Accepter le bonheur

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Début 2004, j’ai 21 ans, et ma vie va basculer à tout jamais.
Une conversation téléphonique que je surprends entre 2 portes, et mon pire cauchemar est en train de se réaliser, en 2 mots foudroyants : maman – cancer.

Je tombe par terre, je le sais déjà, elle ne s’en sortira pas. Je ressentais au fond de moi que cette maladie nous l’enlèverait, peut-être depuis toujours, peut-être parce qu’elle faisait tout pour se détruire.J’ignore encore à ce moment là si c’est le début ou la fin de ce que je pensais être alors ma fatalité:

 

J’ai grandi au milieu de ce que je pensais être la normalité: les cris, la terreur, la négligence, la destruction.
Mon seul objectif : anticiper pour survivre.
Echapper à un père dont le regard est si violent qu’il pourrait foudroyer n’importe qui, un regard qui transforme quotidiennement sa femme en esclave; et des filles, ses propres filles, en femmes , avec toute l’ambiguité que cela comporte. Mais dans notre famille on cache tout, on fait comme-ci. Alors la petite fille que je suis, pour se protéger, efface les souvenirs, sa mémoire; pour mieux survivre. Une question me poursuit : Que s’est-il vraiment passé?
Alors que ma si jeune petite soeur pense déjà à quitter ce monde si cruel et insupportable, je comprends qu’il me faut de l’aide, je veux comprendre ce que j’ai vécu et surtout être accompagnée dans ce que je vais vivre.
Psychiatre, psychologue, infirmière, pour la première fois de ma vie on m’autorise à être une victime, on pose des mots : « c’est grave, vous avez besoin d’aide ».
Les pleurs laissent place à un sourire, non pas celui que j’ai inlassablement affiché depuis toujours,mais le sourire qui dit : tu as été entendue ,on va enfin te respecter en tant qu’être humain….on va prendre soin de toi.
Jusqu’au jour où il me faut accepter l’inacceptable: celle sans qui je ne pensais pas survivre, va partir
Début 2005, elle s’éteint et sa disparition ouvre la porte à tant d’autres:
Fin 2005, une grand-mère
Début 2006, « papa »
2007, une autre grand-mère.
Je ne m’habitue pas, ne comprends pas. J’ai l’impression de me noyer sous cette avalanche, à quand mon tour?
Mais il me faut vivre pour la seule rescapée, même si elle n’en veut pas de cette vie: ma petite soeur.Et puis une rencontre avec un mot , celui qui va résonner en moi : résilience.
Je me reconnais tellement, que ça en est troublant: elle existe vraiment cette force en nous, dont on ne soupçonne même pas l’existence, celle qui permet une renaissance.
C’est décidé, je vais construire ma vie, une nouvelle vie et je ne veux qu’une seule chose: créer une famille, ma famille.
Nous sommes fin 2007 et je le rencontre, celui qui va me permettre d’accéder à mon rêve.
Je me sens si bien à ses côtés, enfin en sécurité, physique et effective. Je n’ai plus peur de l’homme, je comprends dans son regard et j’apprends qu’il en existe des respectueux et aimants.
Tout s’enchaîne si vite, l’évidence est tellement forte qu’elle me porte, nous porte et je fais confiance pour la première fois en ma destinée.
La vie commune, l’achat de notre maison, mon cocon de bienveillance.
Et puis comme un miracle : notre fils.
Un garçon, un homme en devenir, c’est compliqué pour moi.
Je me retrouve une nouvelle fois face à mon passé.
Je veux réparer, créer , toujours accompagnée des différents psychologues qui ont croisé ma route.
Reproduire et transmettre mes traumatismes c’est ma peur quotidienne et mon combat: je dois transformer ses souffrances pour en faire de l’énergie positive.
J’apprends à ses côtés l’innocence, la spontanéité, l’insouciance, tout ce qui m’a échappé.
Sous mes yeux un spectacle, celui de l’enfance, la vraie. Aujourd’hui encore je le regarde émerveillée, et je m’avoue , un peu honteuse, me nourrir de ses bonheurs..
Il me reste pourtant un besoin inavouable, celui d’avoir une petite fille, de la voir grandir et s’épanouir auprès d’un papa aimant et protecteur.
Et comme dans un rêve, elle est arrivée au mois de Juin, parce que la jeune femme résiliente a laissé place peu à peu à une mère de famille chanceuse et heureuse. Cette mère qui n’a qu’un souhait aujourd’hui, les voir s’épanouir et les protéger de ma « valise à malheurs », qu’ils me laissent mes cicatrices pour quitter un jour notre nid en toute légèreté.
J’ai aujourd’hui envie, passionnément, de diffuser autour de moi cette force de vie, cette dévotion au bonheur.
Il me restera toujours tant de questions sans réponse, tant de non-dits et de souvenirs oubliés, mais j’ai tout gagné:
Je me suis battue, parfois obstinément, et je l’ai réalisé mon rêve, oui je l’ai MA famille.

La suite? Accepter mon bonheur et ne plus en avoir peur

Manu

6 thoughts on “Accepter le bonheur

  1. Bravo ! Et merci de partager cela avec nous…
    Pour la dernière phrase : ça parait pas comme ça mais ce n’est pas le plus facile… mais je suis sure que vous allez y arriver !

  2. Quel beau texte.
    Tu as mis des mots et des phrases sur ce que je ressent aujourd’hui sans réussir à l’exprimer.
    Plein de bonheur avec ta famille, tu l’as grandement mérité.

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