Je ris, je danse

Avoir un parent psychopathe

Pour moi, tout à commencé à l’âge de 10 ans.

J’étais une petite fille pleine de vie. Mes parents divorcent. Ma grande sœur quitte la maison. Maman et moi devons nous construire une nouvelle vie. Je passe d’enfant à petite adulte. Je fais la lessive, le ménage et les repas. Ma mère devient mon alliée, ma meilleure amie, ma confidente. Un week-end sur deux, je vais chez mon père. Cet homme que je savais déjà dur, maniaque, si peu présent dans mon enfance. Cet homme, je le découvre de plus en plus. Menteur, manipulateur, violent…Un vrai psychopathe en réalité (je ne dis pas ça à la légère, psychologues et psychiatres à l’appui).

Je passe les détails de mes aventures (et celles de ma mère, de ma sœur, de ma grand-mère, de ma nouvelle belle-mère et demi-frère…). J’ai vécu une très grandes souffrances morales. Dès mes 11 ans, je suis devenue sombre, hyper-timide, je me mutilais les poignets… Pour moi, la nature profonde de l’être humain était mauvaise. J’ai coupé les ponts…plusieurs fois.
J’y croyais, je suis revenue…plusieurs fois.

Mais un jour, j’ai ouvert les yeux, relu toutes ses lettres, réfléchi à ce que j’avais vécu. Cet homme n’éprouvait aucun remords, ne s’était jamais excusé de quoi que ce soit. Les autres étaient toujours les coupables. Le déclic : le balayer définitivement de ma vie. Ne plus rien ressentir. Le pardonner et l’oublier.

STOP !

Après des années de dépression, 2 tentatives de suicide, je suis aujourd’hui une femme épanouie, une mère aimante. Plus de timidité ! Une carrière qui se construit. La gaieté est revenue dans mon quotidien. Je suis toujours sous antidépresseurs et suivie. Mais 15 ans de souffrance psychologique m’ont rendu si forte !

Je croque la vie ! Je ris, je danse (chose que je n’ai jamais fait de mon adolescence), j’aime les gens et je leur dis.

Je n’ai plus peur des autres ! Après tout, que peuvent-ils me faire? Ceux que je « sens » mauvais ne peuvent pas m’atteindre. Je me sens forte et, malgré les moments bas d’un esprit blessé, la vie est belle. Ma famille : les trois femmes de ma vie : Ma mère, ma sœur, ma fille et le seul homme de ma vie c’est mon mari qui est doux, aimant et attentionné.

Je suis HEUREUSE !

Floflo

J’ai accepté la maladie de ma mère

Surmonter la maladie

Cet été 2013 aura marqué mon  cœur au fer rouge. Je le savais depuis longtemps qu’il y avait un soucis mais ma fratrie et moi le mettions sur le compte d’une vie trop dure. Puis mon père m’a passé ce coup de fil tant redouté et la sentence est tombée. J’ai raccroché, le temps s’est arrêté un moment, je ne voulais pas y croire et pourtant la réalité était bien là : ma maman était condamnée. Une maladie dont le nom m’était totalement inconnue alors : dégénérescence fronto-temporale.

Je ne rentrerais pas dans les détails de la maladie, trop longue à expliquer, mais pour résumer, ma maman n’est plus elle. Sa capacité à aimer s’en va, sa compréhension aussi, elle ne trouve plus ses mots, parle de moins en moins bien…. plus la maladie avancera, plus elle deviendra incapable de vivre seule normalement jusqu’à être dépendante complètement et d’une tierce personne et de machines. Tout cela à 59ans… et une espérance de dix ans au grand maximum.

Le coup a été rude. Tout est arrivé d’un coup, les rendez vous chez des spécialistes, les recherches sur cette maladie, tenter de comprendre, accepter l’inacceptable.

A force de recherches, j’ai compris qu’il ne lui restait pas beaucoup de temps avant de ne même plus nous reconnaitre, j’ai compris que nos vies en seraient bouleversées de par sa maladie, mais aussi de par cette épée de Damoclès sur nos têtes, car la maladie est génétiquement transmissible….

Tout tournait dans mon esprit, cette maladie, faire le deuil de la personnalité de ma maman, voir en face la réalité, accepter que je sois un jour aussi malade, mais aussi mes enfants…

Je suis tombée au plus bas cet été, à pleurer sans cesse, à en vouloir à la terre entière, à ne plus pouvoir apprécier la moindre chose. Comment je pouvais avancer sachant que ma maman allait dépérir prématurément, et que je pouvais avoir transmis cette merde à mes enfants, mes fils.

