Le verre à moitié plein

Se battre contre un cancer

2003, je donne naissance à mes jumeaux, eux que nous avons attendons pendant sept longues années.
Nous sommes heureux, fiers, affairés.
Une fossette apparait sous le sein et me fait sourire pensant que c’est le résultat d’un allaitement de 6 mois des jumeaux.

La fossette se creuse, je finis par m’inquiéter, je consulte : tumeur au sein.
Le monde s’effondre.
Je vais vraiment mourir bientôt ? Cette réalité si bête devient trop réaliste.

Ma première angoisse : qui va s’occuper de mes petits quand je ne serai plus là ?
Et puis les traitements commencent, chimio, chirurgie, e-chimio, radiothérapie. Je travaille les 3 premiers mois puis je m’effondre.
Le médecin m’arrête et m’accuse de nier ma maladie.
Je me réveille.

J’ai deux options, me laisser aller, pleurer, déprimer ou vivre, me battre.
Je choisis de me battre.

J’achète un vélo et je fais tous mes trajets avec ce nouvel ami, synonyme de ma combativité. J’épuise les amies qui veulent m’accompagner, la sœur qui veut me suivre dans mes sorties, je m’invente des objectifs toujours plus loin, j’explore.

Les médecins, l’hôpital, je leur laisse s’occuper de mon corps, je le leur confie. Moi je m’occupe de mon âme.
Je refuse de connaitre la liste interminable des effets secondaires et j’accepte de vivre l’instant présent. Je ne me force plus à me projeter car je sais que je n’y arrive plus. Ce sera pour plus tard.
Un sein en moins ? Super, je gagne une superbe poitrine (bon là j’exagère un peu…).

Mes petits, je les protège comme je peux car ce sont eux qui risquent de garder des séquelles de tout ça. Je deviens une maman un peu trop cool et eux sont des amours calins.
Je n’écoute plus les nouvelles, trop pleines de mauvaises nouvelles ou de source d’inquiétude. J’élimine le négatif.

J’ai fait le choix d’être positive, de voir le verre à moitié plein et non à moitié vide.

2014, je ne dis pas que je n’y pense plus mais je suis en paix.
Je suis heureuse, j’ai découvert en mon mari un être extraordinaire, solide, aimant. J’ai de la chance. Je vais bien. Nous allons bien.
L’avenir nous appartient à nouveau et nous comptons profiter de chaque minute de ce futur retrouvé.

Laure

Je suis devenue moi en beaucoup mieux

Vaincre le cancer

En juin 2013, alors que j’ai 26 ans on m’a diagnostiqué un cancer, la maladie de Hodgkins.

Moi qui n’étais jamais malade j’ai eu un choc, je me sentais fatiguée par moment mais je mettais ça sur le coup des enfants et du travail. Et puis là le verdict tombe, il n’y a plus d’excuse on est face à soi même.

Le plus dur dans tout ça c’est l’inconnu ; on sait ce qu’on va avoir comme traitements mais pas les effets que ça aura sur nous.

J’ai été très entourée, ma famille, mes amis (les vrais), tous on été là pour moi. J’ai aussi perdu des proches, car quand vous avez ça c’est comme le dicton sur le mariage : vous êtes aveugle le cancer vous rend la vue.

Pour moi ce cancer a été une chance, certes j’en ai bavé à certains moments et j’ai encore des choses qui ne me permettent pas d’être comme tout le monde, mais je suis devenue une meilleure personne.
J’ai appris que ce qui ne tue pas rend réellement plus fort.
J’ai appris à savourer chaque seconde de la vie car on ne sait jamais ce qui peut arriver.

Avant j’étais une maman dépassée par tout, désorganisé et étourdie.
Je suis dorénavant plus à l’écoute, je suis devenue organisée et j’ai donc un gain de temps pour profiter au maximum des miens.
Je ne perds plus mon temps en chose futiles, je fais vraiment ce qui est important en premier.

Tout cela résulte de la question qu’on a en tête quand on a un cancer : « qu’est ce qu’on aimerait laisser si on devait partir demain ? »
Et j’ai donc voulu laisser le meilleur souvenir possible aux gens, que je parte demain ou dans 10 ou 50 ans.
Je suis devenue moi en beaucoup mieux. Il ne faut jamais oublier qu’on ne doit pas attendre d’avoir l’épée de Damoclès au dessus de sa tête pour réagir, moi j’ai eu le temps de voir venir la chose mais demain on peut traverser la route se faire renverser et c’est trop tard.
Il faut vraiment profiter à fond de la vie car déjà ça passe vite mais on ne sait jamais ce qui peut arriver.

Aujourd’hui je suis en rémission ce n’est pas fini mais j’ai déjà fait un grand pas et quoi qu’il arrive je me battrais.
Et vous aussi battez vous pour vivre c’est tellement précieux !!!

Géraldine

L’amour est le meilleur des emballages

Après un cancer

« Vous avez un cancer de l’utérus , de plus il est avancé ».

