En faire le meilleur

Surmonter l'inceste

Le 12 juillet 2012, à 12.45 mon père a abusé sexuellement de ma fille. Faits qualifiés de viol.
Je n’étais pas là et je n’ai pas pu protéger ma fille. C’est normal, je bosse et elle avait 17 ans. Quant à mes parents ils avaient la clé de la maison et entraient et sortaient librement, très souvent pour rendre service.

Ma vie a basculé. Elle s’est même arrêtée.
Pendant très exactement 30 minutes.
Le temps de comprendre. Et très vite est venu le temps d’agir. Le jour même et tous les suivants.

Rien ne sera plus pareil. Rien. Et jamais.
Ma famille ayant decidé de défendre le pater familias (en prison ).

Mon vrai message d’espoir est pour vous celui que m’a donné ma fille- ce mec est une pourriture, mais la vie est belle. Celle que je vis avec toi et mes frères, maman, est magnifique (sic) Depuis, j’ai tout fait pour rendre cette vie encore plus magique. Chaque jour. Je n’ai pas cherché à sur-protéger, je n’ai pas voulu enfermer mes enfants dans un cocon.

Il y a deux morales à cette histoire, la première est fondamentale, c’est parce que j’ai tant investi dans l’écoute de mes enfants, que ma fille m’ a tout raconté et tout de suite et dans les détails les plus sordides. La seconde, c’est que l’avenir et le présent nous appartiennent.
Et que nous pouvons par notre propre volonté, en faire le meilleur.

K.

Les rencontres

Se remettre d'un viol

C’était il y a 9 ans déjà, j’étais au collège, j’avais quatorze ans. A cet âge là, faut dire ce qui est on est bête, en tout cas moi je l’étais. Je venais d’avoir pour Noël un nouveau forfait téléphone, avec tchat orange en illimité. J’étais contente et je passais mon temps dessus. Sauf que je faisais croire que j’étais majeure, que j’étais grande, que j’étais belle et blonde bref un beau tissu de mensonges…

Et puis un jour, il est venu me parler. Il avait presque 30 ans, il était gentil et attentionné et tenait à me rencontrer. Quand je lui ai dit la vérité sur mon âge, mon physique, tout, il n’a rien dit. Il m’aimait et voulait vraiment que l’on se rencontre.

Dans ma tête, l’histoire commençait bien. S’il ne tenais pas compte de mes mensonges, c’est que forcément c’était quelqu’un de bien. En plus il avait une fille, il voulait que je la rencontre, qu’on fasse notre vie ensemble. Et moi j’y croyais. Il est venu me chercher en voiture, je ne voulais pas monter, j’avais quand même un peu peur. Il me dit, mais si comme ça on reste pas ici, on sera que tous les deux. Et je monte.

L’histoire continue sur un parking bondé, avec moi en pleurs dans la voiture incapable de réagir et des gens qui voient mais ne disent rien. Puis cette phrase qui aujourd’hui parfois résonne encore dans ma tête :  » Tu as de la chance qu’il y ai du monde sinon je te violais ». Quand il en a eu assez, il m’a ramené chez moi.

J’étais mal, je ne voulais pas en parler, c’était ma faute, quelle conne aussi de faire des trucs comme ça. Pendant des mois, il m’appelait tous les jours. Pour me revoir, pour me dire qu’il m’aimait et qu’il était sûr, au fond de lui que ça m’avait plu. J’avais peur dès que mon téléphone sonnait; je pleurais beaucoup mais je refusais d’en parler. Jusqu’au jour où en rentrant du collège, je l’ai vu. Il était là, devant chez mes parents et il attendait.

Pas le choix, je fais demi-tour, je vais chercher quelques amis et là pour la première fois j’explique, je parle. Je pleure beaucoup, je tremble de peur. Mais mes amis, ces gens géniaux, me disent, on viens avec toi, on s’en fous on appelle les flics. Lorsqu’il nous a vu arriver tous ensemble, il est parti. Tous les jours pendant quelques mois, ces mêmes amis m’ont raccompagné chez moi.

J’ai perdu toute confiance en moi, enchaîné les histoires un peu craignos parce que je ne voyais en moi plus que ça : un jouet pour les hommes qui voudraient de moi. Jamais la force de dire non, de m’opposer, toujours trop peur. Quand j’en parlais, beaucoup de gens me disait « écoute, ton histoire elle est trop triste, je ne veux pas discuter de ça ». Tant pis, j’ai fait le tri dans ma vie, dans mes fréquentations amicales.

