Un voile s’est levé sur le monde bleu ou gris

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Quand la santé revient la vie se remet à couler comme une rivière

Quand la santé revient c’en est fini de la chape de plomb, des casseroles qu’on traîne et de l’âme amenuisé.

On sort vainqueur contre une guerre que seule notre corps connait. Une guerre qui a été si longue et si dure qu’on a tout pardonné, on ne veut que la paix.

Quand la santé est revenue, tant pis pour les nuits et les jours et le temps. L’amour perdure mais l’on ne savait pas qu’il n’était jamais parti.

Quand la santé revient, que l’horreur du combat solitaire est finie, la peur peut s’endormir, au moins un temps.

Quand la santé est là, neuve et belle. On porte encore en soi le coup reçu. On porte quelques mois ou années en plus, que notre âge ne dit pas. Que nos yeux disent tout de même. Un peu tout de même… Nous sommes des héros de guerre inutiles

Nous n’avons gagné contre personne, juste pour nous. Nous voulons vivre encore avec cette clarté qu’a la vie désormais, un voile s’est levé sur le monde bleu ou gris. On respire avec nos poumons, on marche avec nos jambes. On ne savait pas qu’un jour tout re-fonctionnerait. On pensait que tout avait changé, c’est tout.

J’avais oublié les couleurs et le ciel. Ce que j’étais était trop occupé à lutter, contre la folie et le désordre. Et je vois maintenant la folie et le désordre. Je les vois, comme on observe la maison dont on est sortie. J’avais si mal. Le corps ne s’en souvient pas. Ma tête elle n’oubliera jamais que j’ai eu mal, que j’ai voulu mourir bien souvent.

Et que je ne voudrais plus tant que la santé est revenue. Maintenant que je remarche dans vos rues et fais les courses avec vous, tout me semble bien différent. Et si j’ai ce sourire aux lèvres c’est que la santé est revenue mais aussi que le monde est beau et laid, tout à la fois. Beau le confort de nos vies sous cloche. Laid ce confort de nos vies sous cloche. Là d’où je vient, peu en reviennent. Mais ce n’est pas de ces catacombes de la vie dont je voudrais vous parler, c’est d’avant la maladie et d’après. D’après surtout…

Ingrid

Le verre à moitié plein

Se battre contre un cancer

2003, je donne naissance à mes jumeaux, eux que nous avons attendons pendant sept longues années.
Nous sommes heureux, fiers, affairés.
Une fossette apparait sous le sein et me fait sourire pensant que c’est le résultat d’un allaitement de 6 mois des jumeaux.

La fossette se creuse, je finis par m’inquiéter, je consulte : tumeur au sein.
Le monde s’effondre.
Je vais vraiment mourir bientôt ? Cette réalité si bête devient trop réaliste.

Ma première angoisse : qui va s’occuper de mes petits quand je ne serai plus là ?
Et puis les traitements commencent, chimio, chirurgie, e-chimio, radiothérapie. Je travaille les 3 premiers mois puis je m’effondre.
Le médecin m’arrête et m’accuse de nier ma maladie.
Je me réveille.

J’ai deux options, me laisser aller, pleurer, déprimer ou vivre, me battre.
Je choisis de me battre.

J’achète un vélo et je fais tous mes trajets avec ce nouvel ami, synonyme de ma combativité. J’épuise les amies qui veulent m’accompagner, la sœur qui veut me suivre dans mes sorties, je m’invente des objectifs toujours plus loin, j’explore.

Les médecins, l’hôpital, je leur laisse s’occuper de mon corps, je le leur confie. Moi je m’occupe de mon âme.
Je refuse de connaitre la liste interminable des effets secondaires et j’accepte de vivre l’instant présent. Je ne me force plus à me projeter car je sais que je n’y arrive plus. Ce sera pour plus tard.
Un sein en moins ? Super, je gagne une superbe poitrine (bon là j’exagère un peu…).

Mes petits, je les protège comme je peux car ce sont eux qui risquent de garder des séquelles de tout ça. Je deviens une maman un peu trop cool et eux sont des amours calins.
Je n’écoute plus les nouvelles, trop pleines de mauvaises nouvelles ou de source d’inquiétude. J’élimine le négatif.

J’ai fait le choix d’être positive, de voir le verre à moitié plein et non à moitié vide.

2014, je ne dis pas que je n’y pense plus mais je suis en paix.
Je suis heureuse, j’ai découvert en mon mari un être extraordinaire, solide, aimant. J’ai de la chance. Je vais bien. Nous allons bien.
L’avenir nous appartient à nouveau et nous comptons profiter de chaque minute de ce futur retrouvé.

Laure

Je suis devenue moi en beaucoup mieux

Vaincre le cancer

En juin 2013, alors que j’ai 26 ans on m’a diagnostiqué un cancer, la maladie de Hodgkins.

Moi qui n’étais jamais malade j’ai eu un choc, je me sentais fatiguée par moment mais je mettais ça sur le coup des enfants et du travail. Et puis là le verdict tombe, il n’y a plus d’excuse on est face à soi même.

Le plus dur dans tout ça c’est l’inconnu ; on sait ce qu’on va avoir comme traitements mais pas les effets que ça aura sur nous.

J’ai été très entourée, ma famille, mes amis (les vrais), tous on été là pour moi. J’ai aussi perdu des proches, car quand vous avez ça c’est comme le dicton sur le mariage : vous êtes aveugle le cancer vous rend la vue.

