Il est mon petit trèfle

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C’était il y a plus d’un an, toute jeune maman d’un adorable garçon, et fraîchement séparée du père pour de sales histoires. On me reconnait un courage et une volonté de fer.

Bien que « trop jeune » pour être mère selon certains, j’ai su leur prouver que j’ai hautement réussi mes projets.
Mais malgré mon envie d’aller de l’avant, le père de mon fils, devenu fou à l’idée que j’ai pu le quitter, à décidé de me faire vivre un enfer. Harcèlement au travail, errant devant chez moi, sonnant et frappant durant des heures sans faillir, juste pour être un moment en ma compagnie et voulant à tout prix me faire changer d’avis « pour l’amour de notre fils ».

Mais un après-midi, tout à changé, tout en lui s’est dévoilé. Son envie de moi, mon moi-même et mon corps ont été plus fort que lui. D’un coup de poing, devant notre enfant il a voulu se servir de moi, pour être l’espace d’un instant encore sienne. De longues minutes, où sous la menace d’un couteau sous ma gorge, j’ai dû me laisser faire. Malgré plusieurs tentatives pour lui échapper, ses mains, serrant mon cou, presqu’au point de m’en faire perdre connaissance.

Les minutes les plus dégradantes de ma vie. J’étais souillée, sale. Puis, encore sous le choc, il part, avec mon petit garçon en me disant que c’était son tour de garde et que si je tentais quoi que ce soit je ne le reverrais plus jamais. Ma meilleure amie plus qu’inquiéte d’être sans nouvelles de moi, arriva à mon domicile quelques minutes après qu’il soit parti. Puis tout s’est enchaîné. Gendarmes, hôpital, avocat, confrontation.

Aujourd’hui, j’ai du travail, mon permis, ma voiture, et bien entendu mon Amour de petit garçon. C’est grâce à lui que j’ai remonté la pente. Mes proches s’étonnent de mon self-control, car depuis cette fameuse après-midi, je n’ai laissé échapper aucune larmes, aucun sentiments. Comme si rien ne s’était passé. Un self-control hors norme apparement. Mais encore une fois, si je n’avais pas eu mon fils, mes idées noires intimes auraient prises le dessus. Et je ne serais certainement pas là aujourd’hui. Il est mon « ange-gardien », mon petit trèfle. Grâce à lui, mes amis et ma famille, je suis épanouie.

Mais, la bataille est encore loin d’être terminée, et je sais qu’il y aura toujours une justice, même si celle-ci n’a toujours pas été rendue.

Justine

Je me suis réapproprié mon corps

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J’ai 19 ans, je sors d’une relation compliquée, je suis un peu perdue.

Heureusement mon meilleur ami est là pour me soutenir. Il est comme un frère pour moi, il m’emmene décompresser chez nos amis une semaine (et je mens à mes parents pour y aller). Seulement lui, il veut plus, davantage, je ne le sais pas. Et il profitera de mon sommeil pour avoir ce qu’il n’a pas eu en baladant ses mains.

Au départ, j’ai eu une grosse phase de déni. Non c’est faux, je reprenais ma vie telle quelle, mon BTS, les sorties, le théâtre… il ne s’est rien passé. Mais nos amis en commun m’ont fuie, je me suis retrouvée seule.
Puis les crises de panique que j’avais dès qu’on me touchait, passer des heures sous la douche à se frotter, se laver,  m’ont rappelé que non, je devais y faire face, je ne pouvais pas oublier.
Puis il y a eu la colère, je voulais le faire payer, le faire souffrir.

En fait, je m’en voulais à moi. Je m’en voulais de ne pas avoir réagi, d’avoir laissé faire pendant une semaine, en pensant que je délirais. Je m’en voulais d’avoir menti à mes parents, d’avoir provoqué ça, car c’était ma faute obligatoirement, c’était à cause de mon corps.
Puis petit à petit, j’ai accepté. Oui ça c’est passé. Oui je suis là, je surmonte, il y a des hauts, des bas, mais je suis là.

Il n’avait pas le droit, c’est lui le fautif.

Je me suis fait tatouer, pour me réapproprier mon corps, il est à moi, c’est moi qui dois décider ce que j’en fais et non les autres. C’est ce qui m’a permis de passer un cap. Un gros cap. J’ai eu l’impression de le marquer, de me l’approprier enfin.
J’ai rencontré mon mari qui m’a aidée, m’a soutenue et m’a remuée aussi.

Aujourd’hui je suis à la veille de mes 30 ans. Je n’ai pas oublié, mais j’ai réussi à surmonter tout ça. Je me suis fait aider, et parfois je redoute de le croiser dans la rue. Mais je suis fière de continuer à avancer. J’ai un enfant, et en veux des tas, je continue à vivre, à aimer, à rire et à être celle que je suis vraiment.

Je m’assume, j’assume mon corps, celui que je détestais tant.

Oui il y a eu un avant et un après, j’ai changé. Mais j’ai une force en plus, avoir survécu à ça, et j’en suis fière. Alors oui il faut en parler, non il ne faut pas avoir honte, et surtout continuer à vivre, c’est le plus cadeau qu’on puisse se faire.

