Trouver la chaleur

carbet

2009…. cette année sera à jamais marquée au fer rouge…. une grossesse très difficile de par mes soucis de santé et qui devient horrible à la découverte de malformation sur mon fils, un accouchement prématuré (jour de débriefing du staff médical pour décider d’un avortement thérapeutique), une maman en réa un bébé en neo….. 6 mois d’hospitalisation en alternance pour le loulou, ma belle maman qui déclare son premier cancer, mon papa qui fait un infarctus et pour clore notre ami de 30 ans qui fait un avc ….. voilà 2009, en résumé…. une envie de fuir tout ça nous a pris on voulait du neuf autre chose on voulait non pas tourner la page mais vivre nos rêves…

Car comme on le dit si bien, vivons nos rêves, ne rêvons pas nos vies…. et voilà nous avons décidé de partir vivre à 6000 km, au chaud, en Guadeloupe…. Se concentrer sur ce nouveau projet, « oublier » cette année , lui donner un sens positif… l’année du renouveau ….. Nous vivons là bas depuis février 2010… oui cela a été rapide, mais il le fallait pour ne pas faire machine arrière, ne pas être trop raisonnables.

Et nous y avons construit une nouvelle vie plus saine, plus ensoleillée plus centrée sur nous… notre loulou va beaucoup mieux (même si sa maladie est toujours là) et nous avons même une petite dernière qui est née et qui vient de souffler sa première bougie. Si vous saviez les larmes de bonheur qui ont coulé quand on n’a décelé aucune anomalie lors de cette fameuse écho ou tout avait basculé 4 ans auparavant. Mon papa va bien, notre ami aussi. Ma belle-maman malheureusement est partie, mais elle a eu de superbes vacances au soleil et a même fait connaissance avec sa dernière petite fille….

Quelque fois il nous faut un malheur pour rebondir, il faut l’accepter et en tirer toutes les forces possibles, c’est dur on n’oublie jamais réellement, des angoisses persistent mais il faut continuer d’avancer …..

Charline

Il faut parler et ne pas se renfermer

Surmonter le suicide

J’avais 27 ans et mon jeune frère à peine 17 lorsqu’il a décidé d’en finir avec la vie…

C’était un 21 septembre. Il a choisi une façon plutôt radicale d’y mettre un terme. Il s’est tiré une balle dans la tête. Aussi radical que cela peut être, il est pourtant resté en vie, dans un coma profond, ce qui nous a donné beaucoup d’espoir, en vain.
Il est décédé le 26. Déclaré dans un état de mort encéphale.

Je vais passer l’épisode de la douleur, du laisser-aller, de l’envie d’en finir à mon tour, des images qui restent… Tout cela est de toute façon indescriptible.
Je vais vous parler de ce qui fait que je vis avec depuis 5 ans et 3 mois…

J’ai d’abord commencé par tenir un blog en sa mémoire. J’y ai fais la connaissance de personnes formidables, vivant le même drame et qui malgré tout, contrairement à moi, continuaient d’avancer. J’ai eu beaucoup de contact avec des amis à lui qui m’ont raconté des choses, des histoires vécues avec lui. C’était un peu comme si j’apprenais ou du moins, continuais, à le connaître. Ce blog est devenu mon exutoire. Il m’a fait prendre conscience qu’il faut parler et ne pas au contraire se renfermer.

J’ai 3 autres frères et sœurs dont je suis l’aînée, pour qui je me dois d’être forte. Je les aime tout autant que je l’aime lui.

Je suis surtout une maman qui doit rendre la vie belle à ses enfants. Ils ont 13 et 9 ans, fille et garçon. Je me suis « reprise », je suis sortie de cette spirale infernale du deuil en me disant que je ne pouvais pas faire souffrir mes enfants. La peur qu’un jour ils veuillent en finir eux aussi avec la vie parce que je leur aurait gâchée, m’a sauvée !!

