Ecrire un nouveau chapitre

 

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Le 18 mars 2014, à 11h, je rentrais dans le service Georges Sand du CHU Esquirol pour y être hospitalisée, afin de soigner ma Boulimie.

À cette heure-ci, la tristesse m’a envahie. Premier repas, je me suis sentie perdue. Où étais-je tombée ? Les autres jeunes filles (enfin, je dis jeune fille, mais il y a des femmes, des mères aussi ici) ne m’ont quasiment pas parlé, juste pour savoir « Qu’est-ce que j’étais ».

Cette structure m’a fait peur et m’a renvoyé à la gueule tout ce que j’ai été, tout ce que je n’ai jamais voulu voir. Je ne me sentais pas à ma place ici au milieu de toutes ces filles, si maigres. Seule dans ma chambre toute une journée, j’ai eu le temps de réfléchir, de me poser des questions. Pourquoi fait-on ça ? Pourquoi se détruire ? Sommes-nous réellement seules ? Pourquoi se faire du mal à nous et aux autres ? Quel vide cherche-t-on à combler ? Pourquoi avoir besoin de maitriser ainsi notre vie ? Est-ce que je veux de cette vie-là ? Ai-je un avenir heureux ? Pourrai-je un jour donner la vie ? Pour qui est-ce que l’on vit ? J’ai durant ce séjour, découvert, appris ou réappris que je n’étais pas seule, que j’étais entourée et très bien entourée, que j’étais soutenue et qu’on croyait en moi, que l’on me pensait assez forte et courageuse pour gagner ce combat.

J’ai compris que même si tout le monde me soutenait, c’était mon combat et qu’il n’y a que moi qui pouvais le résoudre… Seule. Je me suis rendue compte que j’ai toujours donné trop d’importance aux personnes qui ne me voulaient pas que du bien, et pas assez à celles qui m’étaient proches et qui tenaient à moi. J’ai compris la souffrance qu’ont ressenti mes proches à me voir me faire du mal ainsi. J’ai pu paraitre froide, et donner le sentiment de n’en avoir rien à foutre des autres, mais au-delà des apparences, j’ai beaucoup souffert de les voir ainsi. Je me suis demandé comment on pouvait en arriver-là, alors que j’y suis moi aussi passée. Les voir si faibles, si seules, si détruites m’a fait tellement de mal… Je me suis dit, au fond de moi que je ne voulais JAMAIS devenir (ou redevenir pour être plus juste) comme elles.

Un matin, nous avons dû faire une lettre à notre maladie, comme si nous écrivions à une amie, comme si nous lui disions ce qu’elle nous avait apporté de positif. « À toi, ma chère anorexie, tout d’abord merci… » . Ma lettre commençait comme ça. Je suis passée à l’oral et j’ai trouvé ce travail très bénéfique. Puis, assise sur ma chaise, je les ai écoutées parler, l’une après l’autre, et j’ai encore pris une claque. Voir que même face à cette dure réalité certaines hésitent encore, que d’autres pensent qu’elles vivront toute leur vie avec, d’entendre avec quelle dérision les infirmiers nous parlaient… J’ai par moments cru pleurer. J’ai vécu des années maigres, sans avoir goût à la vie, sans avoir envie de rien, juste de dormir, sans avoir envie de manger, en ayant froid tout le temps, en ayant ce besoin de contrôle sur mon alimentation. Je sais que ce n’est pas une vie, et je ne le souhaite à personne !!!

Mon séjour, là-bas, fut court, mais intense et bénéfique, j’ai appris au contact de toutes ces jeunes femmes qu’il faut VIVRE et non pas EXISTER. Profiter de la vie malgré toutes les épreuves qu’elle peut nous faire endurer. Vivre c’est aussi savoir lâcher prise. Encore une fois, je demande pardon à tout ceux que j’ai fait souffrir, à ma famille, à mes amis, à l’homme que j’aime… à toi Christophe. Je voudrais leur dire merci, merci pour tout et merci d’avoir été, et d’être présent. Aujourd’hui, je tourne une page de ma vie pour en écrire un nouveau chapitre, plus sain, plus posé, plus réel. Je repars sur de nouvelles bases. Mon combat est encore quotidien, mais je me sens plus sereine, plus forte, et je veux avancer, pour moi, et avec les autres ! À toi, Elisa, jolie princesse de 22 ans. À toi qui m’as tendu la main dès le premier jour et dans le pire des moments. À ce beau combat que tu mènes. À tout ce que tu m’as apporté et que j’aimerais te rendre en retour. À la force que tu m’as redonnée et à celle dont tu auras besoin. À ta beauté et à ta réussite. À ton courage. Parce qu’il faut croire en soi. Parce que la vie est belle et qu’elle vaut la peine d’être vécue. Merci.

Elisa

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