Le bonheur se rapproche à petits pas

Surmonter une séparation

Une flèche dans mon coeur. Il saisit son arc et décoche une première flèche.
– « C’est fini. »
Les battements de mon coeur s’accélèrent. La deuxième flèche les réduit au silence.
– « Tu prends tes affaires et tu déménages aujourd’hui. »
Transpercé, mon coeur s’arrête de battre quelques instants, juste le temps qu’il lui faut pour comprendre. Pourtant, persuadée que ses mots ne seront pas réels tant que les miens ne leur auront pas fait écho, je reste silencieuse quelques secondes. Je tente de chercher une émotion sur son visage, trouver une explication au fond de ses yeux.
Depuis quelques semaines, je voyais bien qu’il était distant, presque absent. Que la tendresse avait déjà presque fait place à l’indifférence. Alors que c’était carrément son amour qui s’était réduit en poussière.

C’était mon grand amour. J’avais 17 ans quand je l’ai rencontré. J’étais persuadée qu’il serait le père de mes enfants.
J’ai passé sept ans avec lui, dont cinq de vie commune. Je me rends bien compte que tout cela semble aujourd’hui presque banal, que j’aurais pu vivre un malheur bien plus grand que celui de perdre l’homme de ma vie. Mais à l’époque c’est le ciel qui me tombait sur la tête.
Toute ma vie qui s’effondrait.
En quelques mots et en quelques heures.
Il voulait que je déménage mes affaires dans la journée. J’ai appelé mes parents et ils m’ont aidée pour que Môssieur ne retrouve plus aucune trace de ma présence quand il reviendrait en fin d’après-midi.

Mon coeur était comme une boule de papier qu’il avait pris le soin de froisser avant de la déchirer.

Heureusement, dans mon malheur, j’ai eu la chance que tout cela arrive au début du mois de juillet. Je devais partir terminer mes études à 300 km de là deux mois plus tard.
Ce déménagement m’a permis de m’évader d’une ville où j’avais beaucoup trop de souvenirs avec lui. Un nouveau paysage, de nouveaux visages, voilà exactement tout ce qu’il me fallait.

Ma reconstruction s’est fait en plusieurs phases.
D’abord une totale répulsion face aux hommes (« tous des salauds! ») pendant six mois.
Puis une phase de redécouverte, que j’appelle ma période de papillonnage. Je découvre que l’on peut passer de bons moments avec les hommes sans pour autant s’attacher. Je butine, je picore, je refuse tout engagement, je fuis ceux qui pourraient s’attacher à moi. En surface, je m’amuse et je suis heureuse, mais tout au fond, je ne suis pas si enthousiaste. Mais les sorties avec les amies et les rencontres, même rapides, me permettent de me connecter à une nouvelle réalité. Je découvre qu’il est possible de vivre sans lui.
Le bonheur est encore loin, mais je ne pleure plus en pensant à la perte de celui que je croyais être le seul homme qui saurait m’aimer.

Et un jour je reçois un email d’un homme via un site de rencontre. Il dit qu’on se connait, qu’on était au lycée ensemble.
Il se décrit et me donne ses initiales.
J’ai un flash. Mon coeur bat la chamade.
Il ne s’agit pourtant que d’un vieux copain qui ne m’a jamais vraiment attiré, mais je ressens tout à coup un étrange pressentiment.

Nous passons toutes nos soirées à tchater, je ne me suis jamais sentie aussi bien de toute ma vie.
En totale confiance, en osmose, enveloppée dans une vague de bien-être inexplicable.
J’ai l’impression de revenir à la vie, comme si tout ce que j’avais vécu auparavant n’était pas tout à fait réel. Comme quand on se réveille un matin après avoir passé une nuit à faire un cauchemar terrible, puis de petits rêves étranges, pas désagréables, mais pas non plus très apaisants.

Trois semaines plus tard, on se donne finalement rendez-vous. On parle comme deux vieux amis pendant des heures, et, comme dans un bon vieux cliché, on s’embrasse à la fin de la soirée.
Chacun a déjà vécu une partie de sa vie, plus ou moins bien. C’est ainsi que tout naturellement, nous décidons de la continuer ensemble.
Pile deux ans après la séparation que je pensais être fatale.

Huit ans plus tard, nous avons trois enfants ensemble. J’ai 34 ans. Et avec du recul, je me dis que ce que je croyais être une montagne infranchissable n’était en réalité qu’une petite colline que j’ai réussi à enjamber.
Et si j’y suis arrivée, moi, l’émotive, l’hyper-sensible, alors tout le monde peut y arriver.
Facile à dire me direz-vous. Certainement.
Pour y arriver, il faut essayer de dresser une liste de tous les points positifs de notre vie en occultant des choses qui ne vont pas. Une sorte de « pour et contre », mais en ne gardant que les pour ! C’est ainsi que l’on apprend à voir son verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide.

Et pendant ce temps, le bonheur se rapproche à petits pas vers nous, (bien trop lentement, je suis d’accord) pour nous surprendre au moment où l’on s’y attend le moins.

Célina

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