Je savais ce que je ne voulais plus

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Je n’étais pas préparée à ça et je ne l’ai pas vu venir, mon travail c’est justement d’apprendre aux entreprises à prévenir harcèlement, burn out et autres joyeusetés en ressources humaines, les cordonniers tout ça…

Elle c’est ma chef, ma « responsable », que de responsabilités :

D’abord des petits reproches puis des invectives en public. Des coups de fils en dehors des heures de bureau et puis des mails à n’en plus finir, ordres, contre-ordres, comparaisons toujours en ma défaveur, conversations qui s’arrêtent quand je rentre dans la pièce.

Depuis que je suis enfant je fuis le conflit, je recherche le compromis à tout prix. Mais quel compromis offrir à quelqu’un qui souhaite vous humilier ? Quel compromis proposer à quelqu’un qui fait de vous sa cible quotidienne ?

Je ne sais pas expliquer quel a été le déclic : ma famille si soutenante dans ces mois de boule au ventre, les enfants si tendres, mon amoureux amoureux, solide et pragmatique (« on se débrouillera avec moins de fric mais on sera plus heureux », merci mon amour) ? Le regard et la force des gens de mon équipe me rappelant chaque jour la qualité de ce que nous faisions ensemble ?

Ces conversations avec mes amis virtuels des soirées entières et leur second degré, leur chaleur, leurs trucs et astuces de vis ma vie de harcelé(e) au travail ?

Mais voilà un matin je n’ai pas reculé devant le conflit, et je suis restée droite et je n’ai recherché aucun compromis et j’ai dit non et je n’ai pas cédé.

Je suis partie « comme un prince », comme on dit, en étant à la fois sûre et fière de moi, des mots prononcés à haute et claire voix. Je ne savais pas ce que j’allais retrouver mais je savais ce que je ne voulais plus et j’avais découvert que je savais le dire, quelle force à la fois déconcertante et tranquille.

Aujourd’hui je suis au bord de démarrer une nouvelle histoire professionnelle et je me sens prête parce que je sais désormais repérer les personnes et situations « à risque » et surtout parce que je sais que je suis capable de les éviter et si nécessaire de les affronter.

Je resterai une femme de compromis parce que c’est moi et que je suis structurellement comme ça mais je sais aujourd’hui pouvoir apprendre à mes enfants qu’on peut entrer en résistance parce que le travail ne doit pas être une souffrance et que je l’ai fait. Oui, c’est moi qui l’ai fait.

Emmanuelle

J’ai surmonté le harcèlement moral

Harcèlement enfant

L’année 2013 fut l’année où les médias commencèrent enfin à en parler… Il était temps que les gens ouvrent enfin les yeux,car cela faisait des années que dans les cours de récré, certains élèves se faisaient massacrer à coups de…mots. Mais pas n’importe quels mots… Ceux qui font mal.

J’en ai été victime. Pendant mes années collèges. Au fur-et-à-mesure,vos bourreaux (qui ont le même âge que vous), savent exactement ce qu’ils ont à dire pour vous faire souffrir. Pas besoin de violence physique,la violence morale suffit amplement…

Et puis un jour, je me suis enfin décidé à en parler… Et par la suite,je me suis demandé pourquoi je ne l’avais pas fait avant… A partir du moment où mes proches ont été au courant,ils m’ont soutenu,aidé,protégé… Comble du bonheur, peu de temps après,j’ai déménagé…  J’ai recommencé une nouvelle vie, ailleurs, avec de vrais amis,en assumant chacun de mes choix, en assumant tout simplement qui j’étais, que cela plaise, ou non…

Toute cette faiblesse lors de ces années noires m’a transformée, et a fait de moi quelqu’un au caractère fort, et dur… Je me suis reconstruite, grâce à ceux que j’aime, qui m’aiment, et surtout à cette volonté de ne plus laisser, jamais, quelqu’un me manquer de respect.

Aujourd’hui, j’ai ma propre famille, je suis heureuse et je suis passée à autre chose… J’ai même repris contact avec quelques unes des personnes qui m’ont blessé durant toute ces années, et qui, avec le recul ne semblent même pas prendre conscience du mal qu’elles ont pu causer… Je pense juste que ce sont des personnes dont la bêtise surpassait tout le reste, et qu’à l’époque j’ai eu tort de les écouter…

Mais le temps m’a permis de me dire que dans la vie, pour avancer, il ne faut jamais rien regretter, pas même d’avoir pu être plus faible que l’on est aujourd’hui… pas même d’avoir versé quelques larmes pour des gens qui n’en valaient pas la peine…

Manou

Quand la dépression se mêle de tout

Sortir de la dépression

Je suis une jeune femme de 27 ans, et la vie n’a pas été tendre avec moi.
Si on peut dire une chose de moi c’est que j’encaisse énormément de choses … trop peut être.
Je vais essayer d’ordonner un peu mes propos, mais tout étant un peu entremêlé, j’espère être assez claire. Et avant d’aller plus loin, je tiens juste à préciser que bien que je sois toujours en dépression, je vois plus souvent la vie en couleur qu’en noir et blanc, et que malgré tout je tâche toujours de garder en tête que tout ce qui ma affectée et m’affecte encore a contribué à me construire, et que c’est cette personne là que mon compagnon aime. Alors s’il y a de l’espoir pour moi, il y en a pour vous !

