Rien ne se rattrape, tout s’atténue

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Le jour où j’ai appris que tu étais là, à l’intérieur de moi, j’ai explosé de joie. Je t’avais imaginé et désiré comme le plus beaux des cadeaux et je vais pouvoir te serrer dans mes bras, dans 9 mois.

J’apprécie alors chaque jour de ma grossesse en attendant ta venue. Je veux te protéger et t’apporter le meilleur. Puis, plusieurs mois passent, et je me retrouve brusquement remplie d’angoisses, suite à une suspicion de maladie qui sera vite écartée par le corps médical. Mais mon angoisse est toujours là, de plus en plus forte, de plus en plus paralysante, jusqu’à en perdre le sommeil. Je ne me reconnais pas, je n’ai jamais ressentis ça auparavant…

Puis, tu es né, le 11/11/2010, moment merveilleux. Tout va rentrer dans l’ordre puisque tu vas très bien. Mais je ne sais pas encore que ma descente aux enfers ne fait que commencer. Elle va durer 6 mois.

Elle m’a volé ta toute petite enfance. Elle s’appelle dépression post-partum. Je m’éloigne de moi-même et côtoie l’indicible. Mon corps est là mais je suis loin, très loin. Mon quotidien devient la peur, l’angoisse, l’impossibilité de vivre.

Ce cauchemar éveillé me tombe dessus dans une grande incompréhension, sans prévenir et sans raison apparente. Ma souffrance est telle que je passe des journées entières à chercher des solutions pour tenir jusqu’au lendemain, un pied au bord du précipice. Et tu es là, au milieu de ce tremblement de mère. Tu as 10 jours seulement quand je prends le chemin des urgences psychiatriques. Je ne comprends pas, je t’ai tellement voulu, et pourtant, ce lien entre toi et moi est mis à l’épreuve. 6 mois pendant lesquels mon cerveau est comprimé dans un cercle infernal, où la raison n’a pas sa place. 6 mois de chaos incompréhensible, où chaque geste du quotidien devient une lutte : se lever et prendre une douche deviennent des actes insurmontables. Heureusement, mes proches sont là, à mes côtés, et aussi à tes côtés puisque je ne peux pas m’occuper de toi. Je leur dois tout. Et puis j’ai la chance de croiser le chemin de ce psychiatre qui m’a soutenue jusqu’au bout et qui, après de nombreux traitements infructueux, a trouvé celui qui a été ma bouée de sauvetage, ma bouffée d’oxygène !

Assez vite, je me retrouve. Je redeviens moi-même, avec mes émotions et mes envies ! Je peux enfin profiter entièrement de toi, me surprenant même à pleurer de joie en te regardant sauter sur le canapé. Je suis là ! Je peux enfin t’aimer et j’ai l’impression que mon amour pour toi est d’autant plus fort que l’attente a été longue pour le ressentir pleinement. Tu as maintenant bientôt 3 ans et demi. Ces 3 dernières années, je les ai passées dans le bonheur de te voir grandir au quotidien. Je me nourris de ta joie de vivre, de ta malice, de ta curiosité et de tes éclats de rire. Je suis devenue une maman davantage centrée sur ton épanouissement que sur les horaires des bains et des repas.

Je ne veux que ton bonheur, et ma plus grande satisfaction arrive quand des personnes inconnues me disent que tu as un tempérament « heureux ». J’en suis sûre maintenant et j’en suis fière !

Depuis cet épisode, je suis peut-être un peu plus sensible sur certains points, mais j’ai aussi trouvé en moi une force indestructible et l’impression très convaincante que, quoiqu’il arrive, le pire est derrière. Il est vrai que, chaque jour encore, un souvenir déstabilisant de ce traumatisme remonte à la surface. La cicatrice est là, je vis avec… Mais je vis ! Je profite de tous les petits moments, j’ai des projets et surtout je les réalise : des instants de liberté sur notre tandem avec ta petite bouille sortant de la carriole, un mariage avec ton papa, et bientôt une petite aventure puisque nous partons 6 mois en voyage sur notre tandem. Nous voulons ce moment pour nous : être tous les trois, savourer chaque instant à tes côtés et satisfaire ta soif de découverte ! C’est notre revanche… Rien ne se rattrape mais tout s’atténue !

Bien sûr, la vie ne va pas se dérouler comme je l’espérais, moi qui souhaitais avoir plusieurs bébés. Car comment prendre le risque de renouveler l’expérience ? Depuis cet épisode, j’essaye de me résigner, tant bien que mal, au fait que tu seras mon seul trésor. Et par moment, la peur au ventre, je me surprends à penser qu’un jour, peut-être, nous pourrons accueillir un autre petit être, de nous ou venu d’ailleurs… Et rien que le fait d’évoquer ces pensées me prouve que le temps fait avancer !

Ce moment de vie a été pour moi un tsunami intérieur dont j’ai cru que je ne reviendrai jamais, un de ces moments de vie qui nous change au plus profond, un de ces moments de vie pour lesquels il y a un « avant » et un « après ». Mais, avec quelques années de recul, je crois que « l’après » permet de mieux comprendre qu’il faut profiter de tout !

Alors oui, on s’en sort, avec le soutien des autres, avec le temps qui permet d’atténuer l’inacceptable même si je n’y croyais pas, avec les projets qui permettent de construire et de transformer les évènements en positif, avec ces musiques qui permettent de s’évader, avec ces mots qui permettent de soulager, et surtout, avec cette sensation qui ne nous quitte plus… celle d’être dans la vie… à chaque minute…

 

On a deux vies, et la deuxième commence quand on se rend compte qu’on n’en a qu’une.

Marie

3 thoughts on “Rien ne se rattrape, tout s’atténue

  1. Merci de ce témoignage.
    Je suis en train de sortir tout doucement de ma dépression post partum (8 mois après la naissance de ma fille) et tous les témoignages sur ce sujet méconnus sont importants.
    Merci de rappeller que cela peut arriver même si on souhaite trés fort son bébé, et qu’il faut absolument consulter pour s’en sortir …Je l’ai refusé trop longtemps.

  2. J’ai fait une dépression post partum à la naissance de ma première fille, certes moins « prononcée » que la tienne mais qui n’a pas été diagnostiquée.
    Puis un jour, notre fille s’est étouffée pendant quelques secondes et j’ai réalisé que je l’aimais.
    Tout a été plus facile ensuite.

    Un petit frère est arrivé quatre ans plus tard et tout a été instinctif et animal avec lui, je l’ai aimé comme une louve dès le premier regard.

    Les naissances se suivent mais ne se ressemblent pas …

    Je vous souhaite beaucoup beaucoup de bonheur, avec un ou plusieurs enfants

  3. Bonjour,
    Oui, merci, de ce témoignage émouvant, trop peu osent iu arrivent à en parler….
    Il existe une association parlant de ce sujet, avec un site Internet, il s’ agit de maman blues, jetez y un coup d’œil, ça peut vraiment aider.
    Bonne continuation, et bravo pour ce chemin parcouru, je connais aussi.

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