Au bout du chemin, la lumière est belle

Faire le deuil de son père

J’ai 35 ans et ma vie est en deux parties : avant et après.

Avant, je pensais que ça n’arrivait qu’aux autres, avant je pensais que je n’y survivrai pas, avant je croyais que les gens que j’aime étaient immortels.
Et puis un jour le téléphone a sonné : « Papa ne respire plus, les pompiers sont là, viens-vite » !

J’ai passé 30 mn de trajet à espérer, à être sûre que j’allais croiser une ambulance en route, à prier pour qu’il aille bien… prier, moi l’athée convaincue ! J’étais prête à tout.
Et arrivée chez mes parents, les mots qui m’accueillent : « on n’a rien pu faire, je suis désolée ».

C’est alors que l’après a commencé.
Un après où j’ai dû faire la forte, où j’ai dû soutenir notamment ma maman, un après où j’ai fait toutes les démarches, où j’ai appelé la famille et les amis pour leur annoncer, où j’ai géré les rdv pour la succession, les courriers à envoyer, l’assurance à contacter….
Un après qui ne laisse pas la place à la douleur parce qu’il y a trop à faire pour la laisser nous dominer.

Et puis rapidement, il n’y a plus rien à faire. C’est alors que l’esprit réalise, c’est alors que le corps réalise.
Et la douleur arrive, écrasante.
Le « déni » arrive aussi. On arrive à la maison et on s’attend à le voir ouvrir la porte. On téléphone et on s’attend à tomber sur lui. On voit un gadget dans un magasin et on se dit « tiens si je le lui achetais, ça lui ferait une belle surprise » et on réalise, avec quelques secondes de retard que non, qu’il n’est plus là, ne sera plus jamais là.

Il reste à accepter de vivre sans lui, de vivre sans ses regards indulgents, sans son amour inconditionnel, sans ses blagues, sans ses habitudes, sans son admiration, sans lui, sans sa présence, sans son odeur, sans ses calins (parce que oui, à presque 25 ans, on peut encore s’asseoir sur les genoux de son papa!).
C’est là que je me suis dit que je n’y arriverais jamais, que je ne pourrais pas survivre sans lui !

Heureusement, j’ai des amis/es, une famille, et surtout un homme formidable ainsi qu’un petit garçon !
C’est pour ce petit être qui n’avait que 14 mois à l’époque que j’ai continué et que j’ai relevé la tête ! Même si à chaque progrès j’avais le cœur serré de me dire que mon papa ne le verrai jamais, même si j’ai éclaté en pleurs le jour où il a dit « papy » pour la 1° fois, il a été mon rayon de soleil et ma raison de vivre !

Ensuite, sont venus 3 autres rayons de soleil qui sont toute ma vie !
C’était il y a 9 ans, et mon père me manque énormément, toujours, je pense à lui presque tous les jours, je pleure encore parfois, mais au fil du temps je m’aperçois que je pense bien plus souvent à lui avec le sourire qu’avec les larmes.
Parfois même, je me remémore un beau souvenir de lui, exprès, pour le simple plaisir de penser à lui et de sourire. Son sang est encore dans le mien, son sourire est en moi, et tant que quelqu’un pensera à lui avec le sourire, alors il ne sera pas tout à fait mort.
J’ai appris à aimer et à être fière quand on me dit à quel point je lui ressemble, c’est ma force à moi.

Même si c’est dur, il faut juste laisser le temps faire son travail, c’est long certes, mais au bout du chemin la lumière est belle !
Elle est belle parce qu’elle est éclairée par son sourire et son amour !

Delphine

One thought on “Au bout du chemin, la lumière est belle

  1. Chère Delphine,
    35 ans, c’est aussi l’âge que j’ai aujourd’hui. Mon père s’en est allé début septembre, après quelques mois d’une courte maladie au cours desquels je l’ai accompagné. Déni, révolte, stupéfaction, sentiment d’injustice et colère ponctuent l’après. Celui de la fin des rites, quand tout est redevenu silencieux. Merci pour votre témoignage dans lequel je me reconnais.
    Paola

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