Il est devenu mon jardin secret

bulles-savon

Tout à commencé un soir de janvier 2004. J’attendais son coup de téléphone avec impatience. Il était allé chez le docteur car il toussait trop, depuis trop longtemps. Le verdict ne s’est pas fait attendre… lymphome à 18ans à peine… S’ensuit 1 an de traitements, d’opérations, de douleurs, d’espoir, puis une rechute… du chagrin, des traitements…

Pendant ce temps, je continue mes études d’infirmière, je jongle entre l’hôpital, les cours, mon permis… Pas le temps de réfléchir, pas envie de penser encore moins lorsqu’on évoque le cancer avec mes profs. J’ai tendance à devenir une femme-fontaine !

La déprime s’installe mais il faut tenir bon devant lui, sa famille et la mienne. Je suis un roc pour certains, je suis en miettes en dedans. Du haut de mes tous jeunes 18 ans, je comprends le jargon des médecins, j’assiste à ses soins, je me concentre sur le positif car cette expérience m’aidera dans ma future vie d’infirmière. Je suis une future professionnelle mais lorsque le médecin repart, je ne suis plus que sa petite amie qui tremble de peur de le perdre.

Juin 2005. Il allait mieux ce weekend lorsque je l’ai vu. On est mercredi et je n’ai pas eu de nouvelles. Il doit être fatigué. J’appelle sa mère. Il est dans le coma depuis lundi. Elle n’a pas eu le courage de m’appeler. Je dois venir vite car c’est la fin. Et effectivement…

Les premiers mois ont été très difficiles. J’ai eu le droit à un traitement anxiolytiques /antidépresseurs, des séances chez le psy qui m’a dit qu’elle ne voyait pas ce que je faisais là car j’avais déjà fait mon deuil. Je ne sais pas comment j’ai fait, je dois fonctionner à l’envers car je l’ai fait pendant sa maladie, pendant qu’il était encore vivant. Elle m’a dit qu’au fond de moi, je savais qu’il allait mourir et que je m’y étais préparée. J’allais encore pleurer, j’aurais encore mal au cœur mais ce serait le fait du vide qu’il laisse en moi et qu’il faudra combler un jour…

Le plus difficile, devoir épauler ma famille qui elle, n’avait pas encore fait son deuil.

J’ai dû couper les ponts avec sa famille à lui car je ne supportais pas de voir la douleur dans leurs yeux à chaque fois qu’ils me voyaient. Je n’avais plus vraiment de statut… ça aussi, ça a été insupportable.

Quelques semaines plus tard, ma vie continue, les rencontres se font, LA rencontre…

Je sais, je suis rapide mais la vie est trop courte, je n’ai pas envie de perdre mon temps, lui veut attendre un peu pour moi. C’est dur d’attendre !!

5 mois après, nous sommes amoureux, cachés dans un 1er temps car cela choque ma famille, puis au grand jour.

1 an plus tard, nous sommes fiancés et nous habitons ensemble.

Au jour d’aujourd’hui, je suis maman de 2 beaux enfants et future mariée. Le bonheur quoi !

Cela ne m’empêche pas d’être déprimée certains jours de l’année car ils me rappellent trop de souvenirs, d’avoir sa photo dans mon portefeuille, certaines de ses affaires dans un carton que personne n’a le droit de toucher. Il est devenu mon jardin secret et il suffit que je ferme les yeux pour entendre sa voix, son rire, voir les expressions de son visage. Il sera toujours en moi et mon futur mari ne s’en formalise pas. Heureusement d’ailleurs !!

Amandine

L’amour a perduré à travers les années

Faire le deuil de son conjoint

21 ans après la mort de leur papa, de mon amoureux, mon conjoint, cet autre moi-même, je me demande encore comment j’ai pu faire face à tout : 3 enfants de 6/10/13 ans et un travail en internat à temps plein et des familles peu aidantes.

Un jour, mon petit m’a dit « je croyais que tu n’avais pas de peine, je ne t’ai jamais vu pleurer »
Moi je n’arrivais pas à pleurer tant ma détresse était profonde, j’avais peur qu’elle m’engloutisse comme un tsunami.

Petit à petit j’ai pu pleurer dans le pré avec ma vieille jument à mes côtés.
Puis devant mes enfants lorsque je me suis sentie plus forte. Mes deux grands ont fait de leur mieux, chacun à sa manière. Je suis tellement fière d’eux, de moi aussi mais je ne sais toujours pas comment j’ai pu faire face.

