Il y a toujours un coin de ciel bleu quelque part

ciel bleu

Au bout de 10 années, enfin, nous nous décidons. Nous aurons un enfant. Des métiers prenants, un rythme de vie effréné avaient jusque-là éloigné ce projet de nos parcours. Il est très enthousiaste à l’idée d’accueillir ce bébé. Je le suis aussi, tout en me demandant comment tout concilier.

Un médecin, sans doute bien intentionné, me dit que sans doute, la mise en route de cette grossesse demandera un accompagnement médical et que, mon âge avançant, je devais sérieusement y penser…

Alors, c’est les vacances. Il fait beau, nous avons le temps, nous rions beaucoup, nous faisons la fête, nous sommes heureux. C’est en tout cas ce qui me semblait.

La rentrée et son mois de septembre si bouillonnant arrivent subitement. Et je suis enceinte.

Seulement voilà, la joie et les rires se sont cristallisés et sont restés quelque part au bord de l’océan. Tout de suite, au-delà de mes propres angoisses face à cette nouvelle vie qui s’annonce, je vois bien que son enthousiasme n’est plus là.

Ça a duré 3 semaines. 3 semaines pendant lesquelles, épuisée, nauséeuse, j’ai connu le doute, la terreur et les questions qui tournent dans la tête et empêchent de trouver le sommeil. Et une solitude immense. Il me semblait que je vivais dans une benne à ordures, que m’ouvrir à quelqu’un sur ce qui m’arrivait revenait à déverser dans un jardinet propret et soigné toutes les immondices que ma vie représentait. Alors je me suis tue.

J’ai avorté. Le soir-même, mis au pied du mur, il m’a quittée. J’ai sombré.

Je me suis vue chuter dans le gouffre sans fin de la dépression. Impuissante. Consciente, mais totalement incapable de lutter. Par automatisme, je suis retournée très vite travailler. Par automatisme, j’ai appelé des amis. Et par réflexe de survie, j’ai parlé. Parlé, parlé, parlé. Raconté, raconté, raconté. Tout.

J’ai été la bonne élève de la dépression, la première de la classe, même. Prendre ses médicaments. En supporter sans broncher les effets secondaires. Consulter une psychologue. Appeler à l’aide quand ça devient trop dur. Ecouter la psychologue.

Et puis, cette découverte, si banale et si formidable à la fois : autour de moi, des gens incroyables de bonté, de bienveillance, de douceur, d’attention. Présents et affectueux, tout le temps. Ils sont là aussi quand il m’avoue qu’alors que ma grossesse débutait, il m’a trompée avec une jeune fille de 10 ans plus jeune. Ah. L’âge auquel nous nous étions rencontrés…  Ma famille, mes amis. Des coups de fil quotidiens pour prendre des nouvelles, des mails, des messages, des projets nouveaux qu’on me propose alors que je suis pourtant une épave. Des mots. On me dit que je m’en sortirai, on me dit 1000 fois que ça ira, que je suis quelqu’un de bien. Mais je n’y crois pas : je crois que le bonheur n’est pas un droit.

« Il y a toujours un coin de ciel bleu quelque part ». C’est ce que me dit un jour une de ces nombreux proches. La phrase tourne dans ma tête et finit par se concrétiser par une traque sans relâche de ces morceaux de bleu. C’est dur au début, c’est encore l’hiver et je suis agrippée à ma douleur, ou plutôt elle à moi. Mais je lève les yeux. Et je les partage, ces morceaux d’azur. Et je traque aussi le beau. Je suis presque obsédée par la douceur d’un joli rose sur une plante, un tissu, dans le ciel, dans un paysage. Je recommence à écouter beaucoup de musique. Je porte un nouveau parfum. Comme si mes sens s’ouvraient à l’esthétique du monde pour apaiser mon cœur et mon âme endoloris.

Et les moments d’apaisement arrivent peu à peu. Tout d’abord isolés. Je souffle de temps à autre : le poids qui oppresse ma poitrine disparait pour quelques minutes. Les rires reviennent aussi parfois. Et exactement comme ceux qui m’ont portée me l’avaient dit : ces moments se rapprochent et la douleur infinie qui était en moi devient de moins en moins forte. Le printemps arrive, aussi. Précoce et généreux, cette année.

Un soir, rentrant d’un moment passé avec ceux qui m’aiment – c’est désormais comme ça que je les appelle – je sais. Je sais que je suis forte, je sais que je peux être seule, je sais que je n’ai besoin de personne, et surtout pas de lui. Je sais que je peux me tenir droite, que je n’ai plus peur.

Tout est alors allé très vite. J’ai déménagé. Et j’ai rencontré mon nouvel amoureux. Bien sûr, je ne sais pas de quoi l’avenir sera fait. Bien sûr, il reste les fêlures. Mais j’ai acquis quelques certitudes : je suis forte. Je suis entourée de gens formidables – parmi lesquels mon amoureux. La vie est belle. Et il y a toujours un coin de ciel bleu quelque part.

 

V.

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