Fortifiée par les tempêtes

Comment résumer une enfance et une adolescence très difficiles?

Une mère anorexique et maniaco-dépressive qui refuse tout traitement. Un père qui a du partir sous peine de sombrer lui aussi a cause d’une telle toxicité. Les insultes qui pleuvent a cause de ma peau foncée, un grand manque de confiance en moi. Un corps qui grandit vite et attire une attention dont je ne sais que faire. Et une agression, un viol.
Pour m’en sortir il m’a fallu partir. D’abord dans une autre ville pour mes études, avec ma mère menaçant de se suicider si je pars. Puis a l’étranger. Depuis toujours l’idée que si je courbais l’échine et continuais à avancer il y aurait du bonheur pour moi quelque part. Toujours l’espoir qu’avec des bonnes notes, des connaissances en langue étrangère je pourrais m’échapper et construire ma vie. Me réinventer.
Il y a eu un temps ou l’excès de nourriture et me faire vomir, la boulimie, était le seul moyen pour moi d’évacuer toute cette douleur. Mais je continuais a avancer.
M’expatrier une première fois m’a aidée à faire la paix avec la maladie de ma maman et à lui pardonner ses abus. Cela m’a aussi aidée à mettre le traumatisme du viol derrière moi et réaliser que j’avais le droit d’être aimée. J’ai même un tatouage pour me le rappeler. Et j’ai ainsi rencontré mon compagnon avec qui je me suis expatriée a nouveau.
Vivre dans une langue autre que ma langue natale m’a aidée à mettre des mots sur les choses. Et quand j’ai finalement pu mettre un océan entre ma terre d’enfance et moi, j’ai pu enfin voir une conseillère. J’ai pu enfin parler et être écoutée. Comprendre que ce n’était pas normal d’être lancée contre le lavabo. Que ce n’était pas de ma faute si ces hommes m’avait abusée. Comprendre que oui, j’étais forte d’avoir avancé malgré tout, d’avoir émigré deux fois, d’avoir construit une vie avec mon compagnon. Ma conseillère m’a aussi aidée à arrêter tout comportement boulimique et développer des manières plus saines de gérer le stress.
Maintenant une balade en montagne, passer du temps avec mon homme et notre toutou (notre fils comme on l’appelle), nager, courir, tricoter, jardiner, parler m’aide quand il y a un coup dur.
Donc malgré toutes ces blessures et un début difficile, je me trouve à l’aube de mes 30 ans, dans un pays et un endroit formidable, avec ma petite famille ici, un bon boulot et je suis épanouie. Nous avons même un projet d’enfant, et malgré une légère angoisse de reproduire certains schémas familiaux, je sais que je ferai de mon mieux pour donner a mes futurs enfants la meilleure enfance possible.
Pour chaque tempête traversée je me suis fortifiée et j’espère pouvoir affronter ce que la vie nous envoie. J’ai aussi une immense appréciation pour la chance que j’ai et le bonheur que je vis depuis quelques années. Il est important pour moi que les jeunes en difficulté sachent qu’il y a une vie après et que ça vaut le coup de s’accrocher car le meilleur est à venir.

Frances

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *