il est impossible de communiquer rationnellement alors que vous voyez bien que sa souffrance est immense.

Je me suis sentie tellement inutile, triste, frustrée. Sans parler de l’incertitude: combien de temps va-t-elle rester là ? Est-ce qu’elle va guérir ? Est-ce qu’on va pouvoir se refaire un jour de chouettes promenades, se payer de bonnes tranches de rigolades ? Et cette incertitude dure des mois. Qui semblent des années.

Heureusement dans mon cas, ma mère s’en est sortie. Puis a rechuté. Puis s’en est ressortie. Puis a rechuté. Puis s’en est ressortie. J’ose espérer que la dernière était la bonne.
Mais l’angoisse est toujours là.

Pour tenir bon, j’ai 2 trucs:
– je me suis acheté un agenda perpétuel, et pendant des années, j’ai écrit tous les jours les 3 trucs positifs de la journée. N’importe quoi. Des crêpes que m’avait préparées ma grand-mère, les fesses d’un beau gosse vu dans la rue, ma chanson préférée qui passait à la radio. Essayer de voir un petit peu de lumière au milieu de ce tunnel qui semble sans fin. Et d’une année à l’autre, je voyais l’évolution “tiens, le 05 juin 2003 j’ai fait ça, le 5 juin 2005 j’ai fait ça, …” Ça permet de voir qu’en général, le positif est toujours présent, ça oblige le cerveau à changer son fusil d’épaule et à se focaliser sur les beaux moments, les trucs qui donnent envie et espoir.
– j’ai lu un bouquin d’Amélie Nothomb qui a une citation qui me sert toujours: “Si tu meurs, pars. Si tu souffres, bouge. Il n’y a pas d’autre loi que le mouvement”. Je me fiche que cette auteur soit critiquée, moi, quand je sens que je plonge dans mes failles, je lis cette phrase que j’ai sur mon bureau et je m’oblige à bouger. Je vais boire un thé, je sors faire un tour, je passe un coup de fil, je regarde une série, je lis mon blog préféré, … tout ce qui peut aider à faire dérailler mes idées noires et me remettre sur le chemin positif. Je sais qu’il existe des associations pour les proches de personnes souffrant de troubles psychiatriques, à l’époque personne ne m’en avait parlé, mais je pense que ça vaut la peine de chercher, de demander à rencontrer les médecins, les infirmières, etc pour ne pas vivre cela seul.

Anne

P*** que la vie est belle !

Vivre après un cancer

2014… 10 ans déjà.

Janvier 2004, je suis une jeune mariée, maman de Claire 2 ans et 1/2 et enceinte d’un petit mec pour début mai. La grossesse est difficile, je suis fatiguée et surtout je tousse jour et nuit, j’ai du mal à m’alimenter mais bébé va bien. Fin avril, bilan hebdomadaire, bébé est en souffrance, il faut provoquer l’accouchement et tout ira bien pour nous deux. Après quelques jours à l’hôpital, Evan pointe le bout de son nez : il va bien, nous rentrons vite à la maison. Je suis fatiguée, je tousse toujours, d’autres symptômes apparaissent. Nous décidons de partir quelques jours à la campagne pour présenter bébé à la famille et profiter du bon air.

Mon état empire, le médecin de famille me fait passer des examens.
Nous sommes le 14 mai 2004, il est 16h30.
Evan est dans son cosi, mon mari et moi regardons le médecin s’enfoncer dans son siège: « je pense que c’est cancéreux, je vous conseille de rentrer voir votre médecin traitant au plus vite ». Il prend ma carte vitale…silence… »c’est votre anniversaire »… »oui j’ai 31 ans aujourd’hui, mon fils a 12 jours ».

Notre vie bascule, il faut se battre mais aussi préparer le pire « au cas où »…
1an…c’est le temps qu’il a fallu au traitement pour faire son œuvre.

