J’ai basculé du bon côté

images (1)

De même que petit à petit elle s’est insinuée.

Poste à responsabilités mais pas de pouvoir décisionnaire, on me confie les gros dossiers, les gros clients, mais quand il s’agit de prendre de vraies décisions, la hiérarchie fuit, la hiérarchie n’a pas le temps. Mais le client non plus n’a pas le temps, alors il est mécontent, me le fait savoir. Ca fait rire le grand chef pendant que moi, je me décompose peu à peu. Je tire la sonnette d’alarme une fois, deux fois, cent fois.

Dans la sphère privée je fais semblant, personne ne se rend compte, au mieux on me dit que ce n’est rien, ça va passer. Ces petits mots de rien du tout qui font si mal… Puis c’est la chute libre.

Jusqu’à ce que je rencontre le médecin qui va prononcer ce mot. Dépression. Ca y est, quelqu’un me comprend.

OUI, j’ai tout pour être heureuse, mais NON, je ne le suis pas. Et surtout, SURTOUT, OUI, j’en ai le droit.

La guérison a commencé, je crois, ce jour là.

Le jour où quelqu’un m’a dit que j’étais effectivement malade, j’ai commencé à guérir. Ca a été long, très long.

La rémission pour moi a commencé avec la chute finale. Le mal était reconnu, je pouvais arrêter de faire semblant. C’est fatigant de faire semblant. Alors je me suis reposée de tout ce temps. Ca a duré. Longtemps. La culpabilité m’a longtemps fait tout m’interdire. Je n’étais pas capable d’aller au bureau, alors je ne méritais pas de partir en vacances comme le préconisait le corps médical.

Je n’étais pas capable de m’occuper de ma famille, alors je ne méritais pas leur amour.

J’ai eu la chance d’être entourée par une équipe médicale qui me comprenait, et par une famille qui me soutenait.

Alors j’ai commencé à réaliser qu’il fallait que je sorte de tout ça.

Pour elle d’abord. Ma fille. Elle a alors à peine deux ans, en pleine construction, il lui faut sa maman. Et pour mon mari, qui prend le relais en plus de son travail. Il fait tout pour me faciliter le retour à la vie. Ce n’est pas facile pour lui, mais il le fait.

Ce n’est pas facile pour moi, mais je dois le faire

La remontée a duré un an et demi. J’ai du mal à en reparler car je ne me souviens pas bien de comment ça s’est passé, de comment j’ai basculé du bon côté.

Je pense que c’est parce que ça s’est fait tout doucement, progressivement. Si subrepticement que c’en était quasi imperceptible au jour le jour. Mais aujourd’hui, un an et demi après, le résultat est là.

J’ai appris à prendre de la distance avec tous ces détails qui m’atteignaient avant. Je me suis inventé une méthode que j’ai appelée la RAF attitude. Rien A Faire.

Le patron n’est pas content alors que j’ai fait tout ce qu’il fallait ? RAF.

Mes copines ne m’appellent que quand elles ont besoin de moi ? RAF.

Puis au début de l’été, j’ai pris une décision. A la rentrée, j’allais y retourner. On a tenté de m’en dissuader, on ne me sentait pas prête, trop fragile encore. Je crevais de peur à l’idée de retrouver ceux qui m’ont mise dans cet état, qui m’ont pris un an et demi de ma vie. Mais je savais aussi que c’était la seule solution pour m’en sortir vraiment.

Alors, un an et demi après avoir quitté mon travail, j’y suis retournée. Personne n’y croyait vraiment. Ca fait quatre mois.

Pour tout le monde, cette période est oubliée, c’est du passé.

Ca fait mal, mais il faut l’accepter…ou retomber. Et ça, c’est hors de question. Je suis fière d’avoir réussi, et c’est tout ce qui compte.

 

Mel

One thought on “J’ai basculé du bon côté

  1. cela aurait pu aller aussi loin que toi si je n’étais pas tombé enceinte (malgré la pilule, comme quoi l’esprit sait ce qu’il fait)
    ma devise: je fais ce que je peux avec les moyens que l’on me donne.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *