Tu vois, je m’en suis sortie !

libellule

Le 15 janvier 2014, j’ai signé la promesse de vente de mon futur appartement, mon futur « chez moi » où la déco va être à mon goût (parce que le studio que je loue actuellement est meublé, et qu’aucun meuble n’est assorti à un autre), où je vais pouvoir m’investir dans la copropriété, où je vais pouvoir cuisiner, recevoir mes amis… bref où je vais être bien.

Je n’imaginais pas cela, il y a 3 ans.

En décembre 2009, je fêtais mes 31 ans, j’étais mariée, nous étions propriétaires d’un bel appartement en rez-de jardin, nos voisins étaient sympas…
Et là tout s’est enchaîné crescendo…

22 décembre 2009 : Gros accident de voiture (Smart contre Sanglier), pas de blessé mis à part le sanglier, mais voiture classée épave et mon mari, fataliste, a pris ça comme le signe que notre couple était en danger.

Le lendemain : Décès soudain de mon grand-père paternel.
Ca fait beaucoup pour le même Noël.

11 avril 2010 : Décès de mon père, même si quelque part on savait que cela devait arriver (cardiopathie sévère), c’est arrivé trop vite, sans que j’ai pu lui dire au revoir, et j’aurais tellement voulu lui demander conseil sur mes problèmes de couple qui commençaient…
Mon mari, qui était très attaché à mon père, trouve alors des échappatoires (moto, réseaux sociaux, sorties, …).

Moi, je me suis oubliée (boulot métro dodo) et peu à peu perdue…

Fin aout 2010, mon mari m’annonce que sa décision est prise : il souhaite divorcer et refuse toute possibilité de thérapie conjugale. Je m’aperçois très vite qu’il a une autre femme dans sa vie.

A l’époque ma vie professionnelle n’est pas au top non plus.

Ma famille n’est pas d’un réel soutien (en plus du deuil que nous traversions tous, ma mère refusait ma séparation) et mes amis, pour la plupart en couple avec enfants, sont là mais peu disponibles…

Mise en vente de l’appartement, cohabitation difficile, pleurs, SOLITUDE …
Ma vie s’écroule.

Je ne m’en sortirai pas toute seule !
Rendez-vous pris avec un psychiatre psychothérapeute conseillé par une amie.

Je me souviendrais toute ma vie de cette première consultation : il m’a donné le « coup de pied aux fesses » nécessaire pour remonter la pente et surmonter les épreuves.
Dès lors, j’ai (sur)vécu au jour le jour, avec ce soutien continu : pas de traitement médicamenteux mais la possibilité de l’appeler ou de lui envoyer un mail à tout moment.
Au début les consultations étaient tous les 3-4 jours puis une fois/semaine. A chaque moment dur, je me disais, « ça, tu lui en parleras au prochain RDV » et je repartais de l’avant. Les consultations ont rythmé ma vie comme chaque prise sur un mur d’escalade.

Sur ses conseils, je me suis forcée à sortir, et je me suis même inscrite sur des sites de rencontres.

On a bien vendu l’appartement, j’ai loué un studio proche d’un métro (plus pratique pour rentrer tard le soir), le divorce a été prononcé en avril 2011 et peu à peu, semaines après semaines, j’ai gravi ce mur.

Ce psy m’a aidé à trouver les réponses, à accepter le décès de mon père et à comprendre ma part de responsabilité dans ma séparation. Cela n’a pas été facile tous les jours mais avec le recul cela fait un bien fou.

En juillet 2011, j’ai pu changer d’équipe au boulot : plus de responsabilités, projet passionnant, un fort soutien pour la poursuite de mes études au CNAM, des collègues sympas, accueillants et compétents.

Peu à peu les sorties n’étaient plus forcées. J’ai rencontré des nouvelles personnes, des nouveaux amis, un homme… et même si la relation n’a duré qu’un an, grâce à lui j’ai repris confiance en moi : je me suis retrouvée, j’ai repris le sport, perdu du poids, j’ai repris plaisir à m’occuper de moi, me suis offert de nouveaux vêtements, et une nouvelle coupe de cheveux, je me suis trouvée à nouveau séduisante.

Mon père, qui était pasteur, expliquait souvent la vie éternelle comme ceci : « Durant notre vie sur Terre nous sommes des larves de libellule dans une mare, lors de notre mort, nous devenons des libellules : nous vivons au dessus de la mare, nous voyons les larves mais sans pouvoir communiquer ».
A chaque fois que je vois une libellule je pense particulièrement à lui et aux gens qui ont quitté ce monde. Cela m’arrive de m’adresser à cette libellule en lui disant : « tu vois, je m’en suis sortie ! »

Nous sommes début 2014. Au programme : l’obtention d’un diplôme d’ingénieur du CNAM, l’achat d’un appartement et qui sait, peut-être la bonne rencontre 😉

La vie est belle, non ?

 Marine

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