Mon fils, je suis si fière de toi

Inceste

– Et puis tu sais maman, aussi, il me touche !

C’était hier, c’était il y a 5 ans, mais cette phrase continue à résonner dans ma tête.
C’était un mercredi midi, je faisais la vaisselle et mon fils de neuf ans venait de m’apprendre que son père, dont j’étais séparée depuis trois ans, le maltraitait pendant les week-ends… et aussi, le « touchait ».
Je tremblais trop pour tenir sur mes jambes, je me suis assise par terre. Et ma vie s’est dispersée sur le sol en mille morceaux, comme un pare-brise accidenté.

Je ne vous raconterai pas les doutes, les miens, et ceux des autorités judiciaires, ceux de mes amis, je ne vous raconterai pas non plus les interrogatoires, pas filmés, puis filmés, puis refilmés parce que la caméra n’avait pas marché jusqu’au bout, les pédo-psychiatres, les médecins légistes qui l’ont fait mettre à quatre pattes pour examiner ce qu’il faut, je ne vous parlerai pas des cauchemars, de la peur, des amis qui s’éloignent, comme si mon bonhomme si courageux était soudain atteint d’une maladie contagieuse, de mes doutes sur ma capacité à être une bonne mère, moi qui n’avais rien vu, qui pressentais la violence, peut-être, mais CA ? Non, JAMAIS je n’ai pu seulement l’imaginer.
Jamais.
C’était le père de mon enfant. C’était inimaginable, voilà tout.
Je ne vous parlerai pas de la haine, vous pouvez si facilement la deviner. Et puis… à quoi bon ? Rend-elle la vie plus jolie ? Fait-elle du bien ? Même pas sûr.
La colère, oui, elle nous a donné de la force, elle m’a boostée comme jamais, mais la haine est si vaine. (Aussi vaine qu’une pauvre rime toute pourrie ! 😉

En revanche, je vous parlerai de sa nouvelle école, qui l’a accueilli à bras ouverts, en l’aidant à reprendre confiance, en lui faisant confiance, ou bien de son pédo-psychiatre qui lui a expliqué qu’ils allaient tous les deux faire appel à une machine à réparer le temps, je vous parlerai de son doudou retrouvé au fin fond du grenier, du pouce qui est revenu se planter dans sa bouche chaque soir pour tout recommencer depuis « avant », de ce courage qui ne l’a plus quitté, qui ne nous a plus quittés, de son grand frère né d’un autre papa qui le protège de tout son amour, de ces amis-là qui ne nous ont pas lâchés, de cette avocate commise d’office qui a attendu quatre ans (4 ans !) avant de le croire, mais qui, ce jour-là, en le voyant si courageux face à son ordure de père lors d’une ultime confrontation dans le bureau du juge, lui a pris la main et l’a serrée très fort.

Oui, ces moments-là valent de l’or, parce que oui, aujourd’hui, je sais que ce petit homme devenu adolescent n’est plus seul pour se faire entendre. Il a autour de lui sa famille, qui n’a jamais douté, son avocate, quelques amis qui partagent son secret, et puis cinq années de vie, cinq années remplies vaille que vaille de tout ce qu’on n’aurait pas eu le courage de faire sans CA. Venir s’installer à Paris puis partir vivre un an à l’étranger, adopter un chat trouvé dans un fossé ou passer Noël avec des SDF, ensemble, tous ensemble, soudés comme une famille n’a jamais été soudée, une minuscule famille, amputée, malmenée, mais une famille quand même, qui rayonne aujourd’hui de joie au soleil !
On voulait retrouver le goût du bonheur ? En vérité, il ne nous a jamais quitté, un peu caché par ces orages, mais tendre et puissant, vivifiant comme cette aube qui nous accompagne chaque matin à Panama !

Aujourd’hui, nous allons respirer à fond avant la dernière étape de ce chemin si difficile. Le 24 mars, il y aura un procès en France. LE procès.
Nous serons là. Tous ensemble.
Bien sûr, je prie très fort pour que mon fils ait le courage d’affronter une dernière fois la justice, seul, debout devant tout le monde, pour répéter tout ce qu’il s’acharne à oublier. Il va devoir redire les gestes et les horreurs. Ces mots-là lui appartiennent et une nouvelle fois, je ne pourrai que le regarder s’élancer seul, sans pouvoir lui tenir la main.

Ce jour-là, pour la saint Gabriel, nous allons tourner, enfin, la page du malheur.
Je sais qu’il va y arriver. Qu’il va se sentir très fort. Un putain de guerrier de la vérité. Et quelqu’un de bien, tout simplement.

Mon fils, je suis si fière de toi. Ce malheur t’a construit une vie plus grande. Tu n’auras plus jamais peur, parce que tu te sais capable d’affronter tant de choses.
Tant de choses, mon amour chéri… Même CA.

Corazon

15 thoughts on “Mon fils, je suis si fière de toi

  1. Un admirable petit garçon !! Admirable de courage ! Je lui souhaite d’enfouir très vite cette histoire dans le fin fond de sa vie, là où même lui ne pourra plus aller. Et bravo à toute la famille, surtout toi, sa maman, qui a su le relever de cette terrible épreuve !

