La vie depuis ses grands yeux bleus

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Après une grossesse plus ou moins tranquille, on découvre à 8 mois de grossesse 3 anomalies cérébrales à mon bébé. Le trou dans lequel on tombe à ce moment là est inexplicable… sans parler du côté médical : irm, échographie à gogo, ponction, amniocentèse…

Et puis vient le verdict : ventriculomégalie sévère et évolutive. On nous décrit la  »vie » que pourrait avoir notre enfant… handicap mental lourd, handicap physique encore plus lourd, des dizaines de crises d’épilepsie lourdes par jour… Notre bébé parfait ne l’est pas, il n’aura jamais conscience qu’il a un super grand frère qui l’attend, il ne fera jamais de bisous, de câlin… il n’ira jamais dans sa belle chambre toute prête. Je me souviens d’une phrase de la neuro pédiatre  »votre bébé, actuellement, il est viable, mais viable ne veux pas dire qu’il aura une vie » Puis, la décision. On nous  »offre » le choix d’interrompre la grossesse. Je me souviens avoir demander si le bébé souffrait… la docteur m’a pris la main. Cela voulait tout dire.

Nous avons décidé de souffrir à sa place, pour lui, pour qu’il ne souffre pas. C’est dur parce que nous c’est pour perpétuité. Après plusieurs mois, j’ai décidé de voir la vie en bleu, je suis entourée de garçons : mon mari, mon fils et mon bébé qui joue avec la lune comme dit son frère. J’ai décidé que pour lui je serais forte, pour eux j’ai décidé de sourire et de vivre, au début on fait semblant… puis on fait de moins en moins semblant et un jour on rit pour de vrai. On rit, on sourit, parce que malgré toutes les horreurs que la vie peut amener, parfois il suffit de pas grand chose pour être magnifique ! Et quand je regarde notre vie depuis les grands yeux bleus de mon fils, je peux vous garantir que la vie sait être très belle.

Jessica

Deuil périnatal

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Élise, ma fille, est née sans vie le 19 septembre 2013, suite à une interruption sélective de grossesse. Gaspard, son frère jumeau, va bien.

C’est encore frais. La douleur est encore vive. La plaie n’a pas encore cicatrisé.
Mais j’avance. Pas à pas. Parfois à reculons mais c’est pour que le pas d’après se pose encore plus loin.

J’ai souvent pensé à la mort depuis. À ma propre mort. Non pas pour fuir la vie et la souffrance, car j’aurais alors abandonné mon fils et mon mari, mais pour rejoindre Élise, être avec elle, savoir si elle est bien arrivée là-haut, m’assurer qu’elle est bien là où elle est.

Ce qui me sauve, c’est d’écrire.

Le silence est délétère, la parole est salutaire.
J’écris sur mon blog surtout. J’écris aussi sur le joli carnet que j’ai acheté exprès et sur un petit calepin toujours glissé dans mon sac à main tout ce qui me passe par la tête, en vrac, avant d’y mettre de l’ordre et de le publier sur mon blog.
J’écris à Élise, pour qu’elle sache que je pense à elle. J’écris sur Élise, pour que les autres sachent qu’elle existe.
J’écris pour faire sortir – exprimer – ce que j’ai en moi. La colère, un peu. La culpabilité, beaucoup. La douleur, surtout.

J’écris pour faire exister Élise dans ma vie, dans notre vie de famille, dans la vie de son frère, aux yeux de tous.

J’écris pour combler le manque qu’elle a laissé.
J’écris pour me rapprocher d’elle.
J’écris pour expliquer, sensibiliser, « éduquer » par rapport au deuil périnatal et à l’interruption médicale de grossesse.
J’écris pour aider les autres à m’aider.
J’écris pour moi, pour elle, pour les autres.
Je fais de ce drame une leçon de vie, je fais de son absence une force, je fais de ma douleur une motivation.
Un jour, j’écrirai un livre, je le sais.
Je ne vois pas encore la lumière au bout du tunnel mais je sais qu’elle existe.
Je sais qu’il y aura encore beaucoup de détours, de méandres, d’impasses, de mirages… mais je sais aussi qu’une étoile filante veillera sur moi tout au long du chemin.

Elle est le trésor de nos vies

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Je m’appelle Laëtitia, j’ai bientôt 28 ans. Je suis mariée à David depuis 1 an. Nous sommes les heureux parents de Laora, 22 mois. Et également les parents de Gabriel, né sans vie le 5 janvier 2011…

Tout a commencé le 29 septembre 2010. Ce jour là j’ai cru que je serais la première personne au monde à mourir de bonheur ! Je me rappelle avoir perdu l’équilibre quand s’est affiché sur l’écran de mon test de grossesse « enceinte 1-2 semaines ».
Et puis le 3 janvier tout s’est écroulé : plus d’activité cardiaque, notre bébé était mort avant d’être né. Plus rien à faire, plus rien à espérer.
Je me suis sentie tomber, très vite et très loin …. J’étais paniquée : comment revivre après ça ? Je m’en sentais incapable.
Comment j’ai pu tenir ? Surmonter tout ça ?

Grâce à l’amour … celui des proches : familles et amis. Et surtout : grâce à l’amour de mon mari. Quand Gabriel est mort-né, nous n’étions pas encore mariés. Nous avons décidé de le faire car nous avons pris peur à ce moment : nous avions peur de l’avenir… nous avons décidé de nous marier pour nous protéger l’un et l’autre. Pour sceller nos vies.

Mon homme a été si fort, si courageux, si formidable. Il a souffert sans se plaindre. Il a eu la foi pour deux alors que lui aussi était brisé. Il a agi en père de famille… un papa sans enfant à prendre dans ses bras. Il souffrait au moins autant que moi, mais s’est refusé à baisser les bras. Il m’a portée tout ce temps. Il m’a laissé tranquille quand je devais l’être, m’a couvée quand j’en avais besoin…
Nous sommes restés debout l’un à côté de l’autre. Nous avons serré les dents, et nous avons gardé la foi. Nous sommes croyants, et nous avons énormément prié.

Je pense que le Ciel nous a entendus : 6 mois après l’accouchement de Gabriel, nous avons appris que j’étais de nouveau enceinte.
Et Laora est née, une vraie princesse, le trésor de nos vies.
Aujourd’hui, pas un jour ne passe sans que je pense à Gabriel.. Bien sûr nous avons pleuré, mais nous savons aujourd’hui que la vie mérite une seconde chance, que le bonheur est toujours au bout du chemin, même si l’on pensait cela impossible il y a si peu de temps.

Laetitia