Nouveau départ

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Je voudrais m’excuser auprès de celles et ceux qui sont touchés par la maladie, qui ont souffert dans leur chair ou qui ont perdu un être aimé car mon témoignage peut leur paraître bien futile à coté de leur souffrance.

Pourtant je suis encore en deuil. Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes : des jobs parfaits, des salaires plus que confortables, des enfants rayonnants de santé et de bonheur, des amis fabuleux, un pays qui nous a accueillis merveilleusement bien pendant 15 ans. Nos meilleures années? Puis un coup de fil de mon mari en pleine nuit : « c’est fini. Ils m’ont viré. Et toi aussi. ».

« Divergence de vision fondamentale et inconciliable de la direction de l’entreprise », ont dit les messieurs du conseil d’administration. Virés ! Des années de travail acharné, des espoirs, des projets, des promesses, un statut social qui partent en fumée. Plus de salaire, pas d’indemnisation possible pour mon mari, une aumône pour moi. Le loyer, l’école privée, happent nos économies en quelques mois. Il faut rentrer en France. La famille nous aidera. Alors on rentre chez nos parents et on recommence tout.

RMI, CMU, recherche d’emploi. Des mois de « on adoooore vote profil atypique » suivi de …. rien.

M’en fous, j’ai la rage ! J’en veux au monde entier ! Je vais prouver que je peux ! Des semaines d’humiliations car les chômeurs, les gens au RSA-CMU, c’est bien connu, c’est des bons à rien, des fainéants. Des matins à entendre ma moitié sangloter en se réveillant, la réalité lui revenant brutalement à la conscience. Des espoirs, des désespoirs. L’incompréhension des proches parfois : t’as l’air de rien faire de tes journées. Mais quand tu as fait le tour des offres d’emploi sur le net, que tu as envoyé tes 5 candidatures spontanées/jour, tu peux faire quoi d’autre ? Au bout d’un moment tu n’as plus qu’à attendre le lendemain, le courrier, les nouvelles offres sur le net, le journal.

Les « tu devrais prendre n’importe quoi, caissière, manutentionnaire » … « Moi, si j’étais au chômage, bla bla bla ». La suspicion aussi (forcément on a fait quelque chose de mal). L’immense accompagnement des parents. Ils soutiennent beaucoup, ne comprennent pas toujours mais soutiennent.

12 mois plus tard : un premier job qui correspond à peu près. Un « on va vous prendre au SMIC, en CDD de 3 mois, pour voir » arraché au bout de 2 heures d’entretien. Le SMIC. Gloups. C’est 20% de moins que quand j’ai commencé ma carrière il y a …. 17 ans… je prends, on verra. Mon mari se sert de toutes ses compétences pour « coacher » les chefs d’entreprise. Il déteste, c’est mal payé, activité en pointillé mais mieux que rien. On loue une maison, enfin une vie familiale « comme avant ». De nouveaux merveilleux amis. Un nouveau chez nous. Un nouveau statut social. On compte le moindre sou. On n’était plus habitués à tout se refuser. Puis on l’achète finalement cette maison, on l’aime bien. Puis les salaires augmentent. Les primes. La reconnaissance au travail. Nouvelles responsabilités.

Et parce qu’on est des fous, on arrête tout et on se relance dans la création d’entreprise : la nôtre, à tous les deux. Celle qu’au fond on a toujours eue en tête. J’adore mon « nouveau métier », mon mari aussi. Bien sûr, on aimerait le faire dans d’autres conditions économiques car c’est encore très …. raide. Mais c’est quand même une renaissance. On a de nouveau des projets. Pas un jour où je ne pense à ce pays. Pas un jour sans le manque des amis. L’odeur des rues, les couleurs, la chaleur, la façon d’envisager la vie. La langue qui est celle que je parle dans mes rêves et avec mes enfants m’accompagne. Pas une musique, un film, un reportage ce « là-bas » sans que je pleure. Je suis en deuil de tout cela. Mais je suis sortie grandie de cette immense claque : j’ai une compréhension de l’autre, une empathie, une sensibilité et une ouverture d’esprit que je n’avais pas.

Je suis meilleure personne et ça me fait du bien. Notre couple s’est renforcé, nous sommes soudés. Nous avons d’autres projets que de savoir comment on va dépenser nos sous. Je sais aujourd’hui que je suis capable de beaucoup. J’ai gagné en patience. J’ai redirigé mes priorités, mes motivations et mes aspirations. Quand nous sommes rentrés en France, ma maman – qui connaît très bien le monde du travail – m’a dit « une tuile comme ça, on met 10 ans à s’en remettre ». C’est à peu près ça. Mais 8 ans après ça va mieux !

