Les rencontres

Se remettre d'un viol

C’était il y a 9 ans déjà, j’étais au collège, j’avais quatorze ans. A cet âge là, faut dire ce qui est on est bête, en tout cas moi je l’étais. Je venais d’avoir pour Noël un nouveau forfait téléphone, avec tchat orange en illimité. J’étais contente et je passais mon temps dessus. Sauf que je faisais croire que j’étais majeure, que j’étais grande, que j’étais belle et blonde bref un beau tissu de mensonges…

Et puis un jour, il est venu me parler. Il avait presque 30 ans, il était gentil et attentionné et tenait à me rencontrer. Quand je lui ai dit la vérité sur mon âge, mon physique, tout, il n’a rien dit. Il m’aimait et voulait vraiment que l’on se rencontre.

Dans ma tête, l’histoire commençait bien. S’il ne tenais pas compte de mes mensonges, c’est que forcément c’était quelqu’un de bien. En plus il avait une fille, il voulait que je la rencontre, qu’on fasse notre vie ensemble. Et moi j’y croyais. Il est venu me chercher en voiture, je ne voulais pas monter, j’avais quand même un peu peur. Il me dit, mais si comme ça on reste pas ici, on sera que tous les deux. Et je monte.

L’histoire continue sur un parking bondé, avec moi en pleurs dans la voiture incapable de réagir et des gens qui voient mais ne disent rien. Puis cette phrase qui aujourd’hui parfois résonne encore dans ma tête :  » Tu as de la chance qu’il y ai du monde sinon je te violais ». Quand il en a eu assez, il m’a ramené chez moi.

J’étais mal, je ne voulais pas en parler, c’était ma faute, quelle conne aussi de faire des trucs comme ça. Pendant des mois, il m’appelait tous les jours. Pour me revoir, pour me dire qu’il m’aimait et qu’il était sûr, au fond de lui que ça m’avait plu. J’avais peur dès que mon téléphone sonnait; je pleurais beaucoup mais je refusais d’en parler. Jusqu’au jour où en rentrant du collège, je l’ai vu. Il était là, devant chez mes parents et il attendait.

Pas le choix, je fais demi-tour, je vais chercher quelques amis et là pour la première fois j’explique, je parle. Je pleure beaucoup, je tremble de peur. Mais mes amis, ces gens géniaux, me disent, on viens avec toi, on s’en fous on appelle les flics. Lorsqu’il nous a vu arriver tous ensemble, il est parti. Tous les jours pendant quelques mois, ces mêmes amis m’ont raccompagné chez moi.

J’ai perdu toute confiance en moi, enchaîné les histoires un peu craignos parce que je ne voyais en moi plus que ça : un jouet pour les hommes qui voudraient de moi. Jamais la force de dire non, de m’opposer, toujours trop peur. Quand j’en parlais, beaucoup de gens me disait « écoute, ton histoire elle est trop triste, je ne veux pas discuter de ça ». Tant pis, j’ai fait le tri dans ma vie, dans mes fréquentations amicales.

J’ai appris doucement à vivre avec ça, même sans confiance en moi, même en continuant à faire des conneries. Mais ça n’allait pas. Au bout de deux ans, j’en ai parlé à mes parents. Papa, maman, voilà il m’est arrivé ça. Et la libération a pu commencé. Ils m’ont emmené voir une psy, mais je pense que au final, ce qui m’a vraiment aidé c’est de pouvoir leur dire à eux. Leur dire que j’étais désolée d’avoir fait ça, désolée de les décevoir. Et que eux, puissent me dire malgré leur chagrin : « Ne sois pas désolée, ce n’est pas de ta faute ». Cette phrase, qui rebascule tout. Cette phrase qui te fait te rendre compte que oui, tu es une victime.

Ensuite, j’ai rencontré un garçon génial, j’ai quitté mon copain de l’époque qui ne m’aidais pas à sortir de tout ça bien au contraire. J’ai changé de numéro de téléphone, j’ai arrêté de sursauté à chaque appel masqué. Ce garçon génial, a pris son temps avec moi, on a un peu grandi ensemble. On pouvait parler de tout, et même si ma relation avec mon corps restait difficile, il m’aimait pour de vrai. Il m’a tellement soutenue, accompagnée, écoutée, comprise… D’ailleurs l’année prochaine on va se marier.

Et puis les amis. Ceux qui avait été formidables le sont resté. Toujours là, toujours  à l’écoute. J’ai aussi rencontré mon confident, mon meilleur ami, celui pour qui je n’ai aucun secret, jamais. Lui qui a su me dire  » Ton passé est ce qu’il est. Certes, c’est moche. Mais ça n’empêche pas que ton futur soit beau. Si tu continue à tout voir en compliqué, c’est normal que ça le soit. Mais tu sais la vie, ça peut aussi être simple ». Et jour après jour il m’a prouvé que la vie pouvait être facile, que j’avais le droit de sourire, de rire et d’être heureuse.

On dit souvent qu’avec le temps tout passe. La blessure ne se ferme jamais, mais on apprend à se reconnaitre avec notre cicatrice, à vivre avec cette blessure. Il ne faut pas avoir honte de soi, de ce que l’on est, de notre passé. Il ne faut pas culpabiliser. Il ne faut pas avoir peur de s’ouvrir aux autres. Parce que ce sont ces rencontres, tellement belles et merveilleuses qui font qu’un matin on arrive à se lever avec le sourire, et en ne sachant presque plus pourquoi, avant on se réveillait en pleurant.

Manon

6 thoughts on “Les rencontres

  1. Votre texte m’a beaucoup émue,je sens en vous cette fêlure transformée en force. Je vous souhaite une belle vie remplie d’amour, du vrai, et de bonheur.. J’ai beaucoup d’admiration pour votre parcours, continuez ainsi…

  2. Ton texte m’a beaucoup touché.
    C’est tellement dur de remonter la pente après une telle mesaventure. Mais tu es bien la preuve que, même si on doit y travailler tous les jours, on peut y arriver : se reconstruire et avancer!

    Il ne faut jamais l’oublier. Rien n’est impossible!
    Et surtout bien partager les dangers des chats, et compagnie…

    1. Oui je suis complètement d’accord avec toi! Internet est un outil merveilleux, mais il faut apprendre à s’en servir et à faire attention. Si mon histoire peut empêcher des gamines de faire les même conneries que moi, ça me va.

      C’est toujours difficile de remonter la pente, ça prends du temps, il faut de la patience. Mais la vie est belle et elle est plus forte que tout cela =)

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