J’ai appris à m’écouter

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Elle est arrivée sans vraiment que je m’en rende compte, insidieusement, doucement… Ca a commencé un peu avant que je passe mon bac, des crises, au début ponctuelles, irrégulières et puis je suis rentrée en prépa et elle a était là, avec moi, pendant 6 longues années.

Six longues années à me remplir de nourriture au point d’avoir le sentiment d’exploser, de me faire vomir ensuite et de me laisser vide, complétement vidée physiquement et moralement… Plusieurs années à ne pas pouvoir manger avec d’autres personnes, à refuser les repas, voire à me faire vomir dans les toilettes des restaurants, de la fac, de mes boulots (ça a souvent été mon quotidien)…

La boulimie, ce besoin de se remplir, remplir un vide profond, permanent, qui vous suit jour après jour. Pourquoi? Peut être parce que j’ai vécu mes 9 premières années avec un père alcoolique, qui a ensuite refusé de nous voir, mon frère et moi jusqu’à sa mort, à mes 16 ans. Peut être aussi parce que mon frère jumeau en a fait une dépression de plusieurs années, avec tentatives de suicides… Peut être pour d’autres raisons encore, pour un prof qui m’a draguée au collège et qui a même finit par coucher avec moi alors que j’étais trop jeune… Peut être un peu pour tout, je ne sais pas vraiment, ce que je sais c’est que je suis devenue boulimique et que cela a été des années dures encore.

J’ai été voir plusieurs psy, jamais longtemps, j’avais toujours l’impression de me plaindre alors qu’il y a pire, largement… Et puis j’ai continué à avancer, malgré tout, malgré ça, j’ai rencontré un Homme, mon Homme, qui a accepté, qui savait et qui a fait avec. Et j’ai eu envie d’enfants, mais j’ai eu envie que mes enfants aient une enfance avec une mère qui n’était pas boulimique, j’ai estimé que je n’avais pas le droit de leur faire ça. Ca m’a donné le courage de lutter, d’avancer, de comprendre, de me confronter à mes peurs.

Je suis retournée un peu voir une psy, pour quelques séances. Ca m’a aidée, mais surtout ça m’a aidée parce que je le voulais. Ca a pris plusieurs mois, presque un an avant que je ne sois plus boulimique ! J’ai lutté contre moi même, appris à m’accepter, j’ai aussi arrêter d’être en colère contre mon père, parce que ça ne servait à rien.

Je sais que je n’aurais pas d’explications de pourquoi, que je ne l’entendrais jamais me dire je t’aime. Je sais aussi que mon frère m’a fait souffrir pendant des années, mais parce qu’il souffrait lui même beaucoup. Pendant cette période j’ai coupé les ponts avec lui parce que c’était le seul capable de me faire autant de mal.

Et puis un jour je me suis rendue compte que je n’avais plus besoin de me remplir avec de la nourriture, j’ai accepté de ressentir de la tristesse, de me dire que quand même il y en a aussi qui ont une enfance beaucoup plus sympa, même si d’autres non. Je commence enfin à me faire confiance , à dire non. A me dire que si ce que je fais ne plaît pas à certains et bien tant pis, que l’on ne peut pas être aimé de tous et que courir après l’amour de tous, pour compenser le fait de ne pas avoir été aimée par son père, n’est pas une solution en soi.

J’ai grandi, je suis devenue maman, 2 fois, de 2 magnifiques bébés en bonne santé. J’ai appris à me faire plaisir en mangeant, à me limiter aussi et à craquer parfois pour que cela ne devienne pas une obsession. Bien sûr il y a eu des rechutes, devenir maman lorsqu’on a été boulimique, voir son corps changer, grossir c’est dur.

Pour mes 2 grossesses, j’ai eu à chaque fois une semaine de rechute avec la boulimie, de peurs, d’angoisses et puis je me suis raisonnée, j’étais capable, je le sentais au plus profond de moi. Apprendre à s’écouter, à se faire confiance c’est fondamental. Réaliser aussi qu’être en colère contre des choses qui ont eu lieu et contre lesquelles on ne peut plus rien c’est se faire du mal à soi.

Et se punir, se faire du mal parce que les autres nous ont fait mal, et bien ça ne sert à rien…

Aujourd’hui j’ai 5 kilos à perdre de mes 2 grossesses et je le vis bien, peut être que je les perdrai, peut être pas, même si bien sûr j’espère… En tout cas je remercie mon corps qui oui m’a laissé 5 kilos, mais a porté et mis au monde sans encombre 2 magnifiques bébé en bonne santé ! Que lui demander de plus ? Comment le remercier, lui que j’ai meurtri et malmené pendant 6 longues années et qui m’a fait le plus beau cadeau possible ? Pendant longtemps j’ai cru que je resterais boulimique toute ma vie et que même si j’arrivais à la laisser latente, elle resterait toujours au fond de moi.

Aujourd’hui je sais qu’elle n’est plus là, elle a continué à faire partie de moi, même après l’avoir « vaincue » et puis avec le temps elle a fini par me laisser. Quand je mange maintenant je ne me demande plus si je vais être capable de m’arrêter, je ne me retrouve pas à lutter contre l’envie irrépressible d’aller me faire vomir, je suis enfin apaisée…

Padmé

One thought on “J’ai appris à m’écouter

  1. Merci pour ce magnifique témoignage.
    C’est de lire ces témoignages qui font que j’essaye de m’accrocher, de m’en sortir. J’ai 6 ans d’hyperphagie dernière moi. C’est pas facile à vivre au quotidien mais quand je vois que certains y arrivent, je sens qu’un jour je m’en sortirais.

    Ton témoignage me montre que je pourrais traverser les épreuves de la grossesse. Grossesse que je repousse actuellement tant que je suis pas « guérie  »

    Merci

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