Je me sens belle, je me sens bien

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Aujourd’hui on est le 1er avril 2014, et ça a été une date importante pour moi. A l’époque.

J’ai 23 ans, j’ai toujours eu une vie idéale avec mon premier amour, ma moitié depuis 4 ans et demi. Une jolie voiture, un bel appartement, une relation complice et fusionnelle, son Amour, un bon taff, des projets de famille … Je n’ai jamais manqué de rien.

Et puis le Destin s’en est mêlé. Je comprends pas pourquoi. J’avais déjà réussi à pardonner, il y a deux ans, son corps contre celui de cette fille … Je pensais avoir eu ma dose de souffrance en Amour.

Je sature. Je ne supporte plus toute cette pression. Cette différence de culture. Et cette fille que sa famille aimerait que je sois. Pourquoi veulent-ils que je change alors qu’il m’a aimée 4 ans et demi telle que je suis. Pourquoi je devrais oublier mes convictions, trahir mes croyances par Amour ? Pourquoi il ne m’assume pas ?

Et là, la fin. Il n’a pas essayé de me rattraper, ni même de me faire changer d’avis. S’en est suivie ma longue liste de souffrance. Une nouvelle copine après quelques jours de son côté …  Des présentations officielles, c’est normal, elle est religieusement plus compatible que moi. Des espoirs. Des souffrances. Je ne sors plus, je mange plus, je souris plus, je réponds dans la seconde au moindre des ses messages. Il est tout le temps dans mes pensées, jour et nuit.

Je maigris a vue d’œil. J’ai toujours eu ces put*** d’angoisses. C’est peut être à cause d’elles qu’il est parti ? J’étais à deux doigts de la dépression. Maintenant je suis définitivement au fond du trou. Mon seul moment de bonheur c’est une lueur d’Espoir d’un nouveau Nous. C’est ce qui m’a sauvée. Ma famille s’inquiète pour ma santé. Pour ces os visibles sur mon corps. Pour ce visage creusé, ces cernes qui n’en finissent plus. Pour ce teint terne et ces faux sourires. Je suis vide. Je suis un sac d’os qui se traine chaque jours pour aller au travail et qui hiberne chaque weekend en pensant à Lui, à Nous. A nos moments de bonheurs passés. Et à ce que j’ai fait pour le faire partir.

Je suis à 38 kilos. J’ai peur pour ma vie et pour ma santé. Je suis faible physiquement mais tellement forte mentalement. J’ai perdu ma fierté pour lui. Je suis une merde. Mais je m’en fous, je l’aime. Je n’arrive plus à encaisser. Je fais du surplace, j’ai besoin d’aide médicale, je sais que seule je n’y arriverai pas. Et puis je retrouve la vie petit à petit. J’ai des copines qui me soutiennent, ces mêmes filles que j’ai délaissées 4 ans plus tôt pour donner priorité à mon amour. Pourquoi elles veulent m’aider ? Je les avais abandonnées pourtant. J’oublie ma souffrance pendant une heure, puis deux heures, puis je n’y pense plus le temps d’une soirée. Et puis je fais des rencontres. J’arrive encore à plaire. Et puis petit à petit je reprends un peu de poids. Je reprends plaisir à plaire, à masquer ma souffrance sous un joli maquillage.

Lui reste dans un coin de ma tête et moi je reviens à la vie. Je deviens presque heureuse. Il voit bien que j’ai changé. La joie de vivre me va si bien. J’ai bien rechuté plus d’une fois. Je suis forte. J’ai mes piliers avec moi, mes anges gardien et Dieu. Je crois que j’aime la vie. J’envisage même un futur sans lui. Je deviens incroyable. Je fais des choses que je n’aurais jamais pensé faire, je me surpasse. J’ai cassé la gueule à mes angoisses et j’ai repris le contrôle de mon corps et mon esprit. J’ai eu plusieurs relations depuis.