2014…10 ans, je vais bien !!!
Nous avons même eu notre 3ème enfant, Juliette, née en 2010, ma victoire, mon bébé Kinder, le plus beau pied de nez à la maladie.
J’ai changé… J’étais super maniaque et invivable, mais c’était avant. Je n’improvisais rien , ne supportais pas le changement, c’était avant. L’éducation de Claire était presque militaire, mais c’était avant…

Aujourd’hui je zappe souvent le repassage, la poussière attend le chiffon quelques jours, la vaisselle reste parfois dans l’égouttoir plutôt que de retrouver sa place sur l’étagère, on mange des plats surgelés certains jours, on fait même des plateaux télés avec des chips et des bonbons…. C’est maintenant et c’est tellement bon !!! Il a fallu trouver des priorités, faire des choix. Le repassage n’est pas obligatoire par contre la douche c’est tous les jours ! La poussière sur l’étagère c’est pas très grave par contre le câlin du soir c’est indispensable. Partager des moments entre amis c’est nécessaire mais autour d’une blanquette qu’on a mit 3 heures à faire ce n’est pas indispensable, les vrais amis aiment aussi les pizzas surgelés et les coquillettes au jambon.

Mon plus grand rêve aujourd’hui c’est que la ligue contre le cancer fasse une campagne en nous parlant de ceux qui s’en sortent. J’ai réussi, c’était dur ok, il y a encore des jours où c’est dur… mais p***** qu’est-ce qu’elle est belle la vie !!!

Calou

Juste une cicatrice

Se remettre d'un cancer

13 ans. L’âge de l’insouciance. L’âge des premiers flirts. L’âge où il ne peut rien arriver.

Et puis un jour de la fièvre juste avant une sortie scolaire. Médecin, inquiétude, prise de sang, inquiétude … « C’est soit une grosse anémie, soit beaucoup plus grave il faut faire des examens complémentaires »
Donc me voilà direction l’hôpital, mais a 13 ans on ne comprend pas, je vois les petits crânes chauves en passant dans le couloir mais je ne réalise pas que je serai l’un d’entre eux très bientôt. Et puis, quelques prises de sang et ponctions lombaires plus tard le verdict tombe. « Tu as une Leucémie lymphoblastique aigue, un cancer du sang »
Ok alors cancer, je visualise, c’est grave et je me dis que je vais sans doute mourir ; c’est injuste quand même au tout début de sa vie…

Alors débutent les traitements, la chimio qui fait perdre les cheveux et qui rend malade… Mais qui est là pour me soigner.
Mais je ne me plains pas, je ne pleure pas, je n’ai pas le droit, j’ai 13 ans, je suis grande. Il y a tellement d’enfants plus petits, plus gravement malade que moi je dois être forte.
Pendant 9 mois, chimio, ponctions lombaires, ponction de moelle. L’équipe de l’hôpital est formidable, alors malgré mon jeune âge je décide de me battre et de garder le sourire. Je garde la pêche et j’essaie de rester le bout en train que j’ai toujours été. Et que je suis toujours aujourd’hui. Je cache mes douleurs et ma souffrance derrière un grand sourire. Je veux me battre pour mes parents, pour mon frère. Je me bats pour avoir une adolescence qui redeviendra normal, pour un jour avoir un amoureux, pour faire ma vie en fait.

Et ça marche, les traitements fonctionnent, bien sûr j’ai beaucoup maigri, je suis chauve comme un œuf au point qu’on me prend parfois pour un garçon.
J’en rigole aujourd’hui. La fin de la chimio à l’hôpital arrive, et puis après 1 an et demi de chimio orale à la maison le soulagement : REMISSION…
Ça veut dire que ma vie qui était en pause peut reprendre et que je peux commencer à être heureuse.

