Il y aura

Se battre contre le cancer

Il y a eu cette odeur si familière, l’odeur du quotidien, l’hôpital, les blouses blanches, les chariots de médicaments…
Le vertige est palpable et je suis seule dans cette pièce en face d’un médecin qui a l’air si doux que c’est suspect. On ne me la fait pas l’ami, je suis infirmière, je le connais moi le combo mine déconfite et le regard compatissant.

Et puis l’annonce si choquante que je n’ai aucune réaction comme si un camion benne venait de m’écraser mais je n’ai pas mal, je suis déjà trop loin. Un cancer du sein agressif, des mots trop médicaux qui ne veulent plus rien dire.
Ce jour là j’ai 22 ans et je redescends seule dans la pénombre.

Il y aura des médicaments, une opération, des traitements adaptés choisis au cas où un jour plus tard je veuille avoir des enfants.
Il y aura des larmes, une fatigue insurmontable, des nausées incontrôlables.
Il y aura des parents qui à chaudes larmes pleureront leur fille qui pourrait peut être mourir puis se ressaisiront en m’aidant à gravir la montagne.
Il y aura de l’alcool à foison, des fêtes jusqu’à pas d’heures, des nuits à s’enivrer pour oublier ne serait ce que quelques instants que la mort rôde.
Il y aura des amis qui tendront toujours la main, qui écouteront, se moqueront mais jamais un regard de pitié juste de la tendresse.

Cinq ans d’un combat épuisant rythmé par une rencontre celle qui va faire basculer ma vie: mon mari. Encore une soirée de fête pour se noyer et au bout du couloir cet homme qui me regarde, avec qui je vais parler toute une nuit et à qui je dis dans les cinq premières minutes « Je ne m’attache pas, je suis malade… »
Les années passent, il m’accompagne.

Il y aura la rémission, un nouveau travail auprès de personnes fragiles, un mariage près des pommiers, des sorties cinéma, des weeks ends entre copains…
Et puis doucement ce petit être qui s’installe au creux de mon nombril. Ce petit garçon qui me dit, tu as bien fait de rester, je crois qu’on est fait pour se rencontrer. Je le vois rire, courir, s’amuser, il m’appelle maman. A la crèche il a plein de popains et quand je viens le chercher avec son toupitifrère il nous fait de grands caaaaannniiinnnns.
Tu vois la bataille je l’ai gagnée et ma récompense c’est d’offrir ce qu’il y a de plus cher : deux nouvelles vies pour devenir une famille….

Virginie

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