Nous allons bien

Suicide

2011, je viens d’avoir 40 ans.
Nous partons en vacances dans le Sud, en famille, mes deux enfants et mon mari. Nous faisons la route de nuit après la semaine de travail, nous arrivons tard et nous nous couchons sans défaire les valises. Tout le monde dort mal, il me semble que les téléphones portables ont sonné plusieurs fois dans la nuit.

Ce matin, je me lève tôt et je regarde les téléphones. Il y a plusieurs appels dans la nuit sur le téléphone de mon mari, de son jeune frère, encore une fête ? Et un appel de sa mère.
Inquiète, je réveille mon mari pour qu’il appelle sa maman. Pendant ce temps, les enfants se sont réveillés
Et là, le monde, notre monde s’écroule : mon mari appelle sa mère et se met à pleurer au téléphone. Son frère le plus proche a décidé de partir dans la nuit.

Nous rentrons, la route est horrible, longue et pénible. Les téléphones sonnent en permanence. Nous n’avons pas pu préserver les enfants, il a fallu expliquer l’inexplicable en faisant attention à adapter nos propos à leurs âges.
Notre douleur est décuplée par l’incompréhension.
Enterrement, retrouvailles avec tous les amis, toute la famille. On se serre les coudes.
Tout le monde est là. Il n’est plus là.

Puis il faut retourner travailler, les enfants reprennent l’école. Les enfants n’ont pas encore de tabou par rapport au décès, ils nous forcent à aller de l’avant.
Le temps passe, il y a des moments pénibles : des dates, des anniversaires.
Mais le temps passe.

Nous parlons, nous parlons beaucoup avec mon mari si courageux dans sa douleur. Moi, j’ai voulu et j’ai eu besoin de me faire aider. Je suis tombée sur une personne formidable. J’ai pu extérioriser tous mes sentiments. J’ai arrêté de me sentir coupable de n’avoir rien pu faire.

Et j’ai eu 41 ans.
Un an déjà, un an seulement.
Le temps fait son travail : diluer la douleur. Au sein de mon couple, la parole est devenue notre soutien, à mon mari et à moi. Nous avons recentré nos envies.
Nous relativisons les petits tracas du quotidien.
Le temps passe.

Et puis un jour, enfin, on arrive à sourire en évoquant son souvenir, à regarder les photos sans chagrin.
Un soir enfin, on se couche sans y penser.
Le temps a passé parfois vite, parfois lentement.
Mon mari a été merveilleux, ce malheur nous a rapprochés.

Ce qui nous a permis de continuer à vivre et à être heureux ce sont nos enfants, nos amis. Nous profitons à fond de chaque bonheur qui s’offre à nous.
Voilà, cela fera 3 ans, je viens d’avoir 43 ans. Mon mari va bien, je vais bien, mes enfants vont bien.
Je ne pensais pas qu’un jour j’arriverai à nouveau à dire : la vie est belle !

K.

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