Mme Pivoine

Je suis bien avec elle

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Je suis maman depuis le 23 octobre sur le papier, mais je me sens maman depuis début janvier.

J’ai eu ma petite fille par césarienne en urgence, je suis rentrée avec elle à la maison, mais je suis repartie en urgence 2 jours après pour une grosse infection à la cicatrice. Une césarienne c’est déjà psychologiquement difficile, je n’étais pas préparée à ça.

Cette sensation d’être dépendante quand ce n’est pas notre tempérament, c’est horrible.

8 jours d’hospitalisation, -4kg, pour vous dire que je l’ai mal vécu.

2ème hospitalisation, 5 jours d’isolement, séparée de mon bébé à même pas 10 jours de vie: -5kg, une profonde dépression.

A la suite de cette 2ème hospitalisation, des traitements lourds (pansements pendant 6 semaines) je ne peux toujours pas gérer ma fille seule, je m’enfonce…. J’ai peur d’être seule avec elle…. Début décembre, ma louloute est hospitalisée… Il faut que je me ressaisisse, je n’ai pas le droit de m’apitoyer sur mon sort, elle a besoin de moi.

Une famille et une belle famille formidables, un papa génial, tout le monde est autour de moi et essaye de me laisser gérer la situation sans me frustrer mais en m’orientant vers les bons choix sans forcer, je ne pourrai jamais assez les remercier . Au bout de 8 jours, elle sort de l’hôpital, et nous commençons à construire toute les 2 une relation mère-fille. Enfin je la vois comme MON bébé, je commence à ressentir un amour infini pour elle, je la sens moins nerveuse, moins stressée. Je retrouve le sourire, mon état s’améliore, je revis, elle me sourit.  Aujourd’hui, elle a 3mois, nous nous découvrons un peu tous les jours toute les 2, nous ne nous regardons plus comme 2 étrangères, je n’ai plus peur d’être seule avec elle.

Une césarienne c’est difficile, je trouve que l’on devrait donner plus que des infos médicales, on devrait insister auprès des futures mamans sur le fait que les premiers jours, vous ne pouvez pas gérer votre bébé. Mais aussi nous informer sur les éventuelles complications. J’ai culpabilisé pendant un mois et demi, je regrette d’avoir perdu ce temps précieux que sont les premiers moments avec bébé.

Aujourd’hui le temps fait son travail, je ne suis pas guérie, on n’oublie pas ce par quoi nous sommes passés, mais le sourire de ma fille me donne tous les jours la force de patienter jusqu’à la guérison complète, et même parfois je me surprends à penser à lui donner un petit frère.

Laetitia

Les petites fleurs sur le chemin

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Un jour ma vie a basculé… et pourtant je veux croire au bonheur je reste optimiste parce qu’à mon sens je ne peux pas être pessimiste [pas que je ne m’autorise pas mais comment pourrais-je gâcher la Vie ?]

Je me suis souvent demandé comment je réagirais si quelque chose de grave m’arrivait… On ne sait jamais à l’ avance…

Ma vie a basculé cette nuit-là où je t’ai trouvé sans vie près de moi… Mon petit Alric, tu n’avais que 15 jours et la vie t’a quitté, sans prévenir tu es reparti sans faire de bruit (mort subite du nourisson)…
Bien sûre, j’ai été triste, bouleversée, choquée… mais très vite je me suis dit « tu devais partir.. .»

Ma vie, la VIE, était là devant, alors j’ai mis un pied devant l’autre et j’ai continué avec toi dans mon cœur ; tu nous as apporté tellement de bonheur, un accouchement si doux ; jamais nous ne t’oublierons…
Et la VIE a continué sa ronde et nous avec.

Chaque jour, je regarde les fleurs (un sourire, un message, un mot…) sur mon chemin car il y en a toujours et ça je te le dois.  Je ne suis pas un meilleur personne qu’avant,  j’ai juste appris à voir et à regarder

Tellement de choses merveilleuses et jolies se passent autour de moi, je ne peux plus ne voir que le mal ou le négatif…
Alors merci mon tout petit de m’avoir montré les fleurs et promis il ne passera plus un jour sans que je les regarde.