Je coule des jours heureux avec mes enfants et mon mari… Oh ! Il y’a bien des jours sans… Mais tellement de moments propices au bonheur si l’on s’en donne le temps et le cœur… ♥♥

Stéphanie

Le soleil ne se lève que pour celui qui va à sa rencontre

Perdre sa mère

Je me souviendrai toute ma vie de ce jour ou tout à basculé (30 juillet 2000).

J’avais 17 ans, quelqu’un frappe à la porte, un collègue de boulot de maman j’ouvre vite la porte quand j’entends « appelle vite ton père, ta mère a fait un malaise » mais moi je m’en fous de mon père je veux voir ma mère.

Je cours sur son lieu de travail à 100 mètre de la maison. Tu es allongée sur le sol et je vois que tu souffres tu ne réagis plus. Deux jours plus tard (après le prélèvement d’organe) ton cœur ne bat plus tu n’es plus de ce monde. Mon frère n’a que 14 ans et je deviens sa maman et la femme de mon père. Ma vie est branchée sur le mode pilotage automatique…. Pendant 10 mois.

Puis papa rencontre une autre femme que nous avons du mal à accepter (surtout qu’une partie de la famille rejette mon père). Elle fera tout pour que nous ne prenions pas parti et que nous continuions à voir les membres de notre famille. Puis j’entre au lycée et je fais des rencontres fabuleuses, des amies toujours là dans les bons comme les mauvais moments. Elles m’aident à aller mieux et continuer le cours de ma vie. Le 16 février 2005 je rencontre l’homme de ma vie et le père de mes enfants.

Et je reprends goût à la vie pour de bon… J’ai enfin réalisé que maman n’est pas partie en voyage mais est bel est bien décédée. Je remercie chaque jour les personnes qui m’ont aidée quand j’en avais besoin et qui sont encore là aujourd’hui (un peu comme un mariage pour le pire et pour le meilleur) elles ont donné un second souffle à la vie et de voir mes enfants et mon neveu je me dis que quelque part un peu de son sang coule dans leurs veines. Je voudrais dire à tout le monde que le soleil ne se lève que pour celui qui va à sa rencontre. Chaque épreuve nous rend plus fort et nous aide à avancer dans la vie.

Ludivine

Un mélange détonnant

Sortir de l'anorexie

Je suis une ancienne sportive, j’ai fait de l’escrime.

A mon entrée en 1ère, j’ai intégré un sport-études en Normandie, dans la « grande ville » de Gisors ! Crème, gâteaux et beurre frais en quantité + course à pieds à une allure effrénée ont rendu mes cuisses et mes mollets un peu grassouillets. J’ai donc commencé à moins manger pour vite effacer ces capitons incrustés. En septembre, mon papa se fait retirer deux petites boules sur la tempe. Un peu d’attente et le verdict est tombé. Six lettres à tout jamais gravées : C A N C E R.

Mon petit régime si bien commencé se transforme vite en démon obsessionnel. Ce petit salaud ne va plus me quitter.
Il n’y a pas eu de fin heureuse comme dans les films américains qui se passent au lycée. L’histoire du Papa malade s’est achevée, un jour ensoleillé de février autour d’un trou qui s’est refermé devant mes yeux d’ado effrayée. J’ai pleuré beaucoup, tout le temps, partout. J’ai prié à voix haute qu’à mon réveil le lendemain, tout soit comme avant. Et ça n’a jamais été le cas. Alors, j’ai composé. Le deuil + la maladie, le tout bien secoué était un cocktail détonnant. Heureusement, ma maman a toujours été là. Elle a su regarder, mais surtout, elle a su voir, entre ses larmes de jeune veuve de 42 ans et toute une situation administrative à gérer.

