La vie plus forte

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Anorexie.
Mot tellement banalisé aujourd’hui, qu’on résume au caprice de quelques gamines qui se trouvent trop rondes.

C’est pourtant une vraie maladie, dangereuse, parfois mortelle.
Les premiers signes sont apparus chez moi à l’âge de 23 ans. Parce que je voulais un enfant et que l’homme avec qui je vivais n’en voulait pas. Plus il rejetait l’idée, plus je maigrissais. Bien sûr, les causes sont bien plus profondes que ça, mais le déclencheur était là.
Après une perte de poids plus que conséquente, j’ai été prise en charge par les médecins, fait des séjours à l’hôpital. J’ai rencontré des gens bien, d’autres moins. Certains qui s’y connaissaient, d’autres qui ne parlaient que de manque de volonté. J’ai pris des cachets, suivi des thérapies. Tout cela m’a sûrement aidée mais ne m’a pas guérie.
Je me suis donc construit un quotidien à part, qui ne pouvait être que le mien, mais qui me convenait très bien. J’avais des amis, des amants, beaucoup. Mais aucun n’avait le droit de faire partie de ma vie.
J’étais seule par choix.
Jusqu’à Lui.

J’ai essayé de le repousser, de le décourager. Il était trop parfait pour rentrer dans mon Enfer, mais il ne s’est pas laissé faire.
Il a insisté, persévéré et j’ai fini par abdiquer, ou plutôt la maladie a commencé à capituler. Nous avons très vite vécu ensemble. Il m’a montré que la vie pouvait être belle. Puis nous avons voulu un enfant. Bien sûr, la maladie était toujours présente, parfois plus, parfois moins. Bien sûr, mon corps était cassé et avoir un enfant n’a pas été chose facile. Mais par chance, j’ai rencontré le médecin qui a rendu cela possible, cet homme qui restera à jamais dans mon cœur. Et il a si bien fait les choses que ce n’est pas un bébé que nous avons eu, mes deux.

Mes fils ont aujourd’hui 15 mois et, comble du bonheur, mon corps a décidé de reprendre ses fonctions et numéro 3 est déjà en route. Je ne dirai pas que la maladie a totalement disparu, ce serait mentir, j’ai toujours quelques réflexes tenaces. Mais elle est devenue tellement lointaine qu’elle n’a plus d’emprise sur moi. Je reste vigilante mais je n’ai pas peur.

Aujourd’hui, quand je croise des jeunes filles malades dans la rue, je reconnais tout de suite leurs traits si caractéristiques, leurs regards si fiers et si désespérés à la fois. J’aimerais aller les voir et leur dire que la guérison est possible, mais je sais que ça ne sert à rien, elles ne m’entendraient sûrement pas. Pourtant, c’est une réalité, la fin peut être heureuse. Et l’on apprécie d’autant plus ce qu’il y a après. Il y a seulement 5 ans, je n’y aurais pas cru. Aujourd’hui, je peux le dire, le chemin de la guérison est long et difficile, mais il est faisable. Et surtout, il en vaut la peine, tellement plus la peine que cet Enfer, aucune comparaison possible.

Angélique

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