J’ai envie de me surpasser. Je reprends encore 8 kilos. Je suis à 50 kilos. J’ai repris le sport. Je n’ai jamais été aussi bien dans mon corps depuis ces 5 dernières années. Je me sens belle, bien, je suis souriante. J’ai envie de donner mon amour, donner mon cœur. J’ai plus envie de passer à côté de ma vie. Je suis heureuse, je suis revenue à la vie. J’aime mon nouveau moi. Je suis de nouveau prête à offrir mon cœur.

Si on m’avait prédit celle que je suis devenue je n’y aurais pas cru. C’est plus qu’un message d’Espoir. La vie continue, la vie est belle et a tellement de choses à nous offrir. Le Destin vous réserve parfois des choses malheureuses, mais combien de bonheurs on laisse passer ? Souffrir pour mieux apprécier la vie.

« On a deux vies : la deuxième commence le jour où on réalise qu’on en a juste une. »

Je ne remercierai jamais assez mes anges gardien : Ma Jum’, Mon Chou, Ma Ju’, Mon père, Mon frère, Mes cousines, Ma petite cousine, un rayon de soleil, mon Espoir. Ma religion.

Amor Fati.

Marjorie

J’ai appris à m’écouter

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Elle est arrivée sans vraiment que je m’en rende compte, insidieusement, doucement… Ca a commencé un peu avant que je passe mon bac, des crises, au début ponctuelles, irrégulières et puis je suis rentrée en prépa et elle a était là, avec moi, pendant 6 longues années.

Six longues années à me remplir de nourriture au point d’avoir le sentiment d’exploser, de me faire vomir ensuite et de me laisser vide, complétement vidée physiquement et moralement… Plusieurs années à ne pas pouvoir manger avec d’autres personnes, à refuser les repas, voire à me faire vomir dans les toilettes des restaurants, de la fac, de mes boulots (ça a souvent été mon quotidien)…

La boulimie, ce besoin de se remplir, remplir un vide profond, permanent, qui vous suit jour après jour. Pourquoi? Peut être parce que j’ai vécu mes 9 premières années avec un père alcoolique, qui a ensuite refusé de nous voir, mon frère et moi jusqu’à sa mort, à mes 16 ans. Peut être aussi parce que mon frère jumeau en a fait une dépression de plusieurs années, avec tentatives de suicides… Peut être pour d’autres raisons encore, pour un prof qui m’a draguée au collège et qui a même finit par coucher avec moi alors que j’étais trop jeune… Peut être un peu pour tout, je ne sais pas vraiment, ce que je sais c’est que je suis devenue boulimique et que cela a été des années dures encore.

J’ai été voir plusieurs psy, jamais longtemps, j’avais toujours l’impression de me plaindre alors qu’il y a pire, largement… Et puis j’ai continué à avancer, malgré tout, malgré ça, j’ai rencontré un Homme, mon Homme, qui a accepté, qui savait et qui a fait avec. Et j’ai eu envie d’enfants, mais j’ai eu envie que mes enfants aient une enfance avec une mère qui n’était pas boulimique, j’ai estimé que je n’avais pas le droit de leur faire ça. Ca m’a donné le courage de lutter, d’avancer, de comprendre, de me confronter à mes peurs.

Je suis retournée un peu voir une psy, pour quelques séances. Ca m’a aidée, mais surtout ça m’a aidée parce que je le voulais. Ca a pris plusieurs mois, presque un an avant que je ne sois plus boulimique ! J’ai lutté contre moi même, appris à m’accepter, j’ai aussi arrêter d’être en colère contre mon père, parce que ça ne servait à rien.

Je sais que je n’aurais pas d’explications de pourquoi, que je ne l’entendrais jamais me dire je t’aime. Je sais aussi que mon frère m’a fait souffrir pendant des années, mais parce qu’il souffrait lui même beaucoup. Pendant cette période j’ai coupé les ponts avec lui parce que c’était le seul capable de me faire autant de mal.