J’espère que certains les verront avec moi…

Et Merci à tous ceux et toutes celles qui m’offrent une fleur (une conversation, un sourire, une écoute…) au détour du chemin…

J’ai écrit ce témoignage pour expliquer mon état d’esprit « si vite » positif, en effet ça fait seulement six mois et beaucoup me regardent comme une extraterrestre de ce fait ; comme si on devait se morfondre pour être correct …
Ce qui m’a raccroché à la VIE : et bien c’était comme une évidence je ne pouvais pas la gâcher, le Vie est trop précieuse…

J’ai aussi un grand garçon de deux ans et demi, je n’avais pas de droit de lui abimer sa vie…

Une autre raison et pas des moindres, l’homme qui partage mon cœur depuis plus de 20 ans et ma vie depuis plus de 10 ans…

Et aussi j’ai eu la chance d’avoir un gros projet qui me tient à cœur que je réalise avec des personnes formidables (ce projet découle de mon combat contre l’endométriose*)

Alors parfois je pleure, je suis triste mais vite le soleil revient.
Je suis comme un arc-en-ciel…

* Une maladie gynécologique très repandue mais peu connue

 

Tu vois, je m’en suis sortie !

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Le 15 janvier 2014, j’ai signé la promesse de vente de mon futur appartement, mon futur « chez moi » où la déco va être à mon goût (parce que le studio que je loue actuellement est meublé, et qu’aucun meuble n’est assorti à un autre), où je vais pouvoir m’investir dans la copropriété, où je vais pouvoir cuisiner, recevoir mes amis… bref où je vais être bien.

Je n’imaginais pas cela, il y a 3 ans.

En décembre 2009, je fêtais mes 31 ans, j’étais mariée, nous étions propriétaires d’un bel appartement en rez-de jardin, nos voisins étaient sympas…
Et là tout s’est enchaîné crescendo…

22 décembre 2009 : Gros accident de voiture (Smart contre Sanglier), pas de blessé mis à part le sanglier, mais voiture classée épave et mon mari, fataliste, a pris ça comme le signe que notre couple était en danger.

Le lendemain : Décès soudain de mon grand-père paternel.
Ca fait beaucoup pour le même Noël.

11 avril 2010 : Décès de mon père, même si quelque part on savait que cela devait arriver (cardiopathie sévère), c’est arrivé trop vite, sans que j’ai pu lui dire au revoir, et j’aurais tellement voulu lui demander conseil sur mes problèmes de couple qui commençaient…
Mon mari, qui était très attaché à mon père, trouve alors des échappatoires (moto, réseaux sociaux, sorties, …).

Moi, je me suis oubliée (boulot métro dodo) et peu à peu perdue…

Fin aout 2010, mon mari m’annonce que sa décision est prise : il souhaite divorcer et refuse toute possibilité de thérapie conjugale. Je m’aperçois très vite qu’il a une autre femme dans sa vie.

A l’époque ma vie professionnelle n’est pas au top non plus.

Ma famille n’est pas d’un réel soutien (en plus du deuil que nous traversions tous, ma mère refusait ma séparation) et mes amis, pour la plupart en couple avec enfants, sont là mais peu disponibles…

Mise en vente de l’appartement, cohabitation difficile, pleurs, SOLITUDE …
Ma vie s’écroule.

Je ne m’en sortirai pas toute seule !
Rendez-vous pris avec un psychiatre psychothérapeute conseillé par une amie.

Je me souviendrais toute ma vie de cette première consultation : il m’a donné le « coup de pied aux fesses » nécessaire pour remonter la pente et surmonter les épreuves.
Dès lors, j’ai (sur)vécu au jour le jour, avec ce soutien continu : pas de traitement médicamenteux mais la possibilité de l’appeler ou de lui envoyer un mail à tout moment.
Au début les consultations étaient tous les 3-4 jours puis une fois/semaine. A chaque moment dur, je me disais, « ça, tu lui en parleras au prochain RDV » et je repartais de l’avant. Les consultations ont rythmé ma vie comme chaque prise sur un mur d’escalade.

Sur ses conseils, je me suis forcée à sortir, et je me suis même inscrite sur des sites de rencontres.

On a bien vendu l’appartement, j’ai loué un studio proche d’un métro (plus pratique pour rentrer tard le soir), le divorce a été prononcé en avril 2011 et peu à peu, semaines après semaines, j’ai gravi ce mur.