  2. Pleins de courage à ce petit bonhomme, ma maman n’as pas eu le courage de le dire face à la justice, son frere ce salop vit sa vie et moi je ne peux rien faire!! Il est courageux et fort, bravo !!!

  3. Je lis régulièrement les messages laissés ici, je n’ai jamais eu autant envie de laisser un commentaire. J’aurais une pensée pour vous le 24 mars.

  4. Témoignage très très émouvant. Du courage pour ton fiston le jour où il affrontera l’ordure et ensuite des camions de bonheur pour vous tous. C’est ce que je vous souhaite, sincèrement.

  5. Merci, merci de ce partage, merci pour cette confiance.
    Et courage, à votre fils, à vous et à tous les gens qui vous aiment, vous aident…

    Un Grand pas pour ce jeune homme… non pas une autre vie mais un nouveau depart….

  6. mon dieu que j’ai pleuré en vous lisant !
    je suis maman et j’essaie de me mettre à votre place… Moi aussi j’aurais une pensée pour vous le 24 mars, je sais que ce n’est pas le but mais j’aimerais avoir de vos nouvelles suite au procès.
    Je vous envoie toutes mes ondes positives , votre fils a pu traverser toutes ces épreuves grâce à tout l’amour que vous lui donnez chaque jour. Je lui souhaite tout le bonheur du monde dans cette nouvelle vie. Une renaissance en quelques sortes.
    Bien à vous.

  7. Que de larmes versé en lisant votre témoignage…
    Votre petit garçon à vécu l’horreur et grâce à vous et à sa famille il va pouvoir se relever.
    Je vous envois toutes les ondes positives possible et j’aurais une énorme pensée pour vous 2 le 24 mars.

  8. Bonjour,
    La date est passée, cela a dû être plus difficile que je ne saurais imaginer… Si cela est envisageable pour vous, voudriez-vous nous dire quel a été le verdict du procès ? Encore plein de souhaits de bonheur pour votre petit bonhomme et pour vous.

    1. Chère Louise,

      Je vais respirer un grand coup, et je vais vous raconter la suite de l’histoire d’ici la semaine prochaine, promis !

      Merci à vous toutes, chères lectrices d’Over the rainbow, pour vos messages, vos pensées ou le simple fait d’avoir lu ce premier billet. Votre présence à nos côtés a été précieuse, porteuse, essentielle.

      Merci et vive la vie !

  9. Je manque de mots mais j’ai vraiment vécu votre témoignage… Que c’est long la justice ou est le juste la dedans? Et pourquoi ne préserve t’on pas plus les jeunes victimes de tels crimes? La force de votre fils est troublante et j’espère qu’il n’aura plus à répéter les mots qui décrivent sa blessure. Pour la 1ère fois sur ce site je me retrouve a vouloir demander ou vous en êtes, que réserve l’avenir, est ce que le procès a permis à votre fils de trouver une certaine paix et un jugement juste? Bien des pensées à vous et vos deux fils. Et bien du courage et plein de souhaits de joie et de lendemains heureux

  10. Chère Claire,
    Je revenais faire un tour par ici, voir si vous aviez la force de nous dire la suite. Ou l’envie d’ailleurs. Enfin quoi qu’il en soit, vous dire que je pense à vous, et à lui.
    Belle vie à tous les deux.

    1. Merci Maman, pour ce magnifique témoignage…
      Merci à vos nombreux messages de soutien…
      Merci à ma merveilleuse famille qui était avec moi jusqu’au bout…

      La vie n’est pas juste, la justice est corrompue, voilà comment est le monde de nos jours.

      Le 24 Mars 2014, je me suis retrouvé face à une vingtaine de personnes inconnues,
      mon père m’annonçait que désormais j’avais une soeur, agée d’un an.

      J’ai du écouter à nouveau la voix, de mon père, celle qui hantait mes cauchemards.

      Je l’ai entendu nier tous les faits.

      Puis, j’ai dû me lever, et répéter une énième fois, tout CA.

      Le combats des avocat s’est engagé, l’avocate de mon père, me détruisait avec des mots si injustes, si douloureux et si faux.

      Mon frère, était assis à côté de moi, il me tenait la main… Merci mon frère que j’aime tant, de ne pas avoir lâché ma main, pendant cinq douloureuses années.

      Les jours passèrent, un verdict, un verdict, c’est tout ce que j’attendais.

      Verdict final : Relaxé.

      Je n’ai pas été déçu par ce verdict, seulement écoeuré.

      C’est finalement FINI, j’ai maintenant quinze ans, la vie continue, je suis libre et en sécurité.

      Il est temps de tourner la page une fois pour toutes.

      Croyez-vous au destin? Aux cadeaux de la vie?

      Moi j’y crois fort, la vie fait mal, mais la roue tourne, lorsqu’on touche le fond, une série de bonheurs nous attend.

      Ne baissez jamais les bras, la vie est pleine de surprises, on ne sait jamais de quoi sera fait le lendemain.

      On a qu’une vie, autant la vivre à fond, et laisser tous les problèmes de côtés.

      Love,
      -A

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