J’ai arrêté de compter ma vie en « depuis »

Surmonter un divorce

17 ans : une rencontre.
22 ans : un bébé.
24 ans : un mariage.
Dix jours plus tard, une phrase prononcée qui résonne comme le choc d’un TGV s’écrasant contre ma vie : Je ne t’aime plus.
Ma vie se suspend, mon cœur s’arrête de battre pour lui, il ne me sert qu’à vivre ou plutôt à survivre. Puis la séparation.
25 ans : un divorce.

Les six premiers mois je n’avance qu’en pensant à mon petit garçon d’à peine deux ans, à son bien être, je mets un pied devant l’autre pour éviter de sombrer complètement. Mais mes nuits ont disparues, je ne dors plus, et quand je dors il hante mes cauchemars. Il hante aussi mes journées la moindre situation me renvoi ma condition à la figure. Et puis j’ai honte, alors je me terre.

Mais je peux compter sur deux amies formidables : la première est là, toujours là pour moi, elle m’écoute, m’invite à manger, me laisse pleurer sur son canapé, elle me porte à bouts de bras, et me soutient. Elle n’oublie rien, pas même les dates qui me font mal, les situations qui me font mettre un genou à terre, elle est là, toujours.
La seconde est là, un week-end sur deux, quand mon fils est chez son père. Elle me bouscule, m’empêche de rester chez moi, me force à voir du monde, à sortir, à affronter les regards, elle prévient les autres « attention pas de questions, elle est là pour oublier, pour s’amuser alors pas de questions ».
Elles sont là toutes les deux, et elles me répètent comme un mantra « tu verras un jour ça ira ».

Alors j’avance, avec cette idée fixe qu’un jour je ne me réveillerais plus avec cette douleur, qu’un jour tout ça fera simplement partie de ma vie et ne sera plus cette plaie béante qui me fait hurler en silence.
Cette séparation fut un véritable choc pour moi, mais aussi pour ma famille. Mais eux aussi sont là pour moi, ils sont à toutes épreuves.
Les mois passent, je fais beaucoup de tri dans ma vie, j’enlève les nuisibles qui au détour d’une conversation te donnent des nouvelles d’un ex qui te mettent à terre pendant des semaines. Je coupe court aux allusions et aux regards, je ne me résume pas à ça. Je plonge et je refais surface souvent, parfois je n’y arrive pas, alors elles sont là.
Les années passent, la plaie est devenue une cicatrice, parfois douloureuse, parfois insensible, mon petit garçon grandit. Il est temps. Il est temps de passer à autre chose ma belle, il est temps de mettre un autre chapitre dans ton histoire.

28 ans : un nouveau départ.
Alors je commence par changer de travail, une autre ville, d’autres visages, un autre trajet pour aller au boulot. Ces petits riens qui donnent l’impression de ne plus être prisonnière d’un schéma, d’une routine dont toutes les étapes me ramènent à des souvenirs. Car enfin plus rien ne vit dans ma mémoire, ce ne sont plus que des souvenirs dont les images se floutent et où les sensations disparaissent petit à petit. Puis je déménage, je quitte notre maison, pour aller dans ma maison et celle de mon fils, je quitte complètement cette ville que je ne supporte plus, ces murs qui ne sont plus chez nous. Nouveaux meubles pour une nouvelle vie, ça à l’air simple mais ça fait un bien fou. Puis pendant tout ce temps, mon petit garçon grandit, il me pousse à réussir notre vie, je me bats constamment pour lui. Il est mon moteur, lui qui devient le beau fils de quelqu’un puis le grand frère d’un bébé que je ne connaîtrais jamais. Mon cœur se serre, mais il se serre pour mon fils, je suis fière de lui, il ne se serre pas de douleurs ni de peine. Je suis enfin libérée.

29 ans : une renaissance.
5 ans, c’est long, c’est très long. Mais c’est le temps nécessaire qu’il m’a fallu et je ne regrette rien. Je me connais par cœur maintenant et j’ai réussi à faire sauter la carapace de protection qui enveloppait mon cœur et ma tête. Je suis enfin prête à vivre une autre histoire, à être amoureuse, à réaliser les millions de projets que j’avais enterrés, à vivre une vie entière et sereine.
Je n’ai plus peur, je n’ai plus mal. J’ai arrêté de compter ma vie « depuis », je la compte en avant.

Aurélie

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