Je suis rentrée à l’hôpital, l’année de mon bac. Pour 5 mois. J’ai pris des médicaments. Je ne veux pas le cacher. Avec l’anorexie j’ai appris toute l’envergure de cette maladie. Une MALADIE, c’était ça le mot qui m’a guéri. Comme dans toutes les maladies, la seule volonté ne suffit pas. Il m’est rarement arrivé de dire à mes enfants qui souffraient d’une otite « mets y de la volonté, ça va te soigner ». Bien sûr, le mental y est pour beaucoup, bien sûr, j’avais besoin d’un traitement. J’en ai donc eu un. Beaucoup d’effets secondaires. Beaucoup de bienfaits aussi notamment grâce à l’accompagnement par psychothérapie.

Et puis, je suis sortie, 2 jours pour passer mon bac. Un énorme enjeu. Une énorme angoisse. Pour voir les résultats, ma mère a tenu à ce que nous fassions les centaines de kilomètres qui nous séparaient de mon lycée. Nous y sommes allées. Mon nom était affiché. On s’est regardées, on a pleuré, on a sauté comme des furies dans les séries et on est reparties. La mort de mon père aidant, souhaitant peut-être à sa fille un éloignement, ma mère a accepté que je poursuive mes études auprès de mon amoureux à Lyon alors que nous vivions alors à Paris. Nous logions dans des appartements séparés. Tout de même, à 17 ans, il ne faut pas abuser ! J’ai dû réapprendre à manger et commencer enfin à vivre sans lui. J’ai travaillé d’arrache-pied pour réussir mes études en même temps que je bossais de nombreuses heures pour un journal local. Mon esprit occupé s’est cultivé. Le contrôle sur mon corps s’est limité. De nombreux amis, qui n’avaient pas connu le point culminant de ma maladie m’ont aidé en portant sur moi un regard qui n’était pas influencé par mon passé.

Je pense aujourd’hui qu’il a été vital pour moi de m’éloigner. Des années ont passé, avec des hauts, des bas. J’ai échangé sur de forums, j’ai continué les séances psy. En parler m’a beaucoup aidé. Mettre des mots sur mes sentiments, se livrer ouvertement et voir que les autres aussi savaient. Ils savaient ce que c’était que d’être mal à en crever. A partir d’un moment, j’en ai eu assez d’en vouloir à la vie. Mon frère m’a dit une fois « tu n’as pas le choix ». Ça m’a beaucoup aidé.

J’ai pris les paramètres en considération : certaines choses ne dépendent pas de moi. Pour tout le reste, je me suis imposée une exigence de fer. Dans mes amours, dans l’amitié, dans le travail. Je me suis mise à parler. A dire quand ça n’allait pas. A faire remarquer quand ça allait. J’ai quitté mon bien-aimé. Je me suis pas mal éclatée et à 21 ans, j’ai rencontré un chevalier. Le lendemain qu’il m’ait embrassé, il a demandé ma main à ma mère. En octobre prochain, ça fera 10 ans qu’on est marié. Plus jeune, j’étais certaine que j’épouserais un homme que j’aimerais mais je ne savai pas que j’aurais la chance que ce soit à ce point. J’ai découvert que la vie pouvait aussi être douce et me faire croiser le plus beau des chemins. Il mangeait trop, moi pas assez. Nous avons trouvé un équilibre. Ce n’est pas celui de mon voisin, mais pour moi, c’est bien. 4 enfants sont nés. L’ado brisée a laissé place à une femme, à une mère. Ça fera 14 ans en février que mon père est décédé. 14 ans que j’ai souffert d’anorexie. Il n’y a pas longtemps, je me suis assise avec ma mère à un café. On s’est allumé une clope, j’ai pris un café allongé, elle a pris son thé. On s’est parlé. On a fait le bilan.

On ne pensait pas qu’un jour on y arriverait. Qu’on pourrait rire sans faire semblant. Pourtant, c’est ce qu’on a fait.

