Ce drame m’a fait grandir

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Avant ma deuxième grossesse, je voulais faire les choses bien.


Je perds 17kg, j’arrête la pilule, je tombe enceinte quatre mois après, tout va bien. Mon fils de trois ans est aux anges, moi aussi.

Et puis un beau matin de janvier, à deux mois et demi de grossesse, du sang. Un peu au début, la sage femme me dit que parfois ça arrive.
Puis beaucoup.
Je file à la clinique, et suis immédiatement prise en charge par mon gynéco.

Une échographie, et là, c’est le drame, son coeur ne bat plus, mon corps est en train de tenter d' »éliminer ce corps étranger ».

C’était comme si j’étais un TGV lancé à pleine vitesse, et qui a foncé dans un mur.

Ensuite, tout s’enchaine vite, curetage prévu pour le lendemain après-midi, je me retrouve dans la salle d’attente des anesthésistes pour la consultation pré-opératoire. Je regarde autour de moi, il y a une femme atteinte d’un cancer, un petit papi tout maigre, le teint jaune, une vieille dame dont on peut lire toute la tristesse dans les yeux, finalement, je ne suis peut-être pas la plus à plaindre.

Mais la mort est en moi, dans mon ventre, ce petit être dont j’imaginais déjà le visage, et tout ce que je pourrais lui apprendre pour le faire grandir.
A mon réveil, tout était fini, mon ventre était vide.
Mon esprit aussi.

Ca a duré plus d’un mois. A déprimer, me demander pourquoi, entendre des gens qui ne savent pas quoi dire (ma mère !), alors qui disent des conneries qui dépriment encore plus (et à qui on a envie de dire d’aller se faire foutre), à culpabiliser, et à vouloir remplir ce ventre vide.
En mangeant. Beaucoup. J’ai repris 15 kg, j’ai lu de nombreux témoignages, des histoires bien plus dures que la mienne, mais qui m’ont aidée à relativiser. Oui perdre l’enfant qu’on porte, même si c’est au tout début de la grossesse, ce n’est pas anodin. Ca blesse. Ca laisse un trou béant.

Mais pourtant, il y a un après. Il y a l’espoir de pouvoir à nouveau donner la vie.
On remonte la pente, doucement, à son rythme.
On retrouve un équilibre, même si un rien nous fait pleurer.
Et un jour on rit. Ca fait culpabiliser de rire au début, mais ça fait du bien.
Faire l’amour aussi. Je croyais ne plus y avoir droit, car je n’en n’étais pas digne, et pourtant, ça aussi, une fois que je me suis sentie prête, ça m’a fait du bien.
Et la vie est lentement redevenue normale.

Mon enfant aurait dû naitre début août. Comme si c’était fait exprès, je suis retombée enceinte le 14 août, lors d’une soirée à regarder les étoiles filantes.
Ce soir là, j’ai fait deux voeux : celui d’avoir un enfant, et celui d’avoir une fille. Mes deux voeux se sont réalisés cette nuit-là.

Comme si j’avais eu besoin de vivre en entier le deuil de ma grossesse finie trop tôt, mon corps m’a laissé une pause. Pour mieux repartir.
Cette nouvelle grossesse est très anxiogène, et je ne serai totalement rassurée que lorsque je tiendrai ma fille dans mes bras, mais je sais aussi que beaucoup de bonheur m’attend. Je garderai toujours une petite place dans mon coeur pour ce petit être qui a vécu presque trois mois en moi, mais je dois aussi reconnaitre que ce drame m’a fait grandir.
Il m’a ouvert les yeux, m’a montré la vérité en face. Je ne suis plus la même, mais je suis moi, en mieux. Je n’aime pas le mot fausse-couche, car c’est un VRAI événement traumatisant.

On ne sait pas trop à qui en parler, ce sujet est tabou. Et pourtant, j’ai été surprise du nombre de femmes qui m’ont avoué « Tu sais, moi aussi ». Mais personne n’en parle, comme si c’était normal, comme quand on éternue ou qu’on a une grippe. Et pourtant, on a le droit d’être triste, effondré, au fond du seau, parce que ça fait partie du processus de deuil, parque cet enfant, il existait déjà.

E.

7 thoughts on “Ce drame m’a fait grandir

  1. Comme je ne comprends que trop bien..
    Je crois qu’il faudrait que j’écrive un texte aussi pour me libérer.
    Le tien est beau et plein d’espoirs. Parce que oui ça arrive, souvent. Parce que c’est dur mais il y a un après bien plus beau.
    Courage à toi pour cette grossesse qui n’en sera que plus belle !

  2. Merci pour ce témoignage. J’ai moi aussi fait une fausse couche (il est nul ce mot) à 2 mois de grossesse. Personne ne comprenait ma peine, ma douleur. J’ai eu le droit à « Il vaut mieux maintenant qu’à la naissance! » « C’est bon! T’es jeune! Tu recommenceras! » « A ce terme, ce n’est même pas un bébé. »… J’en passe et des meilleures.
    J’avais l’impression que je n’avais pas le droit d’en parler, pas le droit de l’évoquer puisque c’était fini donc oublié. 13 ans après (tiens! Ca fait 13 ans aujourd’hui), j’y pense encore en me demandant à quoi il/elle ressemblerait.
    J’ai eu 2 filles depuis. Je suis retombée enceinte 2 mois 1/2 après. Au terme hypothétique de la grossesse qui n’a pas fonctionnée, j’ai été hospitalisée. Mon corps pensait que c’était le moment. J’ai dû rester alité jusqu’à l’arrivée de ma fille en Mars. Alors non! Ce n’est pas anodin.
    Bisous à vous!

  3. Je suis très touchée par votre témoignage. J’ai fait une perte (je prefere ce terme) ne me sachant pas enceinte en tout debut de grossesse. Puis quelques annees plus tard, test positif, le bonheur puis le sang, les douleurs et le drame de nouveau. S’en est suivi une depression avec beaucoup de mal a m’en sortir. Et les phrases assassines : la nature est bien faite, il ne devai

  4. Je suis très touchée par votre témoignage. J’ai fait une perte (je prefere ce terme) ne me sachant pas enceinte en tout debut de grossesse. Puis quelques annees plus tard, test positif, le bonheur puis le sang, les douleurs et le drame de nouveau. S’en est suivi une depression avec beaucoup de mal a m’en sortir. Et les phrases assassines : la nature est bien faite, il ne devait pas etre normal. C’est RIEN ca va passer… comme si c etait un rhume ! Et puis quelques mois apres, ca va mieux et là ma fille mon bonheur. Et quelques temps plus tard, ma 2eme princesse. Aujourd hui je suis comblee mais je n oublie rien de ses deux etres que j’aurai adoré avoir.

  5. Merci pour ton témoignage, c’est vrai qu’on se sent vraiment incompris, ce n’est pas bien grave pour les autre mais c’était déjà tellement pour nous…

  6. Merci pour ce texte. Il me permet de me rendre compte que je ne suis pas seule. Effectivement, les gens ne se rendent pas compte de ce qu’ils disent…. Personne ne peut comprendre ça sans l’avoir vécu. Personnellement, c’est une amie qui m’a confié l’avoir vécu aussi qui a su le mieux m’écouter et me conseiller. Peut-être vous le raconterais-je aussi, pour aider à mon tour…

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