Accepter de ne pas accepter

Perte d'un enfant

24 petits jours. C’est le temps que la vie nous a permis de passer ensemble. Si peu mais si précieux…

On m’a souvent dit que la perte de son enfant est la pire chose qui soit… je n’en sais rien, je sais surtout que j’ai longtemps cru que jamais je ne survivrais à ton départ.  Je refusais de ne plus jamais te sentir, te toucher, te voir.
La première année fut infernale. Des questions si anodines et pourtant assassines comme « où est le deuxième? » ou « Combien avez-vous d’enfants? » auxquelles il fallait répondre. On me disait d’avancer, ma psy me disait que j’allais finir par accepter… Mais je refusais tout cela. J’étais en colère. En colère contre la vie qui nous imposait tout cela. En colère contre les gens, dont les enfants grandissaient bien et pour qui la vie était si facile. En colère contre ceux qui faisaient comme si tu n’existais pas, qui ne prononçaient jamais ton nom. Une profonde dépression a suivi.
Et puis un jour, une claque : je n’étais pas seule dans cet enfer, ton père souffrait aussi, même s’il ne le montrait jamais. Et ton frère… il avait déjà un an et demi, mais alors que je pensais être une maman attentive, je me rends compte que je suis passée à côté de ses premiers mois, tant je te pleurais. Alors pour eux, je décide de me battre, de reprendre goût à la vie, au moins à la leur. Je puise ma force dans ton frère, qui grandit bien. C’est notre plus beau cadeau, et nous en profitons chaque jour. Même si à chaque étape importante de sa vie, je me demande comment tu aurais été. Bien sûr, on aimerait qu’un troisième enfant nous rejoigne… oui, un troisième, parce qu’avec le temps, j’ai compris qu’il ne fallait pas avoir peur de choquer. Tu n’es plus là, mais oui, j’ai deux enfants. Et je me fous du regard effrayé des gens quand je leur parle de toi.
Un jour, enfin, ce petit troisième accepte de grandir en moi. La grossesse n’a pas été facile. De nouvelles angoisses, la peur de la prématurité, la peur que tout s’arrête… mais quand plus rien ne va, je te parle, te remercie pour ce miracle. Un beau jour de décembre, ce nouveau bébé décide de pointer son nez, presque à terme cette fois. La sage-femme qui nous accompagne dans ce moment si fort porte ton prénom… ça ne s’invente pas, c’est un joli signe que tu nous fais là… après un très bel accouchement, ta petite sœur est enfin dans nos bras… un troisième cadeau de la vie, auquel tu as, je le sais, participé pleinement… Évidemment, la présence nouvelle de ta sœur me rappelle ton horrible absence, le manque de toi est toujours aussi fort…
Le matin du quatrième anniversaire de ton départ, pour une fois, je me sens sereine… Je vais te voir, te parler, comme souvent. Je me prépare à m’effondrer comme toujours. Et puis non. Ma sérénité ne me quitte pas. Là, devant toi, j’ai compris… j’ai enfin accepté que je n’accepterai jamais. Ça ne veut pas dire que je t’oublie… ça veut dire que tu seras toujours là, avec nous, à ta façon. ça veut dire que je peux lâcher mon fardeau sur le bord de la route, sans avoir peur de t’abandonner à nouveau, et que le plus beau cadeau que je puisse te faire, c’est savourer chaque minute de notre si jolie vie. » A.

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