J’avais 13 ans, c’était il y a 13 ans. Avec le recul, je me dis que c’est une chance d’avoir vécu cette épreuve. Je garde même d’excellents souvenirs, des rencontres formidables, des moments fabuleux. Aujourd’hui je n’ai aucune séquelle physique de ma Leucémie. Juste une cicatrice sous la clavicule droite, qui me rappelle chaque jour la chance que j’ai de pouvoir vivre. Avec mon amour de petite fille et mon amoureux, celui dont je rêvais à 13 ans.

Je ris, je danse

Avoir un parent psychopathe

Pour moi, tout à commencé à l’âge de 10 ans.

J’étais une petite fille pleine de vie. Mes parents divorcent. Ma grande sœur quitte la maison. Maman et moi devons nous construire une nouvelle vie. Je passe d’enfant à petite adulte. Je fais la lessive, le ménage et les repas. Ma mère devient mon alliée, ma meilleure amie, ma confidente. Un week-end sur deux, je vais chez mon père. Cet homme que je savais déjà dur, maniaque, si peu présent dans mon enfance. Cet homme, je le découvre de plus en plus. Menteur, manipulateur, violent…Un vrai psychopathe en réalité (je ne dis pas ça à la légère, psychologues et psychiatres à l’appui).

Je passe les détails de mes aventures (et celles de ma mère, de ma sœur, de ma grand-mère, de ma nouvelle belle-mère et demi-frère…). J’ai vécu une très grandes souffrances morales. Dès mes 11 ans, je suis devenue sombre, hyper-timide, je me mutilais les poignets… Pour moi, la nature profonde de l’être humain était mauvaise. J’ai coupé les ponts…plusieurs fois.
J’y croyais, je suis revenue…plusieurs fois.

Mais un jour, j’ai ouvert les yeux, relu toutes ses lettres, réfléchi à ce que j’avais vécu. Cet homme n’éprouvait aucun remords, ne s’était jamais excusé de quoi que ce soit. Les autres étaient toujours les coupables. Le déclic : le balayer définitivement de ma vie. Ne plus rien ressentir. Le pardonner et l’oublier.

STOP !

Après des années de dépression, 2 tentatives de suicide, je suis aujourd’hui une femme épanouie, une mère aimante. Plus de timidité ! Une carrière qui se construit. La gaieté est revenue dans mon quotidien. Je suis toujours sous antidépresseurs et suivie. Mais 15 ans de souffrance psychologique m’ont rendu si forte !

Je croque la vie ! Je ris, je danse (chose que je n’ai jamais fait de mon adolescence), j’aime les gens et je leur dis.

Je n’ai plus peur des autres ! Après tout, que peuvent-ils me faire? Ceux que je « sens » mauvais ne peuvent pas m’atteindre. Je me sens forte et, malgré les moments bas d’un esprit blessé, la vie est belle. Ma famille : les trois femmes de ma vie : Ma mère, ma sœur, ma fille et le seul homme de ma vie c’est mon mari qui est doux, aimant et attentionné.

Je suis HEUREUSE !

Floflo

Toute douleur qui n’aide personne est absurde

Perdre un enfant

C’était trop beau, je m’en doutais, 2 beaux enfants, un compagnon, une exploitation qui commençait à tourner, un nouveau projet de vie.

Jusqu’à ce jour, un accident, une fraction de seconde qui chamboule toute la vie. De 4, on passe soudainement à 3, 3 êtres perdus sans toi.
3 ans de bonheur, voilà ce qu’il reste de toi, si peu et tant en même temps. Tu nous as faits parents. J’ai encore ton odeur imprégnée dans mon nez, tes cheveux tout doux que j’aimais tant caresser, ton rire résonne toujours en moi, mais pour combien de temps ? Tellement peur de t’oublier.

Et en même temps, avancer, pour ton frère, pour nous, parce que l’on est en vie, et que l’on mérite d’être heureux. Se reconstruire sans toi mais en ayant changé grâce à toi.

Se concentrer sur ce qui nous fait du bien. Se rapprocher des gens et s’éloigner de certains. Apprécier le moment présent.