Et puis un jour je me suis rendue compte que je n’avais plus besoin de me remplir avec de la nourriture, j’ai accepté de ressentir de la tristesse, de me dire que quand même il y en a aussi qui ont une enfance beaucoup plus sympa, même si d’autres non. Je commence enfin à me faire confiance , à dire non. A me dire que si ce que je fais ne plaît pas à certains et bien tant pis, que l’on ne peut pas être aimé de tous et que courir après l’amour de tous, pour compenser le fait de ne pas avoir été aimée par son père, n’est pas une solution en soi.

J’ai grandi, je suis devenue maman, 2 fois, de 2 magnifiques bébés en bonne santé. J’ai appris à me faire plaisir en mangeant, à me limiter aussi et à craquer parfois pour que cela ne devienne pas une obsession. Bien sûr il y a eu des rechutes, devenir maman lorsqu’on a été boulimique, voir son corps changer, grossir c’est dur.

Pour mes 2 grossesses, j’ai eu à chaque fois une semaine de rechute avec la boulimie, de peurs, d’angoisses et puis je me suis raisonnée, j’étais capable, je le sentais au plus profond de moi. Apprendre à s’écouter, à se faire confiance c’est fondamental. Réaliser aussi qu’être en colère contre des choses qui ont eu lieu et contre lesquelles on ne peut plus rien c’est se faire du mal à soi.

Et se punir, se faire du mal parce que les autres nous ont fait mal, et bien ça ne sert à rien…

Aujourd’hui j’ai 5 kilos à perdre de mes 2 grossesses et je le vis bien, peut être que je les perdrai, peut être pas, même si bien sûr j’espère… En tout cas je remercie mon corps qui oui m’a laissé 5 kilos, mais a porté et mis au monde sans encombre 2 magnifiques bébé en bonne santé ! Que lui demander de plus ? Comment le remercier, lui que j’ai meurtri et malmené pendant 6 longues années et qui m’a fait le plus beau cadeau possible ? Pendant longtemps j’ai cru que je resterais boulimique toute ma vie et que même si j’arrivais à la laisser latente, elle resterait toujours au fond de moi.

Aujourd’hui je sais qu’elle n’est plus là, elle a continué à faire partie de moi, même après l’avoir « vaincue » et puis avec le temps elle a fini par me laisser. Quand je mange maintenant je ne me demande plus si je vais être capable de m’arrêter, je ne me retrouve pas à lutter contre l’envie irrépressible d’aller me faire vomir, je suis enfin apaisée…

Padmé

Aimer ce que la vie nous donne tous les jours

Anorexie

Il y a des maladies comme celle-ci qu’on ne prend pas tout de suite comme une maladie en elle-même, qui vous tombe dessus on ne sait pas trop pourquoi et qui au final vous fait souffrir pendant plusieurs années. Cette satanée anorexie m’est donc « tombée dessus » en pleine période d’adolescence.

Je n’ai pas su l’expliquer et au début je n’ai même pas réussi à mettre de mots dessus. J’étais mal dans mon corps, je perdais du poids à vue d’oeil, ma famille était déstabilisée face à tout cela, et je devenais invivable car au final je vivais ma maladie comme j’en avais plus ou moins envie.
C’est un peu difficile de se dire ça mais le côté psychologique de ce trouble, fait en sorte que vous avez l’impression de tout maitriser et puis en fait vous ne maitrisez rien. Vous êtes juste dans une spirale infernale.

Tout cela a duré pendant 6 années de ma vie. Je n’ai pas réussi à me faire soigner (à part les hospitalisations) car je n’en avais pas l’envie ou du moins pas la force. Je me refermais sur moi-même et je ne voulais surtout pas en parler. Mentir était beaucoup plus facile. Je savais que l’anorexie m’avais apportée une force de caractère impressionnante et j’ai essayé de m’appuyer la dessus.

