Je me sens plus forte aujourd’hui

coquelicot

Avant de perdre un proche, je m’étais toujours dit que je ne me relèverais jamais d’un tel drame. Étant donné mon extrême sensibilité, j’étais sûre  d’être anéantie de douleur. Et puis un jour comme ça sans prévenir, un coup de téléphone, une rupture d’anévrisme, 13 jours de coma et un décès, celui de mon papa. Ses filles étaient ses princesses, autant dire qu’il était le pourvoyeur d’amour inconditionnel. Et là, plus rien, me semblait-il.

On m’a trouvée très courageuse dans les premiers temps, c’est que les mécanismes psychologiques sont puissants. J’avais presque l’impression d ‘être un imposteur. C’est avec le temps que la douleur s’est répandue en moi, c’est quand j’ai compris qu’il n’y aurait aucun retour en arrière possible que j’ai le plus souffert. J’avais 22 ans, je venais de finir mes études et je ne travaillais pas encore.

Une année dans le brouillard a commencé. Une année sans saveur, sans couleur ni odeur.

Au bout d’un an, mon chéri a eu un projet,  l’instinct de vie en moi m’y a fait me raccrocher, j’ai enfin pu recommencer à vivre. Je me suis éloignée de mes proches pour me rapprocher un peu plus de moi-même, j’ai appris à dire « j’ai mal, j’ai besoin de compagnie » ou l’inverse. Je me suis autorisée à vivre de nouveau.

Aujourd’hui j’ai 3 enfants, encore une autre vie mais avec le même compagnon. Souvent je me dis que j’aurais vraiment aimé que mon papa voit mes enfants, les regarde grandir, je pense à cet amour immense qu’il aurait eu pour eux. Je suis nostalgique mais plus aussi triste. Aujourd’hui,  13 ans après je n’y pense plus tous les jours, je me sens plus souvent mère qu’orpheline. Le flux de vie a pris le dessus.  Un ostéopathe m’avait dit un jour peu de temps après le décès que j’étais comme un tabouret à 4 pieds qui en avait perdu un. Il m’en restait 3, or un tabouret à 3 pieds peut être stable, il faut trouver le bon équilibre. Je pense y être parvenue aujourd’hui.

On dit « Tout ce qui ne me tue pas, me rend plus fort », ce n’est certainement pas une chose à dire à une personne qui vient de perdre un être cher. Mais cette phrase fait écho en moi maintenant que j’ai réussi à dépasser la souffrance, je ne me croyais pas capable d’affronter une telle perte et pourtant je suis toujours là et bien là. J’ai découvert les ressources que j’ai en moi. Je me sens plus forte aujourd’hui qu’il y a 10 ans. Le temps et notre flux de vie intérieur sont nos meilleurs alliés pour sortir la tête de l’eau.

Odile

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