Nous sommes heureux

Perdre son bébé

On avait toujours voulu trois enfants. Un premier petit garçon est né, puis un deuxième, deux ans après.
Et puis après un peu d’attente, un troisième enfant s’est annoncé. Une petite fille cette fois : voilà qui allait nous changer !

Mais un jour de septembre, pendant la trente-sixième semaine de grossesse, tout a basculé. Cœur arrêté, sans raison, comme ça.
L’enfer.
La vie qui bascule.

Maintenant je me rends compte que nous nagions en pleine horreur, mais que c’était, déjà, le premier jour du reste de notre vie.
Une vie où l’on s’efforce d’apprécier chaque petit bonheur, chaque grande joie.

Il y a eu le choix des textes et des musiques pour la cérémonie. Cet adieu difficile mais nécessaire dans une grande salle blanche du crématorium.
Il y a eu ensuite ce congé maternité, que j’avais entamé dans la joie, et dont j’avais maintenant besoin pour me reconstruire. Un temps pour elle, qui n’était pas là. Un temps pour mes deux « grands » de 5 et 3 ans, pour qui j’ai beaucoup cuisiné, lu, avec qui j’ai joué, fait des câlins, dessiné, parlé.
Parce que je me rendais compte, plus que jamais, à quel point ils sont précieux.
Un temps pour lire aussi, beaucoup de livres qui m’ont fait du bien, pour mettre des mots sur cette douleur qui dépassait tout ce qu’on peut imaginer. Des mots pour se reconstruire, aussi. Des mots trouvés, aussi, sur des forums, dans l’échange.
Un temps pour marcher, souvent, longtemps, dans la campagne, dans le vent, sous la pluie, dans la neige, avec dans les oreilles de la musique, beaucoup de musique.
Un temps pour profiter de la beauté du monde.
Il y a eu, au bout de quelques mois, la reprise de la vie « normale », le retour au travail, les petits mots et les attentions des collègues, le plaisir de penser à autre chose. Le plaisir de refaire des projets professionnels, à court et à long terme.
Il y a eu cet autre enfant, deux ans après, ce merveilleux petit garçon à qui je dis, chaque jour, qu’il est beau, que je l’aime, parce que chaque jour est un cadeau.

Voilà, nous les avons, nos trois enfants. Bien sûr il y a cette cicatrice qui quelquefois se réveille, qui gratte, mais qui fait partie de moi.
Quatre ans après, je peux le dire : nous sommes heureux. Avec nos trois garçons à la maison, et notre petite fille des étoiles dans nos cœurs.

Mélanie

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