Juliette

Mon fils, je suis si fière de toi

Inceste

– Et puis tu sais maman, aussi, il me touche !

C’était hier, c’était il y a 5 ans, mais cette phrase continue à résonner dans ma tête.
C’était un mercredi midi, je faisais la vaisselle et mon fils de neuf ans venait de m’apprendre que son père, dont j’étais séparée depuis trois ans, le maltraitait pendant les week-ends… et aussi, le « touchait ».
Je tremblais trop pour tenir sur mes jambes, je me suis assise par terre. Et ma vie s’est dispersée sur le sol en mille morceaux, comme un pare-brise accidenté.

Je ne vous raconterai pas les doutes, les miens, et ceux des autorités judiciaires, ceux de mes amis, je ne vous raconterai pas non plus les interrogatoires, pas filmés, puis filmés, puis refilmés parce que la caméra n’avait pas marché jusqu’au bout, les pédo-psychiatres, les médecins légistes qui l’ont fait mettre à quatre pattes pour examiner ce qu’il faut, je ne vous parlerai pas des cauchemars, de la peur, des amis qui s’éloignent, comme si mon bonhomme si courageux était soudain atteint d’une maladie contagieuse, de mes doutes sur ma capacité à être une bonne mère, moi qui n’avais rien vu, qui pressentais la violence, peut-être, mais CA ? Non, JAMAIS je n’ai pu seulement l’imaginer.
Jamais.
C’était le père de mon enfant. C’était inimaginable, voilà tout.
Je ne vous parlerai pas de la haine, vous pouvez si facilement la deviner. Et puis… à quoi bon ? Rend-elle la vie plus jolie ? Fait-elle du bien ? Même pas sûr.
La colère, oui, elle nous a donné de la force, elle m’a boostée comme jamais, mais la haine est si vaine. (Aussi vaine qu’une pauvre rime toute pourrie ! 😉

En revanche, je vous parlerai de sa nouvelle école, qui l’a accueilli à bras ouverts, en l’aidant à reprendre confiance, en lui faisant confiance, ou bien de son pédo-psychiatre qui lui a expliqué qu’ils allaient tous les deux faire appel à une machine à réparer le temps, je vous parlerai de son doudou retrouvé au fin fond du grenier, du pouce qui est revenu se planter dans sa bouche chaque soir pour tout recommencer depuis « avant », de ce courage qui ne l’a plus quitté, qui ne nous a plus quittés, de son grand frère né d’un autre papa qui le protège de tout son amour, de ces amis-là qui ne nous ont pas lâchés, de cette avocate commise d’office qui a attendu quatre ans (4 ans !) avant de le croire, mais qui, ce jour-là, en le voyant si courageux face à son ordure de père lors d’une ultime confrontation dans le bureau du juge, lui a pris la main et l’a serrée très fort.

Oui, ces moments-là valent de l’or, parce que oui, aujourd’hui, je sais que ce petit homme devenu adolescent n’est plus seul pour se faire entendre. Il a autour de lui sa famille, qui n’a jamais douté, son avocate, quelques amis qui partagent son secret, et puis cinq années de vie, cinq années remplies vaille que vaille de tout ce qu’on n’aurait pas eu le courage de faire sans CA. Venir s’installer à Paris puis partir vivre un an à l’étranger, adopter un chat trouvé dans un fossé ou passer Noël avec des SDF, ensemble, tous ensemble, soudés comme une famille n’a jamais été soudée, une minuscule famille, amputée, malmenée, mais une famille quand même, qui rayonne aujourd’hui de joie au soleil !
On voulait retrouver le goût du bonheur ? En vérité, il ne nous a jamais quitté, un peu caché par ces orages, mais tendre et puissant, vivifiant comme cette aube qui nous accompagne chaque matin à Panama !

Aujourd’hui, nous allons respirer à fond avant la dernière étape de ce chemin si difficile. Le 24 mars, il y aura un procès en France. LE procès.
Nous serons là. Tous ensemble.
Bien sûr, je prie très fort pour que mon fils ait le courage d’affronter une dernière fois la justice, seul, debout devant tout le monde, pour répéter tout ce qu’il s’acharne à oublier. Il va devoir redire les gestes et les horreurs. Ces mots-là lui appartiennent et une nouvelle fois, je ne pourrai que le regarder s’élancer seul, sans pouvoir lui tenir la main.

Ce jour-là, pour la saint Gabriel, nous allons tourner, enfin, la page du malheur.
Je sais qu’il va y arriver. Qu’il va se sentir très fort. Un putain de guerrier de la vérité. Et quelqu’un de bien, tout simplement.

Mon fils, je suis si fière de toi. Ce malheur t’a construit une vie plus grande. Tu n’auras plus jamais peur, parce que tu te sais capable d’affronter tant de choses.
Tant de choses, mon amour chéri… Même CA.

Corazon

Cette petite voix intérieure

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J’avais 16 ans lorsque j’ai été violée.