J’ai fait ma première dépression au cours de ma 5ème, au collège. A cause de gamines mauvaises dirigées par une gamine encore plus mauvaise qui ne supportait pas la concurrence. A la première note que j’ai eu au-dessus d’elle, je crois bien qu’elle a dû se jurer de me pourrir la vie. Mais ce n’était pas un innocent jeu d’enfants, ce n’étaient pas de simples taquineries d’adolescents. Progressivement je rentrais tous les soirs en pleurant. Et en un an je commençais déjà à avoir des pensées morbides et suicidaires. Je n’ai jamais tenté de commettre l’irréparable. Ce qui m’a toujours sauvée, c’est que je tiens trop à ma famille et à mes amis pour les faire souffrir en me suicidant. Alors je me suis contentée de me faire du mal. J’ai encore quelques petites cicatrices de cette époque. Une chance que j’étais encore douillette, finalement.

A la fin de mes années scolaires, je me suis découverte. J’ai mis deux ans à mettre un mot sur ce que j’avais, sur ce que j’étais. Bisexuelle. Des amies qui n’en sont pas, qui n’acceptent pas la différence, qui utilisent la moindre trace de non-conformité pour vous traîner dans la boue, et pour finir qui se servent de vous … Et premier grand amour. Je t’aime moi non plus. Suis-moi je te fuis, fuis-moi je te suis … Deuxième dépression à 17 ans. Et première prise de poids qui va avec. Heureusement, j’étais encore très sportive, les dégâts sont limités …

Années fac … Trahisons et complots. Non, vous n’êtes pas dans un roman d’espionnage. Des amis qui ne supportent pas qu’on ne pense pas toujours comme eux. Alors on se sert de vous jusqu’à plus soif. Quelqu’un qui a le permis et qui ne boit presque pas d’alcool, c’est tellement pratique pour ramener tout le monde au bercail après une soirée très arrosée qu’on a commencé (et finie) avant que mademoiselle taxi n’arrive. Excuses bidons, insultes (envers moi et ma famille), harcèlement moral et public (vive les blogs d’ados), piratage d’adresse mail et usurpation d’identité (se faire passer pour moi auprès de mes amis, glaner des renseignements sur moi, et s’en servir pour me harceler de plus belle).

Troisième dépression à 20 ans. Et prise de 15 kg. Qui dit prise de poids et dépression, dit perte d’estime de soi … Vous connaissez la chanson. Il en fallait peu pour que je sombre, le parcours du combattant était lancé.
Avec en prime, en 2009, un diagnostique médical dont je me serais bien passée : maladie de Willis-Ekbom. Incurable quoique non-létal, mais terriblement handicapant au quotidien. Et dans mon cas : héréditaire … Au final, les peines de cœurs sont celles dont les douleurs ont été les plus brèves. Car il a fallu, en pleine dépression (la 5ème, il y a 3 ans), que j’endure le décès de mon oncle, le plus jeune frère de ma mère, un homme qui était pour moi un modèle, et qui m’avait fait découvrir énormément de choses et avec qui je partageais beaucoup de goûts et de passions. Autant vous dire que j’étais au plus bas. Mais je n’avais pas le droit de le montrer. Car si ma mère ne pleurait pas tout le temps, je n’en avais pas le droit. Ma mère ne voulait pas parler de ça, à cause de la douleur, et je n’avais personne d’autres à qui me confier dans la famille. Et retenir n’est jamais bon.

Dans cette dernière épreuve, comme pour les précédentes depuis 2007, c’est une amie très chère, ma grande sœur de cœur, qui m’a sauvée. Non, le mot n’est pas exagéré. Car elle aussi est sujette à la dépression, et elle compte sur moi autant que je compte sur elle. Ensemble nous nous sommes épaulées et épanchées l’une sur l’autre à tour de rôle. Sans jamais se voir … Si aujourd’hui je vais mal, j’ai à présent deux appuis dont je ne pourrais plus me passer : elle, cette amie si chère à mon coeur, et lui, mon compagnon depuis presque deux ans. Tout comme elle m’a moi et son compagnon. La vie est bien équilibrée en fin de compte.

Tout cela pour dire qu’au plus fort de la tempête, il y a forcément pour chacun de vous un phare allumé pour vous guider. Que ce soit un ami, un membre de la famille … Si vous avez une personne qui compte énormément pour vous et pour qui vous comptez tout autant, ne la lâcher pas et cultiver ce lien, protégez-le, il vous servira de fil d’Ariane. La dépression, le deuil, la maladie … On peut se dire que c’est inévitable, mais peut être que cela est tout aussi utile que douloureux. Cela renforce, cela nous montre chaque jour que nous pouvons repousser nos limites, et au final, les petits maux deviennent de simples petits cailloux. Et grâce à tout cela, on peut se dire, en notre fort intérieur : je suis un(e) warrior, un(e) survivor ! Depuis presque un an, je vis avec mon compagnon. J’ai certes encore des jours sans, très durs, avec force pleurs et dépréciation. Mais cela ne dure pas bien longtemps, et j’arrive à retrouver le sourire sans me forcer. Il y a encore des progrès à faire, mais je sais qu’à présent j’ai dépassé le mi-chemin du tunnel, et je n’ai jamais été aussi près de la sortie ! Faites de vos faiblesses des forces, et matraquez vos problèmes avec ! La vie vaut la peine, ne serait-ce que pour un seul sourire …

Amélie