Ce psy m’a aidé à trouver les réponses, à accepter le décès de mon père et à comprendre ma part de responsabilité dans ma séparation. Cela n’a pas été facile tous les jours mais avec le recul cela fait un bien fou.

En juillet 2011, j’ai pu changer d’équipe au boulot : plus de responsabilités, projet passionnant, un fort soutien pour la poursuite de mes études au CNAM, des collègues sympas, accueillants et compétents.

Peu à peu les sorties n’étaient plus forcées. J’ai rencontré des nouvelles personnes, des nouveaux amis, un homme… et même si la relation n’a duré qu’un an, grâce à lui j’ai repris confiance en moi : je me suis retrouvée, j’ai repris le sport, perdu du poids, j’ai repris plaisir à m’occuper de moi, me suis offert de nouveaux vêtements, et une nouvelle coupe de cheveux, je me suis trouvée à nouveau séduisante.

Mon père, qui était pasteur, expliquait souvent la vie éternelle comme ceci : « Durant notre vie sur Terre nous sommes des larves de libellule dans une mare, lors de notre mort, nous devenons des libellules : nous vivons au dessus de la mare, nous voyons les larves mais sans pouvoir communiquer ».
A chaque fois que je vois une libellule je pense particulièrement à lui et aux gens qui ont quitté ce monde. Cela m’arrive de m’adresser à cette libellule en lui disant : « tu vois, je m’en suis sortie ! »

Nous sommes début 2014. Au programme : l’obtention d’un diplôme d’ingénieur du CNAM, l’achat d’un appartement et qui sait, peut-être la bonne rencontre 😉

La vie est belle, non ?

 Marine

Car oui, il y a un après

Faire le deuil de son bébé

Chacun de nous a en mémoire ces grandes dates universelles qui font ou défont l’Histoire… La chute d’un mur, une catastrophe nucléaire, une attaque terroriste… Ces moments où il y a un avant et une rupture dans le temps.
On se souvient tous de ce qu’on faisait lorsque ces événements se sont produits.
Ma grand-mère, par exemple, se souvient de la mort de Kennedy, ma mère n’a pas oublié le 1er pas de l’Homme sur la Lune. Pour ma part, je sais que le 11 Septembre, je vendais des abonnements presse dans un lycée.

Et puis… il y a nos drames intérieurs, ces dates personnelles qui ébranlent notre monde, nos certitudes et nos vies.
Nos tsunamis, nos propres 11 Septembre…
Le mien a eu lieu le 19 Mai 2011 à 10h07.
Ce jour où j’ai donné la Vie mais où elle a été reprise aussitôt. Cet instant suspendu entre deux mondes, quand notre premier enfant, Baptiste est venu et reparti, sur la pointe des pieds tel un ange.

Il y a eu l’avant 19 Mai… Il y aura désormais l’après. Tout s’enchaîne. Tout s’arrête. En un instant, nos vies basculent. Le destin qui dès lors semblait tout tracé nous emmène dans un vide que l’on n’aurait pu imaginer.
Nous les futurs parents devenons des par’anges… Des parents sans enfants…
Seule la douleur trouve un chemin dans ce corps qui portait le sien…

Et pourtant.. Il faut bien… Avancer, accepter… Se faire à l’indicible, à l’impensable…
Trouver en soi assez de force pour sourire à nouveau.
Faire le deuil de ce qui aurait été, le deuil d’un futur imaginé.

De toi, il ne nous restera que quelques photos… et un amour, inconditionnel. Ecrire, écrire encore et encore, pour maintenir le lien, pour te faire vivre encore un peu…
C’est ce qui je pense, m’a été d’un grand secours. Besoin d’en parler, besoin de m’exprimer.
Certains amis m’ont zappée ne sachant pas de quoi me parler, d’autres m’ont dit « ce truc là tu l’oublieras un jour », d’autres au contraire de par leurs paroles discrètes et rassurantes m’ont accompagnée dans mon chagrin, me permettant de prononcer son prénom, d’imaginer tout ce qu’il aurait été et surtout tout ce qu’il ne serait jamais…

Ces lignes, je les écrivais quelques semaines après son envol… « Alors quoi ? Prendre le temps et attendre que « ça » passe. Comme un mauvais rhume …
Hélas, « ça » ne passera jamais. Les choses s’apaiseront, mon cœur arrêtera de souffrir le martyre mais je ne reviendrai jamais celle d’avant le 19 mai. Une part de moi s’est envolée avec toi … Comme pour te protéger et te guider toi qui es loin de moi.