La seule question que j’ai posé : « pourrai-je avoir de nouveau des enfants ? »
« non »
Et voilà comment, au milieu des préparatifs de mon mariage, je vais devoir faire face à la maladie…
Je commence à en parler à mes proches, je refuse de voir à mon mariage des regards de compassion. C’est mon jour…

Les examens ont commencé, il fallait s’assurer que le cancer était local. Whaou… Doucement j’encaisse la nouvelle et, tel un zombie je me rends aux différents rendez vous.
Soulagement il est local. Beaucoup de larmes mais pas le temps de réfléchir, la vie continue.

La résistance s’organise, je suis jamais seule, entourée, soutenue.
Cinq mois après que le ciel me soit tombé sur la tête, on passe à la phase finale du traitement : l’opération. .
Je me remets doucement, le plus dur est passé. Je profite à fond de  » ma nouvelle vie » .
J’apprécie la vie , après tout j’avais tout : des enfants, un mari aimant, une famille présente. Après, faute à pas de chance, effets secondaires au traitement, rebelote les examens, les incertitudes, mais on tient bon, y a pas de raison, encore un mauvais moment…

Aujourd’hui après presque 5 ans tout va pour le mieux.  On arrive à rigoler de tout ça , et j’ai arrêté de me demander pourquoi ??? Y a pas de réponse ou aucune qui me convienne…
La vie est ainsi faite.
Mais j’ai compris que la vie était un cadeau et que de vivre autour de l’amour des gens est le meilleur des emballages… Je suis plus forte, merci aux personnes de leur soutien.

L.

Il y aura

Se battre contre le cancer

Il y a eu cette odeur si familière, l’odeur du quotidien, l’hôpital, les blouses blanches, les chariots de médicaments…
Le vertige est palpable et je suis seule dans cette pièce en face d’un médecin qui a l’air si doux que c’est suspect. On ne me la fait pas l’ami, je suis infirmière, je le connais moi le combo mine déconfite et le regard compatissant.

Et puis l’annonce si choquante que je n’ai aucune réaction comme si un camion benne venait de m’écraser mais je n’ai pas mal, je suis déjà trop loin. Un cancer du sein agressif, des mots trop médicaux qui ne veulent plus rien dire.
Ce jour là j’ai 22 ans et je redescends seule dans la pénombre.

Il y aura des médicaments, une opération, des traitements adaptés choisis au cas où un jour plus tard je veuille avoir des enfants.
Il y aura des larmes, une fatigue insurmontable, des nausées incontrôlables.
Il y aura des parents qui à chaudes larmes pleureront leur fille qui pourrait peut être mourir puis se ressaisiront en m’aidant à gravir la montagne.
Il y aura de l’alcool à foison, des fêtes jusqu’à pas d’heures, des nuits à s’enivrer pour oublier ne serait ce que quelques instants que la mort rôde.
Il y aura des amis qui tendront toujours la main, qui écouteront, se moqueront mais jamais un regard de pitié juste de la tendresse.

Cinq ans d’un combat épuisant rythmé par une rencontre celle qui va faire basculer ma vie: mon mari. Encore une soirée de fête pour se noyer et au bout du couloir cet homme qui me regarde, avec qui je vais parler toute une nuit et à qui je dis dans les cinq premières minutes « Je ne m’attache pas, je suis malade… »
Les années passent, il m’accompagne.

Il y aura la rémission, un nouveau travail auprès de personnes fragiles, un mariage près des pommiers, des sorties cinéma, des weeks ends entre copains…
Et puis doucement ce petit être qui s’installe au creux de mon nombril. Ce petit garçon qui me dit, tu as bien fait de rester, je crois qu’on est fait pour se rencontrer. Je le vois rire, courir, s’amuser, il m’appelle maman. A la crèche il a plein de popains et quand je viens le chercher avec son toupitifrère il nous fait de grands caaaaannniiinnnns.
Tu vois la bataille je l’ai gagnée et ma récompense c’est d’offrir ce qu’il y a de plus cher : deux nouvelles vies pour devenir une famille….

Virginie

P*** que la vie est belle !

Vivre après un cancer

2014… 10 ans déjà.

Janvier 2004, je suis une jeune mariée, maman de Claire 2 ans et 1/2 et enceinte d’un petit mec pour début mai. La grossesse est difficile, je suis fatiguée et surtout je tousse jour et nuit, j’ai du mal à m’alimenter mais bébé va bien. Fin avril, bilan hebdomadaire, bébé est en souffrance, il faut provoquer l’accouchement et tout ira bien pour nous deux. Après quelques jours à l’hôpital, Evan pointe le bout de son nez : il va bien, nous rentrons vite à la maison. Je suis fatiguée, je tousse toujours, d’autres symptômes apparaissent. Nous décidons de partir quelques jours à la campagne pour présenter bébé à la famille et profiter du bon air.

