La vie continue

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Pour devenir parent le destin s’est  mis en travers de notre route mais qu’à cela ne tienne on se battra.
Alors quand le miracle arrive enfin après 3 ans et que l’on apprend que c’est pas un mais 2 bébés, on se dit qu’on est enfin récompensé et que la vie quand elle veut, elle peut être sympa finalement.

Mais a quasi 18SA on m’annonce pendant une échographie que je vais les perdre… surement toutes les 2 et tout s’effondre …on me propose une IMG que je refuse je ne peux pas ne pas essayer !
On est préparé à stresser pour les 3 premiers mois mais après on pense bêtement que tout est joué d’avance…
Bref quelques jours après mon hospitalisation je dois accoucher de la première car le travail a commencé mais les médecins conscient de ma difficulté à enfanter,  font tout pour sauver celle qui va bien du moins pour le moment. Après 2 semaines d’hospitalisation, de journée interminable on me fait même miroiter une hospitalisation à domicile mais le rêve s’achève définitivement « la faute à pas de chance ».

On essaye d’oublier mais ça marche pas, on se demande et si ? mais c’est inutile…on est en colère mais ça ne sert à rien… et avec tout ça on est mamange mais toujours pas maman…. On m’a souvent dit que j’avais été forte… moi je dis que j’ai pas eu le choix… se laisser abattre ou se battre, c’est un peu comme boire ou conduire il faut choisir.

Je n’ai pas voulu voir de « psy » ma thérapie a moi c’était d’en parler, ouvertement, avec souvent une petite larme au début et puis peu à peu, les larmes s’espacent et un jour on arrive à y repenser sans pleurer. Et surtout je ne voulais pas voir sur le visage des gens la pitié je ne le supportais pas !

Et l’envie malgré tout ça est plus forte que jamais, la peur au ventre certes mais elle est là, donc on retourne en PMA là où tout a commencé et sans qui notre rêve ne peut se réaliser !

Quelques mois plus tard la joie à nouveau, la peur aussi, on y va par pallier, les 12SA, passer la période 17-20 SA que je ne porte pas dans mon cœur, les 22 qui rassure puis les 25 seuil de viabilité (on m’a tant rabâché les oreilles avec celui-là par le passé..), puis les 32 et on commence à profiter, à rêver, à faire la chambre à y croire vraiment mais on attend la dernière étape qui est l’accouchement avec impatiente ! « je n’y croirai réellement que quand je le tiendrais dans mes bras »

Il est né le 31 mai 2012, le plus beau jour de ma vie, un accouchement parfait et ce petit être, ce bébé c’était le mien ! J’ai encore du mal à réaliser parfois et pourtant il me ressemble tant.

Alors bien évidemment quand je le regarde je me demande souvent à quoi elles ressembleraient aujourd’hui mes petites poupées, tous les ans en ce début d’année aux dates anniversaire mon cœur de maman se