Aujourd’hui, presque 3 ans après ce triste jour (et pas mal de séances chez ma psy aussi!) je pense à lui avec une tendresse infinie. Le chemin a été long… Parsemé de larmes, de craintes, de colère, de regrets… Des jours entiers où la douleur me faisait plier, où parfois, en finir ne me paraissait pas une si mauvaise idée…

Les semaines et mois qui ont suivi, je n’imaginais pas retomber enceinte. Ni maintenant ni jamais. Comment faire confiance à ce corps qui m’avait trahie, qui nous avait trahis une fois? Quand je pensais à un autre enfant, je pensais à l’adoption. Je ne me sentais pas capable d’affronter tout cela à nouveau… Et si le pire se répétait? Après tout,je n’avais pas été capable de donner à ton Papa un enfant…
Et puis un jour… On se surprend à envisager l’avenir… A se dire « et si…? »

Alors on lâche prise, on se laisse (re)prendre en main par la vie… On se dit que le pire est derrière nous… et on se lance. Sans oublier, sans effacer, avec la peur au ventre mais avec l’envie d’y croire…

Désormais, une petite princesse a rejoint nos vies… Ses sourires, ses éclats de rire ponctuent nos journées et font notre fierté. Elle est une petite soeur que tu aurais adoré…
Alors, oui… Il y a un « après ». Pas plus beau, pas plus triste que ce qu’on aurait imaginé. Juste différent. Certaines dates seront toujours aussi difficiles, c’est certain. J’aurais toujours un pincement au coeur quand on me demandera « alors, le 2ème, c’est pour quand? »
Pour autant, j’ai appris que l’on possédait des ressources insoupçonnées… et que oui, on pouvait s’en relever.

Il est de ces épreuves insensées qui bouleversent tout au plus profond de l’être…
Il est de ces rencontres éphémères qui transcendent nos croyances… Et de ces instants d’apaisement bien trop brefs aussitôt relayés par une peine si intense, si indescriptible qu’elle en parait irréelle…

Et puis soudain, une force titanesque s’empare de nous et nous transporte pour vivre enfin…
Car oui, il y a un après…

Marie

Un papa ça ne meurt pas

Faire le deuil de son père

Un papa, ça ne meurt pas.
Malgré mes 26 ans à l’époque c’était ce que je me répétais.

En mars nous apprenons sa maladie, début avril il est parti « faire rire les anges ».
Mon papa, le papi de ma fille, je le voyais immortel, petit oui mais costaud ! Et pourtant…

Mon coeur était brisé. Je n’avais pas eu le temps de lui dire au revoir. Tout s’est écroulé . Je ne pouvais pas me laisser aller car j’avais ma fille qui avait besoin de moi.
La force que les enfants nous donnent est vraiment incroyable. Un sourire et le moral revient. Je suis humaine donc entre chaque sieste ou dodo j’en profitais pour me laisser me noyer dans un chagrin que je pensais insurmontable.

Mais un matin je me suis réveillée après un rêve trop court, et je me suis mis des coups de pieds au derrière (au sens abstrait bien entendu je ne suis pas si souple). Je voulais que mon papa soit fière de moi alors j’ai fais certaines choses qui lui tenait à coeur.
J’ai passé mon permis car depuis mes 18 ans il me répétait sans cesse que c’était important mais moi du haut de mes 18 ans je pensais tout savoir… Alors je l’ai passé et eu.
J’ai trouvé du travail, je me suis mariée et j’ai eu un second enfant.
Et chaque pas que je fais je me dis qu’il est fier.

Je parle de lui a mes filles pour qu’elle sache à quel point il était un papa génial et qu’il aurait été un papi excellent.
Le départ de mon papa a été une nouvelle force pour moi, pas au début c’est vrai, mais quand je me suis souvenu des bons moments, je ne voulais pas que sa mémoire soit noyée par mes larmes.

Il ne vit plus, moi oui. Et le connaissant, il doit sûrement veiller sur ses « bébés » tout en prenant le temps de profiter de son paradis.

Mon histoire n’est pas bien longue mais je voulais en venir à l’essentiel pour moi, la perte d’un proche est tragique oui, mais prenez conscience de la chance que vous avez d’être encore ici. J’ai eu des hauts et j’ai encore quelques bas mais je suis en vie, en bonne santé et une partie de lui vit en moi. Je lui doit tout ça !

Katia

Mon fils, je suis si fière de toi

Inceste

– Et puis tu sais maman, aussi, il me touche !