J’ai appris doucement à vivre avec ça, même sans confiance en moi, même en continuant à faire des conneries. Mais ça n’allait pas. Au bout de deux ans, j’en ai parlé à mes parents. Papa, maman, voilà il m’est arrivé ça. Et la libération a pu commencé. Ils m’ont emmené voir une psy, mais je pense que au final, ce qui m’a vraiment aidé c’est de pouvoir leur dire à eux. Leur dire que j’étais désolée d’avoir fait ça, désolée de les décevoir. Et que eux, puissent me dire malgré leur chagrin : « Ne sois pas désolée, ce n’est pas de ta faute ». Cette phrase, qui rebascule tout. Cette phrase qui te fait te rendre compte que oui, tu es une victime.

Ensuite, j’ai rencontré un garçon génial, j’ai quitté mon copain de l’époque qui ne m’aidais pas à sortir de tout ça bien au contraire. J’ai changé de numéro de téléphone, j’ai arrêté de sursauté à chaque appel masqué. Ce garçon génial, a pris son temps avec moi, on a un peu grandi ensemble. On pouvait parler de tout, et même si ma relation avec mon corps restait difficile, il m’aimait pour de vrai. Il m’a tellement soutenue, accompagnée, écoutée, comprise… D’ailleurs l’année prochaine on va se marier.

Et puis les amis. Ceux qui avait été formidables le sont resté. Toujours là, toujours  à l’écoute. J’ai aussi rencontré mon confident, mon meilleur ami, celui pour qui je n’ai aucun secret, jamais. Lui qui a su me dire  » Ton passé est ce qu’il est. Certes, c’est moche. Mais ça n’empêche pas que ton futur soit beau. Si tu continue à tout voir en compliqué, c’est normal que ça le soit. Mais tu sais la vie, ça peut aussi être simple ». Et jour après jour il m’a prouvé que la vie pouvait être facile, que j’avais le droit de sourire, de rire et d’être heureuse.

On dit souvent qu’avec le temps tout passe. La blessure ne se ferme jamais, mais on apprend à se reconnaitre avec notre cicatrice, à vivre avec cette blessure. Il ne faut pas avoir honte de soi, de ce que l’on est, de notre passé. Il ne faut pas culpabiliser. Il ne faut pas avoir peur de s’ouvrir aux autres. Parce que ce sont ces rencontres, tellement belles et merveilleuses qui font qu’un matin on arrive à se lever avec le sourire, et en ne sachant presque plus pourquoi, avant on se réveillait en pleurant.

Manon

Je ne survis plus, je vis

Surmonter un viol

Il y a un peu moins de deux ans de cela, je travaillais chez une personne âgée dans une petite ville à côté de la mienne, non desservie par les transports en commun. C’était l’hiver, il avait beaucoup neigé, le soleil se couchait plus tôt. Ce gentil monsieur chez qui je travaillais avait beaucoup moins de visites en hiver à cause de l’éloignement. C’était pour cela que je suis restée une heure de plus ce soir là. Au moment de rentrer chez moi, il faisait déjà nuit. Ce monsieur m’a alors gentiment proposé de rester dormir chez lui et de ne repartir que le lendemain matin. Il m’a même proposé de me payer si c’était ça qui me chiffonnait. J’ai poliment refusé, non pas parce que mon travail était fini, mais parce que ça me gênait de profiter de sa gentillesse. Ce jour là, je crois que j’ai fait la plus grosse bêtise de ma vie. Sur le chemin (6 km au total) il n’a fallu qu’un regard, qu’une demi seconde pour faire basculer ma vie. Moi qui d’habitude marchais la tête baissée par peur des autres, j’ai osé cette fois là la relever et croiser le regard de cette bande de jeunes. J’étais comme on dit, au mauvais moment au mauvais endroit.

Mauvaise rencontre.

Mauvais jour.

Et voilà qu’une heure après je me retrouvais souillée, dépossédée du peu de confiance, du peu d’estime que j’avais de moi. Je suis rentrée ce soir là chez moi, avec deux heures de retard. Pour rassurer mes parents inquiets, je leur ai juste dit que j’étais restée aider ce monsieur un peu plus longtemps. Je n’ai rien dit à mes parents, car je savais que mon papa n’avait pas la santé, et ma maman pas le moral. Je ne voulais pas déranger. J’ai toujours été une sorte de soutien dans ma famille. Pour ne pas déranger, pour ne pas blesser et tout voir s’écrouler je n’ai jamais rien dit. A personne. Jusqu’au jour où je n’ai plus eu le choix. Six mois plus tard de violentes douleurs aux poumons m’ont menée à l’hôpital. Dans ma tête les pires horreurs sont passées, de la perforation au cancer, en passant par la crise d’asthme. Pour les médecins ce n’était finalement pas quelque chose de grave, au contraire ils m’ont annoncé le diagnostic avec un grand sourire.