Petit à petit, le chemin s’est fait dans ma tête et j’ai remonté la pente tout doucement en vivant ou parfois en faisant semblant de vivre la vie à pleine dents.
Et au fur et à mesure, je l’aimais cette vie là et je ne faisais plus semblant du tout. Certes il ne fallait pas trop gratter sous peine de vite voir réapparaitre des séquelles et de retomber dans cette tourmente infernale.

Mais après 5 ans à me battre, je vais avoir une petite fille en mai, me marier en août avec un homme qui a entendu mon histoire et qui est un pilier pour les années à venir. Ma grossesse m’a même permis de véritablement mettre un nom sur tout ce qui s’était passé auparavant et j’ai donc pris l’initiative de faire un suivi avec une psy. Elle me fait un bien fou car je suis enfin prête à parler de tout ça. Je ne me dis pas que j’aurais dû le faire bien avant car je n’étais pas à l’écoute des autres comme je le suis aujourd’hui. Ma vie est donc faite de ces années de souffrance mais aujourd’hui je suis une future maman presque épanouie dans sa grossesse (presque si on prend en compte qu’il ne faut pas que je regarde la balance augmenter toutes les semaines) et je me suis entourée de personnes qui savent être à l’écoute, tout comme je le suis maintenant pour eux aussi.

Je n’ai plus peur de cette maladie mentale et je me battrai contre elle pour le restant de mes jours afin de continuer à aimer ce que la vie nous donne tous les jours.

Lu.

La vie plus forte

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Anorexie.
Mot tellement banalisé aujourd’hui, qu’on résume au caprice de quelques gamines qui se trouvent trop rondes.

C’est pourtant une vraie maladie, dangereuse, parfois mortelle.
Les premiers signes sont apparus chez moi à l’âge de 23 ans. Parce que je voulais un enfant et que l’homme avec qui je vivais n’en voulait pas. Plus il rejetait l’idée, plus je maigrissais. Bien sûr, les causes sont bien plus profondes que ça, mais le déclencheur était là.
Après une perte de poids plus que conséquente, j’ai été prise en charge par les médecins, fait des séjours à l’hôpital. J’ai rencontré des gens bien, d’autres moins. Certains qui s’y connaissaient, d’autres qui ne parlaient que de manque de volonté. J’ai pris des cachets, suivi des thérapies. Tout cela m’a sûrement aidée mais ne m’a pas guérie.
Je me suis donc construit un quotidien à part, qui ne pouvait être que le mien, mais qui me convenait très bien. J’avais des amis, des amants, beaucoup. Mais aucun n’avait le droit de faire partie de ma vie.
J’étais seule par choix.
Jusqu’à Lui.

J’ai essayé de le repousser, de le décourager. Il était trop parfait pour rentrer dans mon Enfer, mais il ne s’est pas laissé faire.
Il a insisté, persévéré et j’ai fini par abdiquer, ou plutôt la maladie a commencé à capituler. Nous avons très vite vécu ensemble. Il m’a montré que la vie pouvait être belle. Puis nous avons voulu un enfant. Bien sûr, la maladie était toujours présente, parfois plus, parfois moins. Bien sûr, mon corps était cassé et avoir un enfant n’a pas été chose facile. Mais par chance, j’ai rencontré le médecin qui a rendu cela possible, cet homme qui restera à jamais dans mon cœur. Et il a si bien fait les choses que ce n’est pas un bébé que nous avons eu, mes deux.

Mes fils ont aujourd’hui 15 mois et, comble du bonheur, mon corps a décidé de reprendre ses fonctions et numéro 3 est déjà en route. Je ne dirai pas que la maladie a totalement disparu, ce serait mentir, j’ai toujours quelques réflexes tenaces. Mais elle est devenue tellement lointaine qu’elle n’a plus d’emprise sur moi. Je reste vigilante mais je n’ai pas peur.