C’était hier, c’était il y a 5 ans, mais cette phrase continue à résonner dans ma tête.
C’était un mercredi midi, je faisais la vaisselle et mon fils de neuf ans venait de m’apprendre que son père, dont j’étais séparée depuis trois ans, le maltraitait pendant les week-ends… et aussi, le « touchait ».
Je tremblais trop pour tenir sur mes jambes, je me suis assise par terre. Et ma vie s’est dispersée sur le sol en mille morceaux, comme un pare-brise accidenté.

Je ne vous raconterai pas les doutes, les miens, et ceux des autorités judiciaires, ceux de mes amis, je ne vous raconterai pas non plus les interrogatoires, pas filmés, puis filmés, puis refilmés parce que la caméra n’avait pas marché jusqu’au bout, les pédo-psychiatres, les médecins légistes qui l’ont fait mettre à quatre pattes pour examiner ce qu’il faut, je ne vous parlerai pas des cauchemars, de la peur, des amis qui s’éloignent, comme si mon bonhomme si courageux était soudain atteint d’une maladie contagieuse, de mes doutes sur ma capacité à être une bonne mère, moi qui n’avais rien vu, qui pressentais la violence, peut-être, mais CA ? Non, JAMAIS je n’ai pu seulement l’imaginer.
Jamais.
C’était le père de mon enfant. C’était inimaginable, voilà tout.
Je ne vous parlerai pas de la haine, vous pouvez si facilement la deviner. Et puis… à quoi bon ? Rend-elle la vie plus jolie ? Fait-elle du bien ? Même pas sûr.
La colère, oui, elle nous a donné de la force, elle m’a boostée comme jamais, mais la haine est si vaine. (Aussi vaine qu’une pauvre rime toute pourrie ! 😉

En revanche, je vous parlerai de sa nouvelle école, qui l’a accueilli à bras ouverts, en l’aidant à reprendre confiance, en lui faisant confiance, ou bien de son pédo-psychiatre qui lui a expliqué qu’ils allaient tous les deux faire appel à une machine à réparer le temps, je vous parlerai de son doudou retrouvé au fin fond du grenier, du pouce qui est revenu se planter dans sa bouche chaque soir pour tout recommencer depuis « avant », de ce courage qui ne l’a plus quitté, qui ne nous a plus quittés, de son grand frère né d’un autre papa qui le protège de tout son amour, de ces amis-là qui ne nous ont pas lâchés, de cette avocate commise d’office qui a attendu quatre ans (4 ans !) avant de le croire, mais qui, ce jour-là, en le voyant si courageux face à son ordure de père lors d’une ultime confrontation dans le bureau du juge, lui a pris la main et l’a serrée très fort.

Oui, ces moments-là valent de l’or, parce que oui, aujourd’hui, je sais que ce petit homme devenu adolescent n’est plus seul pour se faire entendre. Il a autour de lui sa famille, qui n’a jamais douté, son avocate, quelques amis qui partagent son secret, et puis cinq années de vie, cinq années remplies vaille que vaille de tout ce qu’on n’aurait pas eu le courage de faire sans CA. Venir s’installer à Paris puis partir vivre un an à l’étranger, adopter un chat trouvé dans un fossé ou passer Noël avec des SDF, ensemble, tous ensemble, soudés comme une famille n’a jamais été soudée, une minuscule famille, amputée, malmenée, mais une famille quand même, qui rayonne aujourd’hui de joie au soleil !
On voulait retrouver le goût du bonheur ? En vérité, il ne nous a jamais quitté, un peu caché par ces orages, mais tendre et puissant, vivifiant comme cette aube qui nous accompagne chaque matin à Panama !

Aujourd’hui, nous allons respirer à fond avant la dernière étape de ce chemin si difficile. Le 24 mars, il y aura un procès en France. LE procès.
Nous serons là. Tous ensemble.
Bien sûr, je prie très fort pour que mon fils ait le courage d’affronter une dernière fois la justice, seul, debout devant tout le monde, pour répéter tout ce qu’il s’acharne à oublier. Il va devoir redire les gestes et les horreurs. Ces mots-là lui appartiennent et une nouvelle fois, je ne pourrai que le regarder s’élancer seul, sans pouvoir lui tenir la main.

Ce jour-là, pour la saint Gabriel, nous allons tourner, enfin, la page du malheur.
Je sais qu’il va y arriver. Qu’il va se sentir très fort. Un putain de guerrier de la vérité. Et quelqu’un de bien, tout simplement.