Pour moi ce cancer a été une chance, certes j’en ai bavé à certains moments et j’ai encore des choses qui ne me permettent pas d’être comme tout le monde, mais je suis devenue une meilleure personne.
J’ai appris que ce qui ne tue pas rend réellement plus fort.
J’ai appris à savourer chaque seconde de la vie car on ne sait jamais ce qui peut arriver.

Avant j’étais une maman dépassée par tout, désorganisé et étourdie.
Je suis dorénavant plus à l’écoute, je suis devenue organisée et j’ai donc un gain de temps pour profiter au maximum des miens.
Je ne perds plus mon temps en chose futiles, je fais vraiment ce qui est important en premier.

Tout cela résulte de la question qu’on a en tête quand on a un cancer : « qu’est ce qu’on aimerait laisser si on devait partir demain ? »
Et j’ai donc voulu laisser le meilleur souvenir possible aux gens, que je parte demain ou dans 10 ou 50 ans.
Je suis devenue moi en beaucoup mieux. Il ne faut jamais oublier qu’on ne doit pas attendre d’avoir l’épée de Damoclès au dessus de sa tête pour réagir, moi j’ai eu le temps de voir venir la chose mais demain on peut traverser la route se faire renverser et c’est trop tard.
Il faut vraiment profiter à fond de la vie car déjà ça passe vite mais on ne sait jamais ce qui peut arriver.

Aujourd’hui je suis en rémission ce n’est pas fini mais j’ai déjà fait un grand pas et quoi qu’il arrive je me battrais.
Et vous aussi battez vous pour vivre c’est tellement précieux !!!

Géraldine

Je reprends ma vie en main

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2ans et demi déjà.

Le temps passe si vite. J’étais jeune, en pleine forme. Je croquais la vie à pleine à dents.

Puis un jour, je l’ai fait sans me protéger. Et le cauchemar a commencé. On a mis 6 mois avant de me diagnostiquer ma maladie: vestibulite vulvaire. Et pendant 2 ans, j’ai fait des traitements, encore et encore. Mon couple s’est déchiré à plusieurs reprises. C’était lourd, très lourd à porter ce fardeau. Surtout que l’organe atteint est très intime, alors on n’a pas envie de le crier sur les toits.

Puis il y a un an, je me suis lancée, j’ai accepté une opération, avec une convalescence longue et douloureuse. Mais ça valait le coup. Aujourd’hui, nous sommes en 2014. La douleur chronique a disparu. Mon quotidien s’est allégé. Finis les docteurs, les kinés et autres traitements en tout genre. Je retrouve ma féminité peu à peu. Je reprends ma vie en main. Je fais à nouveau des projets. J’ai encore du chemin à faire pour guérir complétement mais j’y crois. Mon couple en est ressorti plus fort, plus solide. J’apprécie les petits riens de la vie , ces petites choses qui nous semblent banales mais qui font du bien. Un rayon de soleil, une tarte au citron, une parole réconfortante. Je prends tout. Il faut y croire. Et ça, c’est une éternelle pessimiste qui vous le dit)

Mimi

Je suis bien avec elle

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Je suis maman depuis le 23 octobre sur le papier, mais je me sens maman depuis début janvier.

J’ai eu ma petite fille par césarienne en urgence, je suis rentrée avec elle à la maison, mais je suis repartie en urgence 2 jours après pour une grosse infection à la cicatrice. Une césarienne c’est déjà psychologiquement difficile, je n’étais pas préparée à ça.

Cette sensation d’être dépendante quand ce n’est pas notre tempérament, c’est horrible.

8 jours d’hospitalisation, -4kg, pour vous dire que je l’ai mal vécu.

2ème hospitalisation, 5 jours d’isolement, séparée de mon bébé à même pas 10 jours de vie: -5kg, une profonde dépression.

A la suite de cette 2ème hospitalisation, des traitements lourds (pansements pendant 6 semaines) je ne peux toujours pas gérer ma fille seule, je m’enfonce…. J’ai peur d’être seule avec elle…. Début décembre, ma louloute est hospitalisée… Il faut que je me ressaisisse, je n’ai pas le droit de m’apitoyer sur mon sort, elle a besoin de moi.

Une famille et une belle famille formidables, un papa génial, tout le monde est autour de moi et essaye de me laisser gérer la situation sans me frustrer mais en m’orientant vers les bons choix sans forcer, je ne pourrai jamais assez les remercier . Au bout de 8 jours, elle sort de l’hôpital, et nous commençons à construire toute les 2 une relation mère-fille. Enfin je la vois comme MON bébé, je commence à ressentir un amour infini pour elle, je la sens moins nerveuse, moins stressée. Je retrouve le sourire, mon état s’améliore, je revis, elle me sourit.  Aujourd’hui, elle a 3mois, nous nous découvrons un peu tous les jours toute les 2, nous ne nous regardons plus comme 2 étrangères, je n’ai plus peur d’être seule avec elle.

Une césarienne c’est difficile, je trouve que l’on devrait donner plus que des infos médicales, on devrait insister auprès des futures mamans sur le fait que les premiers jours, vous ne pouvez pas gérer votre bébé. Mais aussi nous informer sur les éventuelles complications. J’ai culpabilisé pendant un mois et demi, je regrette d’avoir perdu ce temps précieux que sont les premiers moments avec bébé.

Aujourd’hui le temps fait son travail, je ne suis pas guérie, on n’oublie pas ce par quoi nous sommes passés, mais le sourire de ma fille me donne tous les jours la force de patienter jusqu’à la guérison complète, et même parfois je me surprends à penser à lui donner un petit frère.

Laetitia