J’ai envie de croire qu’il nous a tant aimé, que son amour a perduré à travers les années.
Dans ce rôle de mère courage (car il en a fallu) j’aurai pu me perdre mais la vie m’a permis de rencontrer des professionnels aidants et suffisamment de personnes aimantes pour continuer bravement mon chemin de vie.

Toi, petit(e) frère (soeur) en humanité qui lit ce message je t’embrasse affectueusement.

Annette

Derrière cette nuit sombre, il y a la lumière

Faire le deuil de son conjoint et de son enfant

Si j’ai voulu témoigner ici, c’est parce que je suis la preuve vivante que l’on peut s’en sortir même lorsque les pires choses vous tombent dessus. On m’a souvent dit d’écrire un livre pour raconter mon histoire, mais je n’en ai jamais eu le courage. Alors je me suis contentée de témoigner sur un blog, un journal pas intime. Et rien que ça, m’a beaucoup aidé.

Je m’appelle Magali, j’ai aujourd’hui 30 ans et il y a 4 ans et demi, ma vie a basculé. En couple depuis 8 ans avec Cédric, je n’imaginais pas avoir tant d’épreuves à traverser. Notre amour a résisté à tout, du moindre bobo jusqu’à la maladie qui a rencontré Cédric au cours de l’année 2006, un lymphome folliculaire non hodgkinien. Forts de notre amour, nous savions, à l’aube de l’année 2009, que celle-ci ne serait pas si rose. Après 2 ans d’essai bébé, entre 2 rechutes de la maladie, nous avons réussi à concevoir un enfant. Puis la rechute tant redoutée. Les séances de chimio, entrecoupées des échographies pour bébé. Jours après jours, mois après mois. Jusqu’à ce jour de mai ou l’on nous annonce un problème pendant l’échographie. A partir de ce jour, tout a basculé. La maladie de Cédric a empiré, les séances de chimio ont fini par l’emporter et il est décédé dans mes bras un soir de juin 2009. Forte et très entourée, ma vie s’est mise sur pause pendant ces quelques jours ou je lui ai rendu hommage. Puis ce fut au tour de ma fille de s’envoler à son tour. Une maladie gravissime découverte à l’IRM quelques jours plus tard et une décision à prendre. Celle d’interrompre médicalement ma grossesse à 7 mois. J’ai rencontré ma petite Léa un mois et une semaine pile poil après avoir dit aurevoir à son papa, puis je l’ai laissée le rejoindre.

Après ces drames, j’ai reçu énormément de soutien. Anonymes, virtuels, familles, connaissances. Je n’ai jamais été seule. J’ai beaucoup pleuré, j’ai beaucoup regretté, et finalement j’ai franchi chaque phase de deuil, l’une après l’autre, avec plus ou moins de facilité.

Ce qui m’a aidé ? Rester positive. Ne garder que le meilleur. Avoir profité de chaque instant même douloureux, que ce soit avant, pendant, après. Pour ne jamais rien regretter. J’ai dit aurevoir à Léa comme j’ai dit aurevoir à Cédric, sans jamais m’empêcher de pleurer. Ecrire m’a également énormément aidé. A l’époque, j’écrivais chaque état d’âme, chaque bonheur, chaque douleur, sur un blog protégé dont peu de gens connaissaient l’existence. J’écrivais, en pleurant, des mots l’un après l’autre, comme si je m’arrachais cette douleur du cœur, et au moment de cliquer sur le bouton « publier » je me sentais comme vidée, soulagée. Je ne me suis jamais empêchée d’en parler, je ne me suis jamais censurée, je ne me suis jamais empêcher de pleurer et c’est finalement de cette manière que j’en suis arrivée à cette dernière phase du deuil qu’est l’acceptation.

Oh bien sur, ça n’a pas été simple. J’ai connu la dépression, j’ai cru ne jamais sortir de ma peine. Mais grâce à mon entourage, à une psychologue très à l’écoute et à quelques livres ciblés, j’ai compris que je ne serai jamais heureuse si je ne le souhaitais pas de toute mon âme. Et puis un jour j’ai eu le déclic.

J’ai recommencé à vivre. Avec mon passé, avec mon histoire. J’ai recommencé à vivre pour moi, en ne pensant qu’à mon principal but : le bonheur. Il était impensable après avoir vécu tout ça que la vie soit finie. Il y a ma vie d’avant et il y a ma vie d’après. Et je ne regretterai jamais rien. Parce que je sais au fond de moi que Cédric l’aurait voulu, et que Léa, ma fille, aurait été fière de moi.