Mon fils, je suis si fière de toi. Ce malheur t’a construit une vie plus grande. Tu n’auras plus jamais peur, parce que tu te sais capable d’affronter tant de choses.
Tant de choses, mon amour chéri… Même CA.

Corazon

Trouver la chaleur

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2009…. cette année sera à jamais marquée au fer rouge…. une grossesse très difficile de par mes soucis de santé et qui devient horrible à la découverte de malformation sur mon fils, un accouchement prématuré (jour de débriefing du staff médical pour décider d’un avortement thérapeutique), une maman en réa un bébé en neo….. 6 mois d’hospitalisation en alternance pour le loulou, ma belle maman qui déclare son premier cancer, mon papa qui fait un infarctus et pour clore notre ami de 30 ans qui fait un avc ….. voilà 2009, en résumé…. une envie de fuir tout ça nous a pris on voulait du neuf autre chose on voulait non pas tourner la page mais vivre nos rêves…

Car comme on le dit si bien, vivons nos rêves, ne rêvons pas nos vies…. et voilà nous avons décidé de partir vivre à 6000 km, au chaud, en Guadeloupe…. Se concentrer sur ce nouveau projet, « oublier » cette année , lui donner un sens positif… l’année du renouveau ….. Nous vivons là bas depuis février 2010… oui cela a été rapide, mais il le fallait pour ne pas faire machine arrière, ne pas être trop raisonnables.

Et nous y avons construit une nouvelle vie plus saine, plus ensoleillée plus centrée sur nous… notre loulou va beaucoup mieux (même si sa maladie est toujours là) et nous avons même une petite dernière qui est née et qui vient de souffler sa première bougie. Si vous saviez les larmes de bonheur qui ont coulé quand on n’a décelé aucune anomalie lors de cette fameuse écho ou tout avait basculé 4 ans auparavant. Mon papa va bien, notre ami aussi. Ma belle-maman malheureusement est partie, mais elle a eu de superbes vacances au soleil et a même fait connaissance avec sa dernière petite fille….

Quelque fois il nous faut un malheur pour rebondir, il faut l’accepter et en tirer toutes les forces possibles, c’est dur on n’oublie jamais réellement, des angoisses persistent mais il faut continuer d’avancer …..

Charline

Sortir de l’hibernation

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Je n’avais jamais perdu personne de proche. J’avais deux arrière qui sont décédées quand j’étais jeune, mais je ne les voyais pas souvent, alors ce n’est pas pareil. Je suis très bizarre. Peu de choses me touchent vraiment. Je suis assez m’en foutiste en fait, mais bon.

Et puis en 2010, je n’étais pas en France en juillet-août. J’étais en stage en entreprise en Ecosse, et je n’avais pas beaucoup d’argent, alors j’avais déjà pris mon billet de retour. Ma grand mère paternelle avait eu une attaque, un AVC, quelques mois auparavant. Ma grand mère maternelle a fait une crise diabétique deux jours avant que je parte. Mais elles allaient bien.

Début août, ma grand mère paternelle décède, oedème cérébral. Fin août, ma grand mère maternelle décède, oedème cérébral aussi. Et je n’étais pas là. Pas là pour le voir, pas là pour soutenir mes parents. Et je n’ai pas pu rentrer pour les enterrements. Je me sentais coupable. Je ne faisais plus rien, à part aller travailler. Je ne sortais pas de chez moi. Et puis, au fur et à mesure des mois, la culpabilité s’est estompée, j’avais ma meilleure amie qui m’obligeais à sortir de chez moi, faire des choses, ne serait-ce que de me maquiller.

Ma meilleure amie. Elle était coiffeuse. Elle s’est servie de ma tête comme modèle pour passer son CAP coiffure. C’est la dernière fois que je me suis fait couper les cheveux. L’année dernière, elle a commencé à s’éloigner. Elle me posait des lapins, passait des longs week end chez ses parents en laissant son mari seul. Et puis finalement l’annonce : elle est décédée dans un accident de voiture, parce qu’elle avait décidé de quitter son mari, et s’était mise à travailler plus pour économiser pour partir, et elle s’est endormie au volant. Quand je l’ai appris, je m’en suis voulue, à mort. Si je n’avais pas eu besoin de travailler à ce moment là, je ne serai plus jamais sortie de chez moi. Et en plus, je me sentais coupable d’être aussi triste, à cause de son mari. De quel droit je m’apitoie sur moi, alors que c’est dur pour lui? J’ai arrêté de vivre. Je ne me suis pas suicidée, mais c’est comme si. Comme si j’étais en hibernation.