S’aimer encore plus.

Profiter de ce que la vie nous donne, parce que la vie est belle malgré tout.

« Toute douleur qui n’aide personne est absurde » André Malreaux

Emilie

Je suis heureuse

Perdre son bébé

Il s’appelait Romain, c’était mon prince, il est arrivé un 18 août il y a 9 ans après le parcours d’une grossesse incroyablement compliquée, ponctuée de pleurs, de peurs, d’hospitalisations, mais dans laquelle j’ai mis absolument toutes mes forces actives ou passives.

Il est né grand prématuré à 30 semaines et nous avons su que ça ne lui donnait qu’une chance sur deux. Puisque je témoigne ici vous aurez compris que la chance n’était pas avec nous. Le 24 septembre, Romain s’en est allé, et avec lui, mon cœur est parti lui aussi. J’avais pourtant deux filles adorables déjà, de 7 et 5 ans… occultées, une famille aimante… occultée.
Tout était occulté à partir de ce jour, je n’avais aucun goût à rien, aucune envie de m’accrocher. Les gens me disaient des banalités dans le meilleur des cas, et d’incroyables horreurs dans le pire (je me souviendrai toujours de cette charmante dame de la sécu qui m’a dit un jour que la mort de Romain ne « l’arrangeait pas » administrativement parlant… devant le torrent de larmes qui m’est monté et ma réponse acerbe, elle s’est un peu sentie nulle).

J’évitais donc les gens. Heureusement mon mari et ma mère étaient là. Pugnaces, piliers, supportant tout, rebuffades, agacement, fatigue, il m’a vraiment fallu ces deux « béquilles » pour recommencer à songer survivre.

Puis l’envie d’avoir un autre enfant, une croisade, deux ans d’examens, mon corps était réticent, toujours soutenue par mon mari et ma mère, inlassablement recours et secours quand ma volonté se faisait faible.

Il a fallu que j’aide mes filles, perdue dans ma douleur, j’en oubliais que ceux que j’aimais souffraient aussi, et tant bien que mal je suis remontée à la surface. Deux ans après naissait, après une grossesse angoissée et néanmoins tranquille, ma troisième princesse, Julie.

Un enfant ne remplace jamais l’autre, mais Julie, soyons honnêtes a pansé bon nombre de blessures profondes. Ce petit bout aidé de ses grandes sœurs a su finir de me sortir d’une léthargie ambiante et sempiternelle. Elle a 7 ans maintenant, m’a remis sur les rails de mon rôle de mère 100% axée sur ses enfants, ne remplace personne mais occupe l’espace vide.

Et je suis heureuse.

Bien sûr je pense à Romain tous les jours, 9 ans après, le temps s’est scindé pour moi, tout évènement à dater se fait : avant Romain/après Romain, je parle de lui sans tabou et régulièrement, mais au contraire de ce que je pensais, j’ai appris à vivre sans lui, j’ai su tirer de tout ce qui se passe autour les forces de surmonter, de dépasser, et je suis heureuse. Ma vie est belle, mes filles vont bien, j’aime mon mari comme au premier jour, et surtout, surtout : je ne regrette rien, j’ai eu la chance de le connaitre ce fils, même pour peu de temps , j’en suis heureuse, je suis heureuse.

Aujourd’hui, je suis assistante maternelle , et je garde des petits garçons, pas de rancœur, pas de douleur, je puise même des forces incroyables à les regarder grandir entourés de mes filles.

La roue tourne, et chose formidable, elle tourne dans le bon sens.

Stef

Le chemin du bonheur reprend son cours

Vivre avec la maladie

Assez tôt pendant mon adolescence sont apparus les premiers signes.

