Du courage

Il y a très exactement 3 ans et 5 mois, je mettais un pied dans le drame de ma vie. Je ne me souviens pas avoir exactement envie d’en finir, mais je sais que je me suis dit que ma vie s’arrêtait là. Et ça a été le cas, pendant quelque temps. Je suis partie en même temps que lui.
Beaucoup de gens m’ont dit que j’étais forte d’avoir surmonté ça, qu’eux n’auraient pas eu ce courage. Avant mon fils, je n’ai pas perdu de personne très proche. J’ai encore mes parents, encore mes grands-parents. Quand j’y pensais, je me disais que jamais je ne pourrais survivre à quelqu’un que j’aime. Je n’ai jamais été forte.
Je ne le suis pas plus aujourd’hui.
Je dis souvent que je n’ai pas eu le choix, mais je crois que si, en fait.
Je n’ai pas eu le choix de continuer à vivre. Mais j’ai fait le choix de continuer à vivre le mieux possible.

 Ça ne s’est pas fait comme ça. Les premiers jours, les premiers mois, la première année, j’étais détruite. De l’extérieur, on ne voyait rien, mais à l’intérieur, c’était en mille morceaux.
Au départ, je n’avais même pas envie d’aller mieux. Je ne voyais plus l’intérêt. A quoi bon ?
Je me souviens parfaitement de la première fois où j’ai souri. Dès que je me suis rendue compte que je souriais, j’ai éclaté en sanglots. Je n’avais pas le droit. Il n’était plus là, je ne pouvais pas sourire.
Je me souviens avoir dit que je ne serais plus jamais la même. J’avais l’habitude d’être cette fille rigolote, enjouée, positive. Il y avait un avant et un après.

Ça a pris plusieurs mois. Plusieurs mois de patience et d’amour pour mes proches. Plusieurs mois de douleurs, d’avancées et de rechutes pour moi. Mais j’avais pris la décision que, puisqu’il fallait continuer à vivre, il fallait essayer d’être les plus heureux possible. Pour nous, pour lui. C’est con, mais je ne voulais pas que, de là où il était, il culpabilise d’avoir rendu ses parents malheureux.

Outre l’amour de mes proches, il y a quelque chose qui m’a beaucoup aidée : les témoignages des gens. Je m’en suis abreuvée, pendant des mois. Pas les témoignages des gens qui racontaient leur malheur, non. Le témoignage de ceux qui avaient réussi à s’en sortir. De ceux qui avaient continué à être heureux.
Parce que bordel, être heureux, c’est quand même vachement mieux.

J’ai lu des témoignages sur les forums, j’ai reçu des mails de lectrices qui avaient vécu la même chose, je me suis nourrie de tout ça. J’y ai puisé de la force.
Au départ, j’avoue que je pensais que c’était impossible. Si elles y étaient arrivées, c’est juste parce que c’était leur nature. Elles étaient fortes, je ne l’avais jamais été.

Et pourtant.
Aujourd’hui,  je reçois régulièrement des messages de parents qui sont en train de vivre l’inhumain. Aujourd’hui, c’est moi qui leur dis qu’on peut s’en sortir, qu’on peut être heureux après.
Et c’est vrai.
Je ne vous dirai pas que tout est merveilleux, je suis pleine de failles, pleine d’angoisses, encore plus qu’avant. J’ai des moments où je pleure sas pouvoir m’arrêter, pendant des heures. Mais j’ai au moins un fou rire par jour et je crois pouvoir dire que je suis heureuse et joyeuse. J’aime la vie. A nouveau.

Ginie

4 thoughts on “Du courage

  1. Comme ce texte me parle !! Vous n’imaginez pas à quel point et que ça fait du bien de se sentir moins seule. Je viens de perdre mon fils (presque 3 ans) le 17 novembre dernier, c’est tout récent, j’ai beaucoup de questions en tête qui me torturent. Ce site est une très bonne idée.
    Pareil j’ai tous mes grands parents, mes parents, je n’avais jamais approché la mort de près, il a fallu que ce soit mon bébé, je n’avais jamais vraiment pensé à la mort auparavant. On prend ça de plein fouet, mais une chose est sûr c’est que la vie continue, on a pas le choix, on est pas courageux, c’est comme ça.
    Il faut avancer, autant la rendre plus belle que possible, apprécier encore plus qu’avant les petits bonheur qui nous sont offerts.
    Merci !
    Emilie

  2. J’aurais pu écrire ces mots, je me vois dans vos lignes… Moi aussi j’ai cru ne jamais pouvoir aller mieux, ou du moins, moins mal… Je n’avais pas envie d’aller mieux… Aujourd’hui ça fait 2 ans et demi qu’il est parti et je vais mieux, même si une partie de moi reste en mille morceaux… Malgré tout je ne suis jamais plus redevenue la même, mais j’apprécie ma vie un peu plus..

  3. Paul aurait 5 ans et demi….c’est important le demi à cet âge là…
    depuis je suis heureuse pour deux….c’est mieux que d’être triste pour deux… 😉
    merci pour ce témoignage….moi j’avais peur d’oublier…et c’est une maman d’un petit mickael décédé 35 ans plutôt qui m’a dit…jamais tu n’oublieras tu vivras avec…et chaque rayon de soleil…chaque beauté de la nature sera un signe de ton ange…une preuve d’amour…

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