Ce qui était une annonce heureuse pour eux virait au drame pour moi: j’étais enceinte. Cela a tout dévasté dans ma vie. Mes parents ainsi que mes amis m’en ont voulu de n’avoir rien dit. Personne ne voulait comprendre que j’essayais de les protèger. Je n’en voulais pas de cet enfant, je l’ai haï de toutes mes forces, la nuit je rêvais que je le tuais, je refusais de lui acheter le moindre vêtement. J’en ai pleuré pendant des jours, je voulais l’abandonner, je voulais avorter, je voulais en finir.

Les mois on passés, le bébé bougeait et moi je lui parlais. Je lui donnais l’horrible surnom de résidu. D’alien. Je lui disais que de toutes façons il ne ferait pas long feu. Mais ma vie bascula dans l’autre sens le jour de l’accouchement. La sage femme au courant de mon histoire, m’a demandé si je voulais le prendre dans mes bras. J’ai longuement hésité avant d’accepter. A ce moment précis j’aurais voulu mourir. Mourir pour me punir. Comment avais-je pu être aussi ignoble avec ce petit être? Oui il avait la moitié des gênes de mon violeur, mais il avait aussi une moitié de moi. C’était MON fils. Je m’en suis voulu et je travaille encore dessus pour ne plus m’en vouloir aujourd’hui. Par peur de déranger j’ai failli foutre en l’air la vie d’un innocent qui n’avait rien demandé à personne. Tout comme on avait foutu en l’air ma vie d’innocente. Aujourd’hui je vis avec mon fils, toujours chez mes parents.

Mais oui je vis, je ne survis plus.

Je vais beaucoup mieux depuis sa naissance, il me donne force et courage tout comme mes parents. Si je peux donner conseil à des gens qui ont vécu quelque chose de similaire ce serait tout d’abord de ne pas avoir peur de déranger. Oser déranger les gens ça peut vous sauver la vie ou du moins éviter de se retrouver dans une situation qui nous dépasse. Si les gens que vous « dérangez » vous tournent le dos ou refusent de vous aider c’est qu’ils n’ont rien à faire dans votre vie. Une famille, des amis, sont là pour nous soutenir, nous aider. Peu importe le moment et l’endroit. Ensuite laisser aussi le temps à votre entourage d’assimiler la chose. Ce n’est pas facile pour nous, mais ce ne l’est pas non plus pour eux. Ils doivent faire face à ce qui vous arrive en plus de leur culpabilité. Et pour finir, n’en voulez pas au petit être qui vous habite pendant 9 -terribles- longs mois. Tout comme vous il n’a rien demandé à personne. Je sais que c’est facile à dire, mais vous verrez, même s’il a des ressemblances avec celui qui vous a fait du mal, il a quand même une partie de vous en lui. Et c’est ce qu’il faut voir. Aimez le, élevez le dans l’optique de lui inculquer les valeurs de l’amour et non celles de la haine. Et surtout osez déranger. Que ça soit la famille, les amis, des collègues ou un psy, ne vous renfermez pas sur vous.

E.

C’est devenu ma force

Surmonter une agression

Je ne sais pas par où commencer.
C’est, la première fois, j’y ai réfléchi, sans vraiment le faire. Je n’aime pas, parler de ça, de moi.

Il y a 9 ans et 3 mois. J’étais jeune ( je le suis encore lol ), naïve, mais j’aimais la vie.
Et puis ça vous tombe dessus.
3 garçons, et moi au milieu.
Il n’ont pas eu le temps de faire tout ce qu’il voulait faire. Et encore heureux. J’étais au plus bas, avec la honte, me croyant fautive. Qu’est ce que vous voulez, à 14 ans. On est au plus bas. La seule chose que l’on voudrait, c’est disparaitre.

Et puis il y a la famille, qui est là pour vous. J’ai essayé de grandir comme si de rien n’était, mais vous ne pouvez pas. J’étais au plus bas.
Ma passion et l’amour de ma famille, m’ont sortie de là. Vous voyez les membres de votre famille essayer de vous rentre heureuse. De vous rendre forte.
On s’accroche à la vie, aux petits sourires, aux petites espérances, aux petits bonheurs.
On s’accroche à sa famille. A sa rencontre avec la personne, qui devient bientôt votre mari.
On s’accroche à toutes ces petites choses, on réapprend à faire confiance.

Et puis on sourit, on se forge un caractère. On discute de tout et de rien. De ça, et de la vie. Et puis même si ça peut choquer. On en fait sa force. Ca devient ta force. Rien ne peut nous arrêter, parce qu’on à déjà vécu des choses qui nous détruisent. On sait qu’on a la force de se battre, grâce aux petites choses qui font la vie.
Des choses peut être futiles, mais tellement grandes pour nous sortir de ces coups dur.

Ophélie