Le temps. C’est un vrai secret. Ça marche vraiment. Le plus dur a été d’apprendre à vivre avec des événements qui ne dépendaient pas de moi. Moi, qui aime tant maîtriser. Mais, de tout ça j’ai essayé d’en tirer le meilleur parti. D’abord, j’ai appris que de s’assoir et chialer, j’avais le droit de le faire si cela me semblait nécessaire. Ensuite, j’ai développé ma volonté. Ça me fait un bien fou de me sentir actrice de ma vie. J’ai aujourd’hui beaucoup plus de hauts que de bas. Rien n’est effacé. Mais il y a plein de beaux dessins collés sur les plaies. Je ne fais pas que survivre, je vis. Je suis hyper-sensible, j’ai beaucoup trop tendance à me projeter, je pleure devant la Petite maison dans la prairie tellement chaque sentiment grossièrement exprimé pioche dans mon passé. J’ai aussi découvert de vrais amis, ceux que tu peux contacter à minuit. J’ai une mère formidable qui m’a offert la définition du courage. J’ai des enfants bruyants qui sourient à la vie. J’ai un conjoint aimant. Toutes ces choses, inimaginables il y a 14 ans me sont bien arrivés. On a réussi, on est en vie. C’est avec le sourire, que j’ai envie de voir ce qui se passera après.

Les jours où je ne suis pas capable de m’en rappeler, j’appelle mes armes secrètes, mes deux meilleures amies. Elles savent toujours me plaindre un peu avant de me dire « c’est reparti ». Cette histoire, mon histoire m’a menée où je suis aujourd’hui.

Je suis devenue entière alors qu’avant j’étais cassée.

Claire

Perdre un aïeul

Deuil Grand parent

En septembre, j’ai perdu mon arrière-grand-mère, un cancer du pancréas ajouté au cœur faible d’une dame de 94 ans, ça ne pardonne pas.
J’ai passé l’été à veiller sur elle, elle ne pouvait plus rester seule, au début c’était seulement la nuit, au cas où elle aurait un malaise. Par la suite la famille se relayait pendant la journée. En août, pourtant, je n’ai pas pu continuer. Elle déclinait très vite, je l’ai trouvée un soir debout dans le couloir, elle se cognait contre un mur mais était persuadée que c’était contre les barrières de son lit médicalisé. Elle ne tenait pas debout, je n’avais pas la force de la porter jusque dans sa chambre, je l’ai conduite jusqu’au canapé et j’ai téléphoné en urgence à mon grand-père-son fils. Lui et sa femme ont pris le relais pour la nuit, et par la suite personne n’y restait de façon permanente – on se relayait, nuit et jour. On a établi un planning.
Elle nous a quittés la nuit du 3 au 4 septembre après beaucoup de souffrances.
J’étais repartie sur Paris, je n’ai pas pu aller à son enterrement. J’ai passé les premiers jours à pleurer toutes les larmes de mon corps. Je suis passée par toutes les étapes du deuil dont on entend parler – la colère a duré le plus longtemps. J’en voulais à mon autre arrière-grand-mère d’être encore en vie – et je m’en voulais à moi pour ça.

Et puis j’ai repris les cours, ce qui m’a aidée à tourner la page.
Récemment je me suis mise au tricot en sa mémoire, car elle adorait tricoter. Si je dois donner un conseil : ignorez ceux qui vous diront que c’est mieux comme ça, que la personne souffrait trop, etc. On le sait, mais ça n’enlève rien à la douleur de perdre un être aimé. Et trouvez quelqu’un à qui parler – un ami, un membre de la famille, un professionnel, peu importe, mais ne vous renfermez pas là-dedans. Mamie me manque toujours – et me manquera sans doute toute ma vie – mais j’arrive maintenant à repenser à tous les bons souvenirs que j’ai d’elle sans me mettre à pleurer.
J’espère pouvoir aider quelqu’un avec ce témoignage, ne serait-ce qu’une personne.

Julie