La vie est belle, croquons-la

Divorce

Je me demande parfois quand tout à commencé, rarement comment je m’en suis sortie, peut-être parce que je ne m’en suis pas encore tout à fait sortie, que je ne m’en sortirai peut-être jamais. Quand j’ai vu les « pubs » pour le site Over Ze rainbow, je me suis demandée où j’en étais et la réponse est venue assez vite, je vais bien mieux merci.

Pour faire court j’avais tout : un mari aimant, une vie assez aisée, une fille magnifique. Mais, car il y a toujours un mais, la belle façade s’est peu à peu effacée pour laisser apparaître des failles.

Par hasard, moi que l’argent rebute, je me suis aperçue que …je n’en avais plus, pire que j’en devais beaucoup. Mon ex-mari avait fait pour environ 75000 euros de dettes. Le choc passé, j’ai pris les choses en main et monté un dossier de surendettement. La première chose que la banque de france m’a dite c’est « peu de couples résistent à cette aventure »…
Oui mais moi je savais que si, que j’y arriverai.

Un par un on a commencé à apurer nos dettes et au moment au tout allait mal j’ai appris que j’étais enceinte de mon fils, alors qu’on m’avait annoncé qu’il n’y aurait plus d’enfant…
Nul doute, la roue tournait en notre faveur.

La grossesse n’a pas été aussi sereine que je l’aurais souhaité : soucis d’argent d’une part mais aussi une implication très minime du futur papa. Peu importe, moi je me battais, j’y croyais. Régime sans sel, puis sans sel et sans sucre, albuminurie, etc….

Après 8.5 mois la césarienne a eu lieu et s’est mal passée. Suite à une hémorragie trop importante on a dû m’enlever l’utérus. Je n’ai pas réalisé tout de suite, j’étais trop occupée à m’occuper de mon fils, ma bataille.

Rentrée à la maison, j’étais sur un nuage. Tout allait bien, l’argent manquait encore mais ma fille et mon fils étaient là, en vie, en bonne santé.
Et mon mari…. Un jour j’ai allumé l’ordi. La page d’un forum s’est ouverte et mon regard a vaguement parcouru quelques lignes et mon sang s’est glacé. Je vous ferai grâce des horreurs que j’ai lues à mon sujet et au sujet des enfants, peu importe finalement car seul la vérité qui ressortait de ces lignes a compté : mon « mari » y annonçait en toutes lettres avoir toujours été homosexuel… et là tout un tas de petits détails se sont mis en place et j’ai su…que j’avais toujours su sans vouloir savoir.

Trois coups de massue de suite, c’est celui-ci qui m’a fait réagir : j’ai forcé la conversation « honnête » entre nous et quand j’ai vu qu’il ne savait pas choisir j’ai tranché.
Séparation il y a quasi 8 ans, Divorce prononcé il y a 7 ans.
J’ai tout fait pour le consentement mutuel, pour que ça aille vite. je voulais que les enfants sachent plus tard que nous avions été intelligents…enfin que j’avais essayé.
Je ne détaillerai pas le côté sordide de la chose, ni tout le mal que j’ai pour que les enfants gardent un lien avec leur père.

Après ces batailles (j’ai fini de payer la moitié de 75000 euros de dettes alors que j’avais appris que finalement ces dettes payaient des factures liées à ses aventures) il a été très facile de se laisser glisser. Tout le monde me plaignait, voulait m’aider et j’avais besoin de ne plus rien maîtriser.

Mais mon caractère est plutôt battant. J’ai regardé en arrière ces jours-ci pour savoir comment j’avais réussi à aller mieux et j’ai « listé » ces pistes:

– toujours parler!!! J’ai commencé par ma mère et ma grand-mère, mes amies (rien de tel que des épreuves pour faire le tri entre vraies et fausses amies) puis je me suis tournée vers des pros : d’abord un fantastique psy à l’hôpital qui m’a aidée à gérer l’hystérectomie puis qui m’a guidée dans mes débuts de maman solo, puis un autre psy quelques années plus tard qui a proposé une thérapie choc pour cesser de pleurer sans cesse. Dingue ce que notre corps a comme larmes…

– je me suis aussi fait traiter par EMDR une thérapie qui utilise les mouvements des yeux pour « ranger dans des tiroirs de notre cerveau » les événements traumatisants. Sceptique au début, j’ai vite vu des changements dans mon quotidien. – la même psy m’a aussi fait travailler la confiance en moi car sans elle rien ne va. On a aussi bossé sur le lâcher prise et l’acceptation de ne pas pouvoir tout maîtriser dans la vie (bon là je ne suis pas encore au top!!!)

– quand je suis arrivée au plus bas, j’ai accepté d’avoir une aide médicale, des anti-dépresseurs. Cela ne doit pas être une honte, si on en a besoin, il faut accepter de se faire aider. J’ai arrêté en deux temps ce traitement car la première fois, j’ai voulu aller trop vite. Quand je n’en ai plus eu besoin, ça s’est fait naturellement, sans accoutumance ou autre. Mon doc a été très bien, m’a arrêtée quand je craquais mais seulement par petits bouts afin que je ne me coupe pas trop du monde du travail, il m’a suivie de près pendant tout mon traitement.

– après avoir gardé beaucoup de choses pour moi j’ai fini par ne plus avoir honte de ce qui m’arrivait : ce n’était pas de ma faute si j’étais en surendettement, pas de ma faute si mon mari était gay et je n’avais pas à avoir honte de ces faits donc je l’ai annoncé peu à peu, parfois maladroitement mais finalement tout le monde a fini par être au courant autour de moi et comme je le dis toujours aux amies en détresse, c’est moins lourd quand on est plusieurs à porter les bagages…

– j’ai aussi appris peu à peu à prendre du temps pour moi : un resto avec les copines, un ciné, un massage (ça c’est divin, prendre le temps sans complexe d’aller chez le coiffeur ou l’esthéticienne c’est radical pour le moral) Ces moments, tout comme les rdv chez le kiné m’ont aidée aussi à avancer.

Finir de payer mes crédits a été salvateur, voir mes enfants grandir et être heureux quand même aussi. J’ai fait le deuil de ce 3° enfant que je n’aurai pas, je suis moins triste quand on m’annonce des naissances mais je ne peux toujours pas accepter la phrase « oui mais bon tu as déjà deux beaux enfants… »
Je coupe chaque jour un peu plus le cordon ombilical qui me relie à mes enfants, j’apprends à accepter les failles de leur père car je sais que nous serons toujours unis par les deux fruits de notre mariage mais aussi je me protège moi car si je vais mal, ils iront mal.

Le chemin est encore long mais je sais que j’en ai fait la plus grande et douloureuse partie et que devant il n’y a que du bonheur !!!! Et aujourd’hui quand je regarde en arrière je me dis que je m’en suis quasiment sortie et que la chose la plus importante et la plus dure à accepter c’est qu’il faut laisser le temps au temps, qu’il est un très bon pansement sur nos blessures.

La vie est belle, croquons-la.

C