« Viol », j’ai encore du mal avec ce mot même 15 ans après. L’instant a été difficile mais les jours, les mois suivants l’ont été tout autant. Porter plainte, ne pas être crue, avoir mauvaise réputation… Souvent j’ai voulu mourir, je me suis mutilée parce que la souffrance physique me faisait oublier la souffrance morale. Je me suis mise à boire, fumer du cannabis…

Et puis j’ai rencontré l’homme qui allait devenir mon mari, patient, doux, quand je ne supportais plus qu’on me touche. Avec lui, j’ai réappris à vivre, à apprécier la vie, à envisager l’avenir.

Il m’a sauvé la vie. Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort, j’en ai fait ma devise, parce que ce que j’ai vécu fait partie de moi et je pense effectivement en être sortie plus forte. Je ne serai pas celle que je suis aujourd’hui si je n’avais pas vécu ça.

Bien sûr, je ne le souhaite à personne et j’ai quand même eu énormément de chance, ça aurait pu être bien pire. Il m’aura fallu de longues années pour arriver à être en paix, même si je ne pardonne pas, parce qu’on ne peut pas pardonner un tel acte, mais on apprend à vivre avec, à en faire une force. Pendant des mois, des années, j’ai revécu cette fameuse nuit tous les jours, par bribes, parce que ma conscience a effacé pas mal de choses. Il m’est impossible de me représenter tout le scénario, il me manque des bouts de cette histoire.

J’ai fait des cauchemars pendant longtemps aussi. C’est difficile, il faut du temps, mais on se remet. Et on apprécie ensuite, bien plus tard certes, la vie. On connaît sa vraie valeur, on ne se prend plus la tête pour des broutilles. Ce que j’ai appris également, c’est qu’il faut parfois écouter sa petite voix intérieure, j’ai eu le pressentiment cette nuit là qu’il ne fallait pas que je suive cet homme. Mais je me suis raisonnée et j’ai refusé d’écouter cette petite voix en moi. J’en ai fait les frais.

Il faut avoir foi en son intuition. Je m’en suis sortie seule, enfin par seule j’entends sans aide psychologique, et sans la justice. Mais je suis bien vivante aujourd’hui, optimiste dans la vie, sans doute plus prudente aussi, mais j’aime la vie, j’aime ma vie et pour rien au monde, je ne voudrais en changer. Je suis mariée à cet homme extraordinaire qui a su m’écouter, m’attendre, et je suis également une maman comblée. Je suis heureuse. Alors surtout, ne baissez pas les bras, accrochez-vous, on a du mal à le croire quand on est en plein dedans, mais le temps guérit (ou en tout cas atténue) les blessures.

La vie vaut la peine d’être vécue et nous réserve d’heureuses surprises.

Marilyn

Ce qui ne nous tue pas nous rend forts

Viol

J’avais 13 ans à l’époque quand ma vie a fini par basculer.

Parents divorcés, père mal remarié avec une femme qui nous maltraitait, c’était le lot de mes journées. Seuls les parents de cette femme nous traitaient avec égard, amour et tendresse. Jusqu’à ce que cette grand mère de cœur décède subitement à 60 ans à cause d’une vilaine grippe. Deuil familial… on avance doucement.

Et là : catastrophe ! mon grand père de cœur perd la tête et abuse de moi sexuellement a plusieurs reprises. Le secret éclate quelques mois plus tard.
Les parents continuent de m’envoyer chez lui… en sachant.
Personne ne sera puni. Le monstre s’est pendu la veille du procès !!

A 17ans je suis devenue maman. Par choix. Ne pouvant plus « compter » sur ma famille, j’avais le besoin vital de me créer la mienne. Une famille faite d’amour, de confiance, de partage, et d’interdits !

Aujourd’hui, cela fait 20 ans, et ma famille s’est bien agrandie. J’ai les 4 plus belles merveilles de mon monde. De vrai rayons de soleil au quotidien, qui m’aident à avancer, me font sourire.
Et surtout j’ai un formidable époux, ma moitié, qui m’aime pour ce que je suis, avec mon lourd passé, qui arrive à faire rougir de plaisir mon corps que je pensais souillé, abimé. La honte, la culpabilité, puis la colère, tous ces sentiments se sont succédés pendant toutes ces années.

Je suis sans doutes surprotectrice avec mes enfants, et je mords dès que je sens une menace peser sur ma famille. Mais je me sens apaisée, en confiance et il faut le dire, HEUREUSE et FIERE de ce que j’ai construit avec mes débris de vie d’ados. Bien sûr j’ai encore parfois, aux dates anniversaire déplaisantes, des cauchemars récurrents qui s’immiscent dans mes nuits. Alors je me réveille, me blottis dans les bras rassurants de mon bien aimé et me dis que tout ça n’est plus. Je suis apaisée et me dis que si toute cette horreur n’avait pas eu lieu, je n’en serais peut être pas là aujourd’hui, à mordre la vie à pleine dent entourée de mes enfants.

Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort…

Lutine