Je choisis mes priorités

Vivre avec la maladie de Crohn

En 99, je finissais mes études à 200km de chez moi, je revenais donc sur Paris, prête à commencer une vie active, à vivre avec l’homme de ma vie, à rentrer dans la vie adulte.
Et puis voilà, le diagnostic est tombé, maladie de Crohn.
Un mois d’hospitalisation au lieu de chercher un travail, je répondais aux annonces de mon lit d’hôpital. Un mois à discuter avec d’autres malades, qui me disaient combien le Crohn leur avait foutu leur vie en l’air.

Et puis un jour, je croise une femme d’une dizaine d’année de plus que moi, venue faire un contrôle. Et elle m’a dit un truc fou : « tu sais, on vit avec un Crohn, on a des enfants ». Personne ne m’avait présenté les choses comme ça.
J’étais hospitalisée pour la première fois de ma vie, emprisonnée au lieu d’entrer dans la vie, et on me dit que je peux en avoir une.

J’ai pu sortir de l’hôpital, trouver un travail, habiter avec mon homme, et puis le Crohn a réattaqué. Douleurs, fatigues, je ne sortais plus, je me couchais avec les poules, à 23 ans.
En 2001, il a fallu m’opérer, et j’ai passé trois mois affreux avec une stomie. Je n’étais plus une femme. Pendant tout ce temps, mon homme était là. Mes amis aussi, ça m’a permis de faire le tri, et puis cette phrase de cette femme que je n’ai jamais revue, qui me faisait espérer une vraie vie.

J’ai eu énormément de chance, je n’ai pas eu de rechute depuis mes opérations. Mais j’ai mis du temps à me remettre émotionnellement de ces deux années (que deux je le réalise ne l’écrivant, j’ai toujours cru que ça avait été plus long !).
Mon homme est devenu mon mari, le père de mes enfants, j’ai pu passer à autre chose, vivre une vie.
Ces années m’ont fait choisir mes priorités. De carriériste, je suis passée mère au 4/5éme. Le stress professionnel ? Pour les autres ! Moi je fais ce que je peux, de mon mieux, mais je ne peux pas faire plus, à quoi bon. Le stress privé ? Pour les tracas de la vie quotidienne je m’énerve beaucoup moins. Seuls les problèmes de mes enfants me font réellement stresser. Mais le stress me fait peur, c’est ce qui peut déclencher une crise.

Voilà ce qu’il me reste de ces années. Ça, d’affreuses cicatrices que je vais essayer de me faire retirer (c’est la bonne résolution de l’année) et une bible vivante pour gérer une gastro.
Alors maintenant quand je discute avec quelqu’un qui vient de se faire diagnostiquer, plutôt que de lui raconter des horreurs, ce par quoi elle pourrait passer, ou pas, je lui explique qu’on peut avoir une vie, faire des enfants. Et j’espère que même si cette personne n’est pas aussi chanceuse que je l’ai été, elle s’accrochera à cette phrase comme je l’ai fait, et que ça lui permettra de s’en sortir et d’avoir une vraie vie, comme moi.

M.

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