Très discrets, très ponctuels, rien de bien méchant. Je trouvais ça un peu bizarre, mais j’ai fini par les « oublier ». Les années passants les symptômes se sont accentués et sont devenus de plus en plus présents et gênants. Jusqu’à devenir handicapants dans ma vie quotidienne. Ce sont des symptômes assez humiliants, j’ai fini par me tenir à l’écart, perdre des ami(e)s, et angoisser fortement à l’idée de sortir de chez moi. Ce syndrome est peu connu en France, et pourtant il touche des milliers de personnes qui parfois ne le savent même pas si leurs symptômes sont faibles. Mes symptômes sont très forts, j’ai vite compris que quelque chose ne tournait pas rond. Le problème, c’est qu’en France il n’y a aucune reconnaissance de cette maladie. Longtemps les spécialistes répondaient simplement « c’est dans la tête, essayez de ne pas stresser ». C’est là que naturellement je me suis tournée vers ma famille, à qui je n’avais pas trop honte d’en parler.

Et c’est là que le coup le plus violent m’a été porté. Déni, rejet, mon père m’a même dit que j’étais folle et bonne à interner. J’étais seule. Complètement seule.

Avec ce corps que je ne connaissais plus et contre qui je me battais à chaque instant. Un problème déboulant rarement seul, le mien m’a ramené des copains. entre autres celui appelé dépression-et-envie-d’en-finir, et les joyeux : fatigue extrême et grande faiblesse qui vont avec le syndrome comme des siamois. Bref, ça allait bien mal. Cependant j’ai trouvé en moi une force insoupçonnée, celle de garder à peu près toujours la tête hors de l’eau.

De limiter la casse.

De pas trop laisser paraître aux autres, en qui je n’avais plus aucune confiance mais je ne voulais pas voir de la pitié dans leurs yeux, ou l’étiquette « malade » avant celle de « personne sympa ». Et je n’y suis pas toujours parvenue. Les années sont passées sans réponses, toujours me tirant vers le bas, jusqu’à ce qu’un diagnostique soit enfin posé. Puis quelques solutions, certes peu efficaces, sont arrivées et ont fait bouger doucement l’opinion que j’avais de moi. Je n’étais pas folle, j’étais malade. Puis quelques années plus tard ma famille à commencé à comprendre, je leur envoyais tous les articles scientifiques sur la maladie, et progressivement ils ont compris.

Sans s’excuser, mais je ne leur en veux plus. Ils ne savaient pas, ne savaient pas quoi faire. Ensuite c’est l’aide de deux spécialistes, qui m’ont redonné l’espoir de pouvoir vivre quasi-normalement il y a quelques mois. Et depuis pour moi c’est un bond en avant, un coup de pied au c** qui me fait avancer vers l’avenir. Les milles morceaux brisés de mon âme commencent à se rafistoler, toutes mes angoisses se calment et mes souvenirs de ce gouffre sans fond qui a duré une bonne dizaine d’années s’apaisent. Je vais devoir affronter mes peurs pour avancer, et ça aussi, ça fait peur.

Mais ça permet de voir la lumière au bout du tunnel et de s’y diriger.

J’ai repris une partie du contrôle de ce corps devenu un ennemi, j’ai compris que je pouvais gérer l’ingérable, et mettre un pied devant l’autre sans tomber trop souvent. En tout cas me relever et continuer. Ce n’est pas un « déclic » ou un remède miracle qui sont venus me repêcher, c’est une évolution lente de mon état d’esprit, la prise de conscience de ma « force » pour avoir encaissé seule tout ça, et un concours de circonstances qui m’ont amenée à rencontrer des gens compétents. Ça a pris des années, mais ça m’aide à me construire, et chaque petite victoire doit être prise comme une grande victoire, même au milieu de choses plus négatives. C’est en se focalisant la-dessus qu’on avance. Pas vite, mais dans le bon sens 🙂

Aujourd’hui je suis professeur des écoles, et je retrouve mon plaisir de vivre un peu plus chaque jour 🙂 Gardez espoir, maintenez le cap, doucement mais surement le chemin du bonheur reprend son cours.

Cyrielle