Si tu souffres, bouge

Trouble psychiatrique

Quand j’avais 15 ans, mon père a demandé le divorce. Sous le choc, ma mère a développé une pathologie psychiatrique.

Du jour au lendemain, ma mère ne m’a plus reconnue, m’a dit qu’elle n’avait jamais eu d’enfant et qu’elle ne m’avais jamais aimée. Quand on allait au supermarché, les gens se retournaient sur son passage tellement elle avait l’air d’un zombie.
Bref, ma mère était devenue folle.
Le ciel aurait pu me tomber sur la tête que ça m’aurait sans doute fait le même effet.

Si je tiens à témoigner, c’est parce qu’à l’époque je n’ai reçu aucun soutien. Et que, il faut bien le dire, la pathologie psychiatrique, on en parle peu. C’est un peu la honte, ou en tout cas moi c’est comme ça que je l’ai vécu. Et rien que ça, c’est dur à encaisser.
“Elle est où ta mère?” “euh, à l’hosto” “et qu’est-ce qu’elle a?” “euh, ben, elle va pas bien” “oui mais elle a quoi exactement?” -à l’aide, une sortie de secours!

À ça, ajoutez le fait de voir ma mère qui était devenue une plaie béante. Toutes ses souffrances intérieures étaient exacerbées. Elle avait pris 30 kilos en un mois à cause des médicaments. Il était impossible d’avoir une conversation avec elle. Et c’est dur de voir un proche qui est là, devant vous, mais avec qui il est impossible de communiquer rationnellement alors que vous voyez bien que sa souffrance est immense.

Je me suis sentie tellement inutile, triste, frustrée. Sans parler de l’incertitude: combien de temps va-t-elle rester là ? Est-ce qu’elle va guérir ? Est-ce qu’on va pouvoir se refaire un jour de chouettes promenades, se payer de bonnes tranches de rigolades ? Et cette incertitude dure des mois. Qui semblent des années.

Heureusement dans mon cas, ma mère s’en est sortie. Puis a rechuté. Puis s’en est ressortie. Puis a rechuté. Puis s’en est ressortie. J’ose espérer que la dernière était la bonne.
Mais l’angoisse est toujours là.

Pour tenir bon, j’ai 2 trucs:
– je me suis acheté un agenda perpétuel, et pendant des années, j’ai écrit tous les jours les 3 trucs positifs de la journée. N’importe quoi. Des crêpes que m’avait préparées ma grand-mère, les fesses d’un beau gosse vu dans la rue, ma chanson préférée qui passait à la radio. Essayer de voir un petit peu de lumière au milieu de ce tunnel qui semble sans fin. Et d’une année à l’autre, je voyais l’évolution “tiens, le 05 juin 2003 j’ai fait ça, le 5 juin 2005 j’ai fait ça, …” Ça permet de voir qu’en général, le positif est toujours présent, ça oblige le cerveau à changer son fusil d’épaule et à se focaliser sur les beaux moments, les trucs qui donnent envie et espoir.
– j’ai lu un bouquin d’Amélie Nothomb qui a une citation qui me sert toujours: “Si tu meurs, pars. Si tu souffres, bouge. Il n’y a pas d’autre loi que le mouvement”. Je me fiche que cette auteur soit critiquée, moi, quand je sens que je plonge dans mes failles, je lis cette phrase que j’ai sur mon bureau et je m’oblige à bouger. Je vais boire un thé, je sors faire un tour, je passe un coup de fil, je regarde une série, je lis mon blog préféré, … tout ce qui peut aider à faire dérailler mes idées noires et me remettre sur le chemin positif. Je sais qu’il existe des associations pour les proches de personnes souffrant de troubles psychiatriques, à l’époque personne ne m’en avait parlé, mais je pense que ça vaut la peine de chercher, de demander à rencontrer les médecins, les infirmières, etc pour ne pas vivre cela seul.

Anne

3 thoughts on “Si tu souffres, bouge

  1. Wah je suis impressionnée par ton histoire. Je suis étudiante ergothérapeute et je me destine à la psychiatrie,ça m’attire beaucoup, mais je pense qu’on ne se rend jamais assez compte de l’influence des pathologies sur la famille.Tu as eu une force incroyable pour surmonter tout ça, je ne peux que t’admirer, beaucoup auraient lâcher mais pas toi ! Je te souhaite aujourd’hui tout le bonheur du monde et que ton témoignage pourra aider d’autres personnes dans ta situation !

    Tendresse et baisers sucrés
    http://berengereinwonderland.blogspot.fr/

  2. Ton article m’a beaucoup touchée. Bravo pour cette force dont tu as été capable – si jeune en plus ! Je suis en admiration et en profond respect.

    Je te souhaite pleins de bonnes choses pour la suite.

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