Et puis, un an après cette tragédie, je suis sortie d’hibernation. Je me suis dit : tu es jeune, tu as encore plein de choses à faire, bouge tes fesses! ça n’a pas été facile au début. Je me suis mise à sortir pour aller me promener, pas juste pour travailler ou faire les courses. J’ai renoué avec mes autres amis, que j’avais laissé tomber. J’ai remis les choses qu’elle m’avait offertes, alors que je ne pouvais pas avant. Je n’arrive pas à me couper les cheveux. Mais je compte y arriver un jour. Maintenant que je suis réveillée, je compte continuer sur ma lancée.

Je suis toujours aussi je m’enfoutiste, dans le fond. Mais je compte bien arrêter de l’être, car on ne s’en fout pas vraiment, on case juste les choses tout au fond, et quand ça ressort, c’est pas joli joli. Je n’ai pas de recette, de potion magique (et non l’alcool n’aide pas, malheureusement, ça se saurait). Mais je peux vous promettre que le temps atténue la douleur, les sentiments négatifs. Tout ne va pas bien tout de suite, mais on y arrive, petit à petit.

D’en parler aide, parce que si on garde tout pour soi, ça sert juste à faire des ulcères, à l’estomac ou à son moral. Je ne sais pas si ce témoignage a beaucoup de sens, mais j’espère qu’il parlera à quelqu’un.

Alex

Cette petite voix intérieure

zen-stones

J’avais 16 ans lorsque j’ai été violée.

« Viol », j’ai encore du mal avec ce mot même 15 ans après. L’instant a été difficile mais les jours, les mois suivants l’ont été tout autant. Porter plainte, ne pas être crue, avoir mauvaise réputation… Souvent j’ai voulu mourir, je me suis mutilée parce que la souffrance physique me faisait oublier la souffrance morale. Je me suis mise à boire, fumer du cannabis…

Et puis j’ai rencontré l’homme qui allait devenir mon mari, patient, doux, quand je ne supportais plus qu’on me touche. Avec lui, j’ai réappris à vivre, à apprécier la vie, à envisager l’avenir.

Il m’a sauvé la vie. Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort, j’en ai fait ma devise, parce que ce que j’ai vécu fait partie de moi et je pense effectivement en être sortie plus forte. Je ne serai pas celle que je suis aujourd’hui si je n’avais pas vécu ça.

Bien sûr, je ne le souhaite à personne et j’ai quand même eu énormément de chance, ça aurait pu être bien pire. Il m’aura fallu de longues années pour arriver à être en paix, même si je ne pardonne pas, parce qu’on ne peut pas pardonner un tel acte, mais on apprend à vivre avec, à en faire une force. Pendant des mois, des années, j’ai revécu cette fameuse nuit tous les jours, par bribes, parce que ma conscience a effacé pas mal de choses. Il m’est impossible de me représenter tout le scénario, il me manque des bouts de cette histoire.

J’ai fait des cauchemars pendant longtemps aussi. C’est difficile, il faut du temps, mais on se remet. Et on apprécie ensuite, bien plus tard certes, la vie. On connaît sa vraie valeur, on ne se prend plus la tête pour des broutilles. Ce que j’ai appris également, c’est qu’il faut parfois écouter sa petite voix intérieure, j’ai eu le pressentiment cette nuit là qu’il ne fallait pas que je suive cet homme. Mais je me suis raisonnée et j’ai refusé d’écouter cette petite voix en moi. J’en ai fait les frais.

Il faut avoir foi en son intuition. Je m’en suis sortie seule, enfin par seule j’entends sans aide psychologique, et sans la justice. Mais je suis bien vivante aujourd’hui, optimiste dans la vie, sans doute plus prudente aussi, mais j’aime la vie, j’aime ma vie et pour rien au monde, je ne voudrais en changer. Je suis mariée à cet homme extraordinaire qui a su m’écouter, m’attendre, et je suis également une maman comblée. Je suis heureuse. Alors surtout, ne baissez pas les bras, accrochez-vous, on a du mal à le croire quand on est en plein dedans, mais le temps guérit (ou en tout cas atténue) les blessures.

La vie vaut la peine d’être vécue et nous réserve d’heureuses surprises.

Marilyn