Dans ma quête du bonheur, j’ai commencé par m’occuper de moi. Par me chouchouter, par reprendre confiance en moi, prenant ces épreuves comme l’introduction d’une nouvelle chance finalement. J’ai profité de chaque instant comme si c’était le dernier. Puis, lorsque j’ai été prête, je

me suis mise en quête de l’amour. Je savais bien qu’il serait un peu tôt pour mon petit cœur, mais j’ai profité. Je me suis épanouie en tant que femme, je me suis découverte.

Même si je n’oublie rien, même si chaque anniversaire me rappelle ce que j’ai vécu, même si j’ai toujours une pensée très émue pour mes anges, aujourd’hui je suis une nouvelle femme. J’ai rencontré l’amour en 2010. Aujourd’hui, je suis heureuse comme je souhaite à n’importe qui de l’être un jour et je vais me marier cet été. Le 26 juillet 2014. Comme un hommage à ma fille qui aurait ce jour la fêté ses 5 ans.

Si je devais avoir un conseil pour ceux qui traversent des moments difficiles ce serait de ne rien regretter, de profiter de chaque instant, des bons comme des mauvais. C’est normal de pleurer, c’est normal d’être triste, c’est normal de se recueillir. Et puis lorsque vous n’irez pas bien pensez que derrière le brouillard, derrière cette nuit sombre, il y a la lumière, et cette lumière, c’est le bonheur. Vous y avez droit vous aussi. Gardez espoir, la lumière est au fond du tunnel…

Magali

J’ai tenu ma promesse : je me suis battue

Faire le deuil de son conjoint

C’était il y a presque 11 ans… on rentrait d’une soirée bien arrosée entre amis. Il roulait vite… c’est le seul détail dont je me souvienne et c’est le trou noir.

Je me suis réveillée quelques jours plus tard à l’hôpital ; lui était décédé sur le coup… en plus de la douleur physique il y a la douleur morale. Pourquoi m’a-t-il abandonnée ? Pourquoi m’a-t-il laissée toute seule ? Que s’est il passé ? La vitesse, l’alcool, un arbre, …
J’avais 26 ans, des projets plein la tête… Et tout s’arrête, brutalement, tragiquement… heureusement ma famille est là pour m’épauler a vider l’appartement et effectuer les différentes démarches administratives en plus des allers retours a l’hôpital pour le suivi des blessures.

Mais on ne parle pas. On a mal, on souffre chacun de son côté. Ça me pèse, ça m’étouffe. S’en suit le commencement de ma nouvelle vie car la Sandrine de l’accident est décédée dans tous les sens du terme. Passage par toutes les étapes de la vie : enfance, adolescence, jeune femme… Un grand vide. J’étais perdue. Je voulais le rejoindre, je n’arrivais pas sans lui.

Alors, sur les conseils d’une amie, j’ai franchi le cap et j’ai été voir une psychologue, une personne qui au final m’a écoutée, parlé, provoquée, qui a respecté mes silences, mes pleurs,… a force de 3 à 2 rendez-vous par semaine pendant plus d’un an et demi, je me suis permis à nouveau de sourire, de vivre, de rire, d’aller au cinéma, … sans lui qui avait fait partie de ma vie pendant 7 ans…
Elle m’a aidé à retrouver goût à la vie, je ne l’oublierai jamais. Le chemin a été très très long, semé d’embûches mais aussi de petites victoires jour après jour, semaine après semaine. Il est toujours présent, je traîne « cette tragédie » derrière moi. Toujours cette question du « pourquoi »?
Je ne suis pas arrivée à faire mon deuil, d’ailleurs que signifie « faire son deuil? » En tout cas j’ai appris à vivre avec, sans…

Au jour d’aujourd’hui, j’ai rencontré un homme à qui je dois beaucoup, qui m’aime pour ce que je suis, ce que j’ai été et ce que j’ai vécu avant. Il a réalisé mon souhait le plus cher, celui d’être maman. J’ai donné naissance en septembre 2011 à des jumelles. Ma plus belle revanche sur la vie… Alors oui je suis fière en regardant par dessus mon épaule du chemin parcouru depuis ce tragique 9 mars 2003… Comme m’avait dit mon « ex » beau père quand il était venu me voir à l’hôpital quelques jours après l’accident : « la vie vaut le coup d’être vécue, il faut se battre, relever la tête. »
J’ai également tenu la promesse que je vous avais faite : j’ai refait ma vie… Je me suis battue…

Sandrine