Aujourd’hui, quand je croise des jeunes filles malades dans la rue, je reconnais tout de suite leurs traits si caractéristiques, leurs regards si fiers et si désespérés à la fois. J’aimerais aller les voir et leur dire que la guérison est possible, mais je sais que ça ne sert à rien, elles ne m’entendraient sûrement pas. Pourtant, c’est une réalité, la fin peut être heureuse. Et l’on apprécie d’autant plus ce qu’il y a après. Il y a seulement 5 ans, je n’y aurais pas cru. Aujourd’hui, je peux le dire, le chemin de la guérison est long et difficile, mais il est faisable. Et surtout, il en vaut la peine, tellement plus la peine que cet Enfer, aucune comparaison possible.

Angélique

Un mélange détonnant

Sortir de l'anorexie

Je suis une ancienne sportive, j’ai fait de l’escrime.

A mon entrée en 1ère, j’ai intégré un sport-études en Normandie, dans la « grande ville » de Gisors ! Crème, gâteaux et beurre frais en quantité + course à pieds à une allure effrénée ont rendu mes cuisses et mes mollets un peu grassouillets. J’ai donc commencé à moins manger pour vite effacer ces capitons incrustés. En septembre, mon papa se fait retirer deux petites boules sur la tempe. Un peu d’attente et le verdict est tombé. Six lettres à tout jamais gravées : C A N C E R.

Mon petit régime si bien commencé se transforme vite en démon obsessionnel. Ce petit salaud ne va plus me quitter.
Il n’y a pas eu de fin heureuse comme dans les films américains qui se passent au lycée. L’histoire du Papa malade s’est achevée, un jour ensoleillé de février autour d’un trou qui s’est refermé devant mes yeux d’ado effrayée. J’ai pleuré beaucoup, tout le temps, partout. J’ai prié à voix haute qu’à mon réveil le lendemain, tout soit comme avant. Et ça n’a jamais été le cas. Alors, j’ai composé. Le deuil + la maladie, le tout bien secoué était un cocktail détonnant. Heureusement, ma maman a toujours été là. Elle a su regarder, mais surtout, elle a su voir, entre ses larmes de jeune veuve de 42 ans et toute une situation administrative à gérer.

Je suis rentrée à l’hôpital, l’année de mon bac. Pour 5 mois. J’ai pris des médicaments. Je ne veux pas le cacher. Avec l’anorexie j’ai appris toute l’envergure de cette maladie. Une MALADIE, c’était ça le mot qui m’a guéri. Comme dans toutes les maladies, la seule volonté ne suffit pas. Il m’est rarement arrivé de dire à mes enfants qui souffraient d’une otite « mets y de la volonté, ça va te soigner ». Bien sûr, le mental y est pour beaucoup, bien sûr, j’avais besoin d’un traitement. J’en ai donc eu un. Beaucoup d’effets secondaires. Beaucoup de bienfaits aussi notamment grâce à l’accompagnement par psychothérapie.

Et puis, je suis sortie, 2 jours pour passer mon bac. Un énorme enjeu. Une énorme angoisse. Pour voir les résultats, ma mère a tenu à ce que nous fassions les centaines de kilomètres qui nous séparaient de mon lycée. Nous y sommes allées. Mon nom était affiché. On s’est regardées, on a pleuré, on a sauté comme des furies dans les séries et on est reparties. La mort de mon père aidant, souhaitant peut-être à sa fille un éloignement, ma mère a accepté que je poursuive mes études auprès de mon amoureux à Lyon alors que nous vivions alors à Paris. Nous logions dans des appartements séparés. Tout de même, à 17 ans, il ne faut pas abuser ! J’ai dû réapprendre à manger et commencer enfin à vivre sans lui. J’ai travaillé d’arrache-pied pour réussir mes études en même temps que je bossais de nombreuses heures pour un journal local. Mon esprit occupé s’est cultivé. Le contrôle sur mon corps s’est limité. De nombreux amis, qui n’avaient pas connu le point culminant de ma maladie m’ont aidé en portant sur moi un regard qui n’était pas influencé par mon passé.

