Car oui, il y a un après

Faire le deuil de son bébé

Chacun de nous a en mémoire ces grandes dates universelles qui font ou défont l’Histoire… La chute d’un mur, une catastrophe nucléaire, une attaque terroriste… Ces moments où il y a un avant et une rupture dans le temps.
On se souvient tous de ce qu’on faisait lorsque ces événements se sont produits.
Ma grand-mère, par exemple, se souvient de la mort de Kennedy, ma mère n’a pas oublié le 1er pas de l’Homme sur la Lune. Pour ma part, je sais que le 11 Septembre, je vendais des abonnements presse dans un lycée.

Et puis… il y a nos drames intérieurs, ces dates personnelles qui ébranlent notre monde, nos certitudes et nos vies.
Nos tsunamis, nos propres 11 Septembre…
Le mien a eu lieu le 19 Mai 2011 à 10h07.
Ce jour où j’ai donné la Vie mais où elle a été reprise aussitôt. Cet instant suspendu entre deux mondes, quand notre premier enfant, Baptiste est venu et reparti, sur la pointe des pieds tel un ange.

Il y a eu l’avant 19 Mai… Il y aura désormais l’après. Tout s’enchaîne. Tout s’arrête. En un instant, nos vies basculent. Le destin qui dès lors semblait tout tracé nous emmène dans un vide que l’on n’aurait pu imaginer.
Nous les futurs parents devenons des par’anges… Des parents sans enfants…
Seule la douleur trouve un chemin dans ce corps qui portait le sien…

Et pourtant.. Il faut bien… Avancer, accepter… Se faire à l’indicible, à l’impensable…
Trouver en soi assez de force pour sourire à nouveau.
Faire le deuil de ce qui aurait été, le deuil d’un futur imaginé.

De toi, il ne nous restera que quelques photos… et un amour, inconditionnel. Ecrire, écrire encore et encore, pour maintenir le lien, pour te faire vivre encore un peu…
C’est ce qui je pense, m’a été d’un grand secours. Besoin d’en parler, besoin de m’exprimer.
Certains amis m’ont zappée ne sachant pas de quoi me parler, d’autres m’ont dit « ce truc là tu l’oublieras un jour », d’autres au contraire de par leurs paroles discrètes et rassurantes m’ont accompagnée dans mon chagrin, me permettant de prononcer son prénom, d’imaginer tout ce qu’il aurait été et surtout tout ce qu’il ne serait jamais…

Ces lignes, je les écrivais quelques semaines après son envol… « Alors quoi ? Prendre le temps et attendre que « ça » passe. Comme un mauvais rhume …
Hélas, « ça » ne passera jamais. Les choses s’apaiseront, mon cœur arrêtera de souffrir le martyre mais je ne reviendrai jamais celle d’avant le 19 mai. Une part de moi s’est envolée avec toi … Comme pour te protéger et te guider toi qui es loin de moi.

Aujourd’hui, presque 3 ans après ce triste jour (et pas mal de séances chez ma psy aussi!) je pense à lui avec une tendresse infinie. Le chemin a été long… Parsemé de larmes, de craintes, de colère, de regrets… Des jours entiers où la douleur me faisait plier, où parfois, en finir ne me paraissait pas une si mauvaise idée…

Les semaines et mois qui ont suivi, je n’imaginais pas retomber enceinte. Ni maintenant ni jamais. Comment faire confiance à ce corps qui m’avait trahie, qui nous avait trahis une fois? Quand je pensais à un autre enfant, je pensais à l’adoption. Je ne me sentais pas capable d’affronter tout cela à nouveau… Et si le pire se répétait? Après tout,je n’avais pas été capable de donner à ton Papa un enfant…
Et puis un jour… On se surprend à envisager l’avenir… A se dire « et si…? »

Alors on lâche prise, on se laisse (re)prendre en main par la vie… On se dit que le pire est derrière nous… et on se lance. Sans oublier, sans effacer, avec la peur au ventre mais avec l’envie d’y croire…

Désormais, une petite princesse a rejoint nos vies… Ses sourires, ses éclats de rire ponctuent nos journées et font notre fierté. Elle est une petite soeur que tu aurais adoré…
Alors, oui… Il y a un « après ». Pas plus beau, pas plus triste que ce qu’on aurait imaginé. Juste différent. Certaines dates seront toujours aussi difficiles, c’est certain. J’aurais toujours un pincement au coeur quand on me demandera « alors, le 2ème, c’est pour quand? »
Pour autant, j’ai appris que l’on possédait des ressources insoupçonnées… et que oui, on pouvait s’en relever.

Il est de ces épreuves insensées qui bouleversent tout au plus profond de l’être…
Il est de ces rencontres éphémères qui transcendent nos croyances… Et de ces instants d’apaisement bien trop brefs aussitôt relayés par une peine si intense, si indescriptible qu’elle en parait irréelle…

Et puis soudain, une force titanesque s’empare de nous et nous transporte pour vivre enfin…
Car oui, il y a un après…

Marie

5 thoughts on “Car oui, il y a un après

  1. En fait, je voulais juste vous dire merci… Il y a de cela 15 jours, des amis ont perdu leur petite fille. Pouvant à peine imaginer leur douleur, je cherchais comment aller vers eux… et puis le destin a mis votre témoignage sur ma route. Il m’a énormément touchée et m’a aidée à trouver les mots justes. J’espère qu’eux aussi au bout de ce chemin difficile, se laisseront « (re)prendre en main par la vie »… Plein de belles choses pour vous et votre petite famille

  2. Ton message est juste magnifique.
    Nous n’avons jamais su comment te soutenir, comment te parler de cette perte horrible qui est celle d’un enfant, et je pense que personne ne peut ressentir la douleur avant de l’avoir connu. Mais je profite de ton message si touchant pour te dire combien je t’aime et te dire que tu es un modèle de courage. oui, il y a eu de moment où tu as flanché mais tu t’es toujours relevée et pour cela Bravo.. Nous t’avons connu avant ce 19 mai et nous espérons continuer à partager des moments de bonheur avec vous.
    A ma petite souris d’amour qui a des ressources qu’elle sous-estime. je t’aime
    MJ

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