J’ai tourné sans cesse ces idées dans ma tête, je n’arrêtais pas d’y penser, je me demandais comment je pourrais avancer avec ces idées noires. Mon fils aîné me posait énormément de questions, il ne comprenait pas que sa maman pleure beaucoup…

Alors j’ai compris, j’ai compris que je ne pouvais pas rester à broyer du noir, que cela n’arrangerait rien, bien au contraire. Je ne pouvais pas continuer comme cela. D’abord pour mes enfants, pour mon mari, mai surtout pour moi, pour MA vie.

Pourquoi continuer à aller vers le bas? Je trouvais injuste que ma maman voit sa vie, son esprit s’écourter, et j’allais moi-même m’enfermer dans un cercle sans fin de déprime.

J’ai relevé la tête…. Je profite de chaque instant avec ma maman, même si elle n’est plus elle, je prend le temps de la voir un maximum, de l’appeler tous les jours, tant qu’elle peut encore parler. Je prends le temps de répondre aux questions de mon fils même si elles ne sont pas souvent faciles…. il m’a dit dernièrement qu’il voulait devenir docteur pour sauver sa mémé…

Je ne dis pas que c’est facile… surtout quand il me dit que quand il aura des enfants il les amènera chez sa mémé pour « les présenter » comme il le dit si bien… Ce n’est pas facile quand je vois ma mère ne plus savoir cuisiner des basiques, où dire qu’elle ne se souvient plus de telle ou telle chose… ce n’est pas simple quand je vois qu’elle ne se souvient même plus de mon nom d’épouse….

Il y a eu des bas aussi quand on m’a demandé si j’avais su avant, si j’aurais fait des enfants….

J’ai répondu que oui, même si cela peut sembler égoïste, parce que j’aime à croire que dans la vie, même si on prend des risques, on avance, parce que si ça n’est pas cela, ça peut être autre chose….

C’est comme ça, soit j’avance soit je m’effondre, et entre les deux j’ai choisit de ne pas m’effondrer, j’ai choisit d’avancer, de croire en la vie…d’aimer la vie, malgré ses épreuves, d’aimer la vie, de me rendre compte qu’elle est courte et qu’il faut croire à demain, croire à la beauté qu’elle nous donne. Je reste persuadée que nos malheurs font de nous ce que l’on est, ils nous font devenir fort, ils nous font avancer.

Les jours où je sens que ça ne va pas, je m’aère, je prends le temps de regarder toutes les bonnes choses qui m’arrivent, je relève la tête, je me bats pour avancer.

Il parait selon Confucius que « On a deux vies, la seconde commence le jour où on réalise qu’on en a juste une »… Ma seconde vie a commencé un jour de cet été 2013.

L.

 

Un mélange détonnant

Sortir de l'anorexie

Je suis une ancienne sportive, j’ai fait de l’escrime.

A mon entrée en 1ère, j’ai intégré un sport-études en Normandie, dans la « grande ville » de Gisors ! Crème, gâteaux et beurre frais en quantité + course à pieds à une allure effrénée ont rendu mes cuisses et mes mollets un peu grassouillets. J’ai donc commencé à moins manger pour vite effacer ces capitons incrustés. En septembre, mon papa se fait retirer deux petites boules sur la tempe. Un peu d’attente et le verdict est tombé. Six lettres à tout jamais gravées : C A N C E R.

Mon petit régime si bien commencé se transforme vite en démon obsessionnel. Ce petit salaud ne va plus me quitter.
Il n’y a pas eu de fin heureuse comme dans les films américains qui se passent au lycée. L’histoire du Papa malade s’est achevée, un jour ensoleillé de février autour d’un trou qui s’est refermé devant mes yeux d’ado effrayée. J’ai pleuré beaucoup, tout le temps, partout. J’ai prié à voix haute qu’à mon réveil le lendemain, tout soit comme avant. Et ça n’a jamais été le cas. Alors, j’ai composé. Le deuil + la maladie, le tout bien secoué était un cocktail détonnant. Heureusement, ma maman a toujours été là. Elle a su regarder, mais surtout, elle a su voir, entre ses larmes de jeune veuve de 42 ans et toute une situation administrative à gérer.

Je suis rentrée à l’hôpital, l’année de mon bac. Pour 5 mois. J’ai pris des médicaments. Je ne veux pas le cacher. Avec l’anorexie j’ai appris toute l’envergure de cette maladie. Une MALADIE, c’était ça le mot qui m’a guéri. Comme dans toutes les maladies, la seule volonté ne suffit pas. Il m’est rarement arrivé de dire à mes enfants qui souffraient d’une otite « mets y de la volonté, ça va te soigner ». Bien sûr, le mental y est pour beaucoup, bien sûr, j’avais besoin d’un traitement. J’en ai donc eu un. Beaucoup d’effets secondaires. Beaucoup de bienfaits aussi notamment grâce à l’accompagnement par psychothérapie.