Je pense aujourd’hui qu’il a été vital pour moi de m’éloigner. Des années ont passé, avec des hauts, des bas. J’ai échangé sur de forums, j’ai continué les séances psy. En parler m’a beaucoup aidé. Mettre des mots sur mes sentiments, se livrer ouvertement et voir que les autres aussi savaient. Ils savaient ce que c’était que d’être mal à en crever. A partir d’un moment, j’en ai eu assez d’en vouloir à la vie. Mon frère m’a dit une fois « tu n’as pas le choix ». Ça m’a beaucoup aidé.

J’ai pris les paramètres en considération : certaines choses ne dépendent pas de moi. Pour tout le reste, je me suis imposée une exigence de fer. Dans mes amours, dans l’amitié, dans le travail. Je me suis mise à parler. A dire quand ça n’allait pas. A faire remarquer quand ça allait. J’ai quitté mon bien-aimé. Je me suis pas mal éclatée et à 21 ans, j’ai rencontré un chevalier. Le lendemain qu’il m’ait embrassé, il a demandé ma main à ma mère. En octobre prochain, ça fera 10 ans qu’on est marié. Plus jeune, j’étais certaine que j’épouserais un homme que j’aimerais mais je ne savai pas que j’aurais la chance que ce soit à ce point. J’ai découvert que la vie pouvait aussi être douce et me faire croiser le plus beau des chemins. Il mangeait trop, moi pas assez. Nous avons trouvé un équilibre. Ce n’est pas celui de mon voisin, mais pour moi, c’est bien. 4 enfants sont nés. L’ado brisée a laissé place à une femme, à une mère. Ça fera 14 ans en février que mon père est décédé. 14 ans que j’ai souffert d’anorexie. Il n’y a pas longtemps, je me suis assise avec ma mère à un café. On s’est allumé une clope, j’ai pris un café allongé, elle a pris son thé. On s’est parlé. On a fait le bilan.

On ne pensait pas qu’un jour on y arriverait. Qu’on pourrait rire sans faire semblant. Pourtant, c’est ce qu’on a fait.

Le temps. C’est un vrai secret. Ça marche vraiment. Le plus dur a été d’apprendre à vivre avec des événements qui ne dépendaient pas de moi. Moi, qui aime tant maîtriser. Mais, de tout ça j’ai essayé d’en tirer le meilleur parti. D’abord, j’ai appris que de s’assoir et chialer, j’avais le droit de le faire si cela me semblait nécessaire. Ensuite, j’ai développé ma volonté. Ça me fait un bien fou de me sentir actrice de ma vie. J’ai aujourd’hui beaucoup plus de hauts que de bas. Rien n’est effacé. Mais il y a plein de beaux dessins collés sur les plaies. Je ne fais pas que survivre, je vis. Je suis hyper-sensible, j’ai beaucoup trop tendance à me projeter, je pleure devant la Petite maison dans la prairie tellement chaque sentiment grossièrement exprimé pioche dans mon passé. J’ai aussi découvert de vrais amis, ceux que tu peux contacter à minuit. J’ai une mère formidable qui m’a offert la définition du courage. J’ai des enfants bruyants qui sourient à la vie. J’ai un conjoint aimant. Toutes ces choses, inimaginables il y a 14 ans me sont bien arrivés. On a réussi, on est en vie. C’est avec le sourire, que j’ai envie de voir ce qui se passera après.

Les jours où je ne suis pas capable de m’en rappeler, j’appelle mes armes secrètes, mes deux meilleures amies. Elles savent toujours me plaindre un peu avant de me dire « c’est reparti ». Cette histoire, mon histoire m’a menée où je suis aujourd’hui.

Je suis devenue entière alors qu’avant j’étais cassée.

Claire