Sortir de l’hibernation

igloo nuit

Je n’avais jamais perdu personne de proche. J’avais deux arrière qui sont décédées quand j’étais jeune, mais je ne les voyais pas souvent, alors ce n’est pas pareil. Je suis très bizarre. Peu de choses me touchent vraiment. Je suis assez m’en foutiste en fait, mais bon.

Et puis en 2010, je n’étais pas en France en juillet-août. J’étais en stage en entreprise en Ecosse, et je n’avais pas beaucoup d’argent, alors j’avais déjà pris mon billet de retour. Ma grand mère paternelle avait eu une attaque, un AVC, quelques mois auparavant. Ma grand mère maternelle a fait une crise diabétique deux jours avant que je parte. Mais elles allaient bien.

Début août, ma grand mère paternelle décède, oedème cérébral. Fin août, ma grand mère maternelle décède, oedème cérébral aussi. Et je n’étais pas là. Pas là pour le voir, pas là pour soutenir mes parents. Et je n’ai pas pu rentrer pour les enterrements. Je me sentais coupable. Je ne faisais plus rien, à part aller travailler. Je ne sortais pas de chez moi. Et puis, au fur et à mesure des mois, la culpabilité s’est estompée, j’avais ma meilleure amie qui m’obligeais à sortir de chez moi, faire des choses, ne serait-ce que de me maquiller.

Ma meilleure amie. Elle était coiffeuse. Elle s’est servie de ma tête comme modèle pour passer son CAP coiffure. C’est la dernière fois que je me suis fait couper les cheveux. L’année dernière, elle a commencé à s’éloigner. Elle me posait des lapins, passait des longs week end chez ses parents en laissant son mari seul. Et puis finalement l’annonce : elle est décédée dans un accident de voiture, parce qu’elle avait décidé de quitter son mari, et s’était mise à travailler plus pour économiser pour partir, et elle s’est endormie au volant. Quand je l’ai appris, je m’en suis voulue, à mort. Si je n’avais pas eu besoin de travailler à ce moment là, je ne serai plus jamais sortie de chez moi. Et en plus, je me sentais coupable d’être aussi triste, à cause de son mari. De quel droit je m’apitoie sur moi, alors que c’est dur pour lui? J’ai arrêté de vivre. Je ne me suis pas suicidée, mais c’est comme si. Comme si j’étais en hibernation.

Et puis, un an après cette tragédie, je suis sortie d’hibernation. Je me suis dit : tu es jeune, tu as encore plein de choses à faire, bouge tes fesses! ça n’a pas été facile au début. Je me suis mise à sortir pour aller me promener, pas juste pour travailler ou faire les courses. J’ai renoué avec mes autres amis, que j’avais laissé tomber. J’ai remis les choses qu’elle m’avait offertes, alors que je ne pouvais pas avant. Je n’arrive pas à me couper les cheveux. Mais je compte y arriver un jour. Maintenant que je suis réveillée, je compte continuer sur ma lancée.

Je suis toujours aussi je m’enfoutiste, dans le fond. Mais je compte bien arrêter de l’être, car on ne s’en fout pas vraiment, on case juste les choses tout au fond, et quand ça ressort, c’est pas joli joli. Je n’ai pas de recette, de potion magique (et non l’alcool n’aide pas, malheureusement, ça se saurait). Mais je peux vous promettre que le temps atténue la douleur, les sentiments négatifs. Tout ne va pas bien tout de suite, mais on y arrive, petit à petit.

D’en parler aide, parce que si on garde tout pour soi, ça sert juste à faire des ulcères, à l’estomac ou à son moral. Je ne sais pas si ce témoignage a beaucoup de sens, mais j’espère qu’il parlera à quelqu’un.

Alex

J’ai surmonté la perte de ma meilleure amie

Cheval

C’était il y a 18 ans. J’étais majeure depuis peu et je perdais ma meilleure amie.
Elle avait un an de plus que moi, notre première photo ensemble, c’était elle, bébé, juchée sur le gros ventre de ma mère ! C’est dire si on se connaissaient depuis toujours !
Et depuis toujours elle était malade. Malformation congénitale cardiaque. Nous avons vécu toute notre vie avec ça. Aménageant nos jeux d’enfants pour qu’elle en profite aussi. Elle a failli mourir plusieurs fois. Elle a été opérée plusieurs fois. Elle avait une joie de vivre et un courage que je n’ai encore revu chez personne. Une ténacité incroyable ! On s’est éloignées, parfois, mais on s’étaient retrouvées avec joie, et pleines de projets l’une et l’autre !

Et puis un jour, un coup de téléphone… Elle est morte d’un arrêt cardiaque pendant une opération. Elle ne m’avait même pas dit qu’elle repassait sur le billard alors qu’on s’étaient vues quelques jours avant ! Elle ne voulait pas que je m’inquiète pour elle…

Je me suis effondrée, j’ai refusé d’aller la voir au funérarium parce que non, elle était morte et je ne voulais pas la voir comme ça, elle si pleine de vie, toujours, quoi qu’il arrive… L’enterrement a été un déchirement absolu. J’ai voulu mourir plusieurs fois… Je la voyais partout où j’allais. J’avais envie de l’appeler, de lui parler… Souvent, le soir depuis mon lit, je lui racontais ma journée dans ma tête. Je faisais comme si elle était encore là, j’imaginais nos conversations…

C’est elle qui m’a donné le courage de continuer, de me réaliser dans la vie !
Son souvenir est devenu ma force, sa joie de vivre est devenu mon leitmotiv ! Chaque fois que j’allais mal, je la voyais en train de m’engueuler, de me dire que je pouvais y arriver, que j’étais aussi forte qu’elle.

Elle me manque encore, 18 ans après, j’ai le cœur qui se serre quand je pense à elle et je pleure, parfois. Je suis toujours en colère qu’elle soit partie si tôt, mais quand je regarde ma vie, je me dis que ça lui ferait plaisir de m’y voir, qu’elle serait contente que je sois si heureuse, et que je sois devenue ce qu’elle m’avait conseillé d’être : une femme qui fait ce qu’elle aime, sans se soucier de savoir si ça plait aux autres et qui est tout simplement bien dans ses baskets, même s’il y a des difficultés qui paraissent parfois insurmontables !

Penser à elle me fait du bien aussi, parce que c’était une belle personne et que son souvenir m’amène maintenant de la douceur ainsi que la joie de nos années d’enfants et d’adolescentes. Chaque merveilleux moments de ma vie, je les lui dédie silencieusement, en l’imaginant à mes côtés, souriante et me disant « je te l’avais bien dit que tu y arriverais  » !

Audrey