Mon état empire, le médecin de famille me fait passer des examens.
Nous sommes le 14 mai 2004, il est 16h30.
Evan est dans son cosi, mon mari et moi regardons le médecin s’enfoncer dans son siège: « je pense que c’est cancéreux, je vous conseille de rentrer voir votre médecin traitant au plus vite ». Il prend ma carte vitale…silence… »c’est votre anniversaire »… »oui j’ai 31 ans aujourd’hui, mon fils a 12 jours ».

Notre vie bascule, il faut se battre mais aussi préparer le pire « au cas où »…
1an…c’est le temps qu’il a fallu au traitement pour faire son œuvre.

2014…10 ans, je vais bien !!!
Nous avons même eu notre 3ème enfant, Juliette, née en 2010, ma victoire, mon bébé Kinder, le plus beau pied de nez à la maladie.
J’ai changé… J’étais super maniaque et invivable, mais c’était avant. Je n’improvisais rien , ne supportais pas le changement, c’était avant. L’éducation de Claire était presque militaire, mais c’était avant…

Aujourd’hui je zappe souvent le repassage, la poussière attend le chiffon quelques jours, la vaisselle reste parfois dans l’égouttoir plutôt que de retrouver sa place sur l’étagère, on mange des plats surgelés certains jours, on fait même des plateaux télés avec des chips et des bonbons…. C’est maintenant et c’est tellement bon !!! Il a fallu trouver des priorités, faire des choix. Le repassage n’est pas obligatoire par contre la douche c’est tous les jours ! La poussière sur l’étagère c’est pas très grave par contre le câlin du soir c’est indispensable. Partager des moments entre amis c’est nécessaire mais autour d’une blanquette qu’on a mit 3 heures à faire ce n’est pas indispensable, les vrais amis aiment aussi les pizzas surgelés et les coquillettes au jambon.

Mon plus grand rêve aujourd’hui c’est que la ligue contre le cancer fasse une campagne en nous parlant de ceux qui s’en sortent. J’ai réussi, c’était dur ok, il y a encore des jours où c’est dur… mais p***** qu’est-ce qu’elle est belle la vie !!!

Calou

Juste une cicatrice

Se remettre d'un cancer

13 ans. L’âge de l’insouciance. L’âge des premiers flirts. L’âge où il ne peut rien arriver.

Et puis un jour de la fièvre juste avant une sortie scolaire. Médecin, inquiétude, prise de sang, inquiétude … « C’est soit une grosse anémie, soit beaucoup plus grave il faut faire des examens complémentaires »
Donc me voilà direction l’hôpital, mais a 13 ans on ne comprend pas, je vois les petits crânes chauves en passant dans le couloir mais je ne réalise pas que je serai l’un d’entre eux très bientôt. Et puis, quelques prises de sang et ponctions lombaires plus tard le verdict tombe. « Tu as une Leucémie lymphoblastique aigue, un cancer du sang »
Ok alors cancer, je visualise, c’est grave et je me dis que je vais sans doute mourir ; c’est injuste quand même au tout début de sa vie…

Alors débutent les traitements, la chimio qui fait perdre les cheveux et qui rend malade… Mais qui est là pour me soigner.
Mais je ne me plains pas, je ne pleure pas, je n’ai pas le droit, j’ai 13 ans, je suis grande. Il y a tellement d’enfants plus petits, plus gravement malade que moi je dois être forte.
Pendant 9 mois, chimio, ponctions lombaires, ponction de moelle. L’équipe de l’hôpital est formidable, alors malgré mon jeune âge je décide de me battre et de garder le sourire. Je garde la pêche et j’essaie de rester le bout en train que j’ai toujours été. Et que je suis toujours aujourd’hui. Je cache mes douleurs et ma souffrance derrière un grand sourire. Je veux me battre pour mes parents, pour mon frère. Je me bats pour avoir une adolescence qui redeviendra normal, pour un jour avoir un amoureux, pour faire ma vie en fait.

Et ça marche, les traitements fonctionnent, bien sûr j’ai beaucoup maigri, je suis chauve comme un œuf au point qu’on me prend parfois pour un garçon.
J’en rigole aujourd’hui. La fin de la chimio à l’hôpital arrive, et puis après 1 an et demi de chimio orale à la maison le soulagement : REMISSION…
Ça veut dire que ma vie qui était en pause peut reprendre et que je peux commencer à être heureuse.

J’avais 13 ans, c’était il y a 13 ans. Avec le recul, je me dis que c’est une chance d’avoir vécu cette épreuve. Je garde même d’excellents souvenirs, des rencontres formidables, des moments fabuleux. Aujourd’hui je n’ai aucune séquelle physique de ma Leucémie. Juste une cicatrice sous la clavicule droite, qui me rappelle chaque jour la chance que j’ai de pouvoir vivre. Avec mon amour de petite fille et mon amoureux, celui dont je rêvais à 13 ans.