Et puis, je suis sortie, 2 jours pour passer mon bac. Un énorme enjeu. Une énorme angoisse. Pour voir les résultats, ma mère a tenu à ce que nous fassions les centaines de kilomètres qui nous séparaient de mon lycée. Nous y sommes allées. Mon nom était affiché. On s’est regardées, on a pleuré, on a sauté comme des furies dans les séries et on est reparties. La mort de mon père aidant, souhaitant peut-être à sa fille un éloignement, ma mère a accepté que je poursuive mes études auprès de mon amoureux à Lyon alors que nous vivions alors à Paris. Nous logions dans des appartements séparés. Tout de même, à 17 ans, il ne faut pas abuser ! J’ai dû réapprendre à manger et commencer enfin à vivre sans lui. J’ai travaillé d’arrache-pied pour réussir mes études en même temps que je bossais de nombreuses heures pour un journal local. Mon esprit occupé s’est cultivé. Le contrôle sur mon corps s’est limité. De nombreux amis, qui n’avaient pas connu le point culminant de ma maladie m’ont aidé en portant sur moi un regard qui n’était pas influencé par mon passé.

Je pense aujourd’hui qu’il a été vital pour moi de m’éloigner. Des années ont passé, avec des hauts, des bas. J’ai échangé sur de forums, j’ai continué les séances psy. En parler m’a beaucoup aidé. Mettre des mots sur mes sentiments, se livrer ouvertement et voir que les autres aussi savaient. Ils savaient ce que c’était que d’être mal à en crever. A partir d’un moment, j’en ai eu assez d’en vouloir à la vie. Mon frère m’a dit une fois « tu n’as pas le choix ». Ça m’a beaucoup aidé.

J’ai pris les paramètres en considération : certaines choses ne dépendent pas de moi. Pour tout le reste, je me suis imposée une exigence de fer. Dans mes amours, dans l’amitié, dans le travail. Je me suis mise à parler. A dire quand ça n’allait pas. A faire remarquer quand ça allait. J’ai quitté mon bien-aimé. Je me suis pas mal éclatée et à 21 ans, j’ai rencontré un chevalier. Le lendemain qu’il m’ait embrassé, il a demandé ma main à ma mère. En octobre prochain, ça fera 10 ans qu’on est marié. Plus jeune, j’étais certaine que j’épouserais un homme que j’aimerais mais je ne savai pas que j’aurais la chance que ce soit à ce point. J’ai découvert que la vie pouvait aussi être douce et me faire croiser le plus beau des chemins. Il mangeait trop, moi pas assez. Nous avons trouvé un équilibre. Ce n’est pas celui de mon voisin, mais pour moi, c’est bien. 4 enfants sont nés. L’ado brisée a laissé place à une femme, à une mère. Ça fera 14 ans en février que mon père est décédé. 14 ans que j’ai souffert d’anorexie. Il n’y a pas longtemps, je me suis assise avec ma mère à un café. On s’est allumé une clope, j’ai pris un café allongé, elle a pris son thé. On s’est parlé. On a fait le bilan.

On ne pensait pas qu’un jour on y arriverait. Qu’on pourrait rire sans faire semblant. Pourtant, c’est ce qu’on a fait.

Le temps. C’est un vrai secret. Ça marche vraiment. Le plus dur a été d’apprendre à vivre avec des événements qui ne dépendaient pas de moi. Moi, qui aime tant maîtriser. Mais, de tout ça j’ai essayé d’en tirer le meilleur parti. D’abord, j’ai appris que de s’assoir et chialer, j’avais le droit de le faire si cela me semblait nécessaire. Ensuite, j’ai développé ma volonté. Ça me fait un bien fou de me sentir actrice de ma vie. J’ai aujourd’hui beaucoup plus de hauts que de bas. Rien n’est effacé. Mais il y a plein de beaux dessins collés sur les plaies. Je ne fais pas que survivre, je vis. Je suis hyper-sensible, j’ai beaucoup trop tendance à me projeter, je pleure devant la Petite maison dans la prairie tellement chaque sentiment grossièrement exprimé pioche dans mon passé. J’ai aussi découvert de vrais amis, ceux que tu peux contacter à minuit. J’ai une mère formidable qui m’a offert la définition du courage. J’ai des enfants bruyants qui sourient à la vie. J’ai un conjoint aimant. Toutes ces choses, inimaginables il y a 14 ans me sont bien arrivés. On a réussi, on est en vie. C’est avec le sourire, que j’ai envie de voir ce qui se passera après.

Les jours où je ne suis pas capable de m’en rappeler, j’appelle mes armes secrètes, mes deux meilleures amies. Elles savent toujours me plaindre un peu avant de me dire « c’est reparti ». Cette histoire, mon histoire m’a menée où je suis aujourd’hui.

Je suis devenue entière alors qu’avant j’étais cassée.

Claire