Une bulle de bonheur

Viol

Elle a bien blotti au fond de son corps son petit cœur prêt à aimer, son âme douce et sereine prête à s’ouvrir au monde, au fond de son ventre son innocence prête à se donner et dans ses veine coule son sang de vie rouge, chaud et liquide.

Un jour des mauvais sont venus lui arracher ce petit cœur, cette douce âme et cette jolie innocence.
Elle saigne d’un sang noir de mort, épais et froid.

Enfermés dans un coffre, son âme, son cœur et son innocence; isolés au milieu d’un labyrinthe de végétation sauvage, hostile. Asséchée sa source de vie.
Sans eux, Elle est perdue, blessée, transie de froid et sans vie.

Avec le peu de force qu’il lui reste Elle tente jour après jour de retrouver ses précieux.
Jour après jour Elle lutte pour avancer, se débattant pour progresser malgré les obstacles : arracher ses ronces qui l’accrochent et la blessent, enjamber les trous noir sans fond, éviter les bruyantes clochettes qui lui brouillent l’esprit, contourner les odorantes fleurs qui lui donnent la nausée, ne pas toucher les lianes qui s’enroulent sur Elle et l’étouffent.

Et plus Elle progresse, plus le chemin se referme derrière Elle, et l’emprisonne.
Plus Elle se débat, plus son calvaire devient meurtrier ; plus Elle avance moins Elle distingue les chemins de vie de ceux de mort.
C’est épuisant et désespérant.
Elle se sent faible et envisage de céder. Elle sombre plus d’une fois. Elle tombe.

Mais là, tout au fond, sous tous ces écueils, il y a la terre nourricière.
Elle s’y enfonce chaque soir et retrouve chaque matin un peu d’énergie pour continuer son combat.

Un jour Il apparait.
Différent, aimant, respectueux, patient, Il ne voit pourtant pas le vide au fond d’elle.
Il voit le malaise, le mal-être mais ne comprend pas et ne voit pas ses blessures invisibles. Elle se cache, honteuse de ses douleurs.
Patiemment, Il attend. Progressivement Elle le laisse approcher, sur ses gardes, tremblante à l’idée qu’Il sache, qu’Il découvre l’horreur de son vide.
Avec force de patience et d’amour Il lui montre son respect et son empathie. Timidement Elle accepte de lui montrer son parcours. Elle n’a pas peur de son regard. Elle l’accepte dans son dédale espérant pouvoir puiser dans ses forces.

Chaque jour, Il l’accompagne dans sa rude quête. Il ne voit pas les ronces, Il n’entend pas les clochettes, Il ne sent pas les fleurs, ne s’étouffe pas dans les lianes, mais Il est là, la soutient, l’empêche de tomber, la retenant quand les sons l’étourdissent ou les odeurs la font vaciller; lui redonnant le souffle de la vie quand les lianes l’étranglent…

Derrière Elle, Il tente de combler les trous, de trancher les ronces, les lianes, Il met en sourdine les clochettes et éliminent les fleurs.
Avec Il Elle progresse forte de ne plus voir le chemin se refermer sur elle. Chaque soir Il lui construit une couche douce, accueillante et chaude. Il l’entoure de ses bras protecteurs et la couvre de baisers aimants. Dans ce havre de paix, Elle peut enfin s’apaiser.

Et puis un jour, grâce à son amour, Elle ne sent plus le vide immense en elle, son cœur bat de nouveau, son âme meurtrie est pansée, dans son sang coule enfin la vie.
Bien-sûr les ronces sont toujours là mais Elle a ses bottes qui la protègent, les trous ont été recouverts de planche, les clochettes ne sont plus que de légers tintements, les fleurs de légères effluves qu’Elle laisse s’évanouir sans y prêter nez et les lianes de vulgaires cordes pendantes qu’Elle ne voit presque plus.
Ses faiblesses ne sont plus, elles ont fait place à de la vigilance. Bien-sûr les détails sont encore présents mais ce ne sont que des détails qui n’ont pas la puissance des traumatismes passés.
Leur amour a construit une bulle de bonheur, remplie d’un oxygène de sérénité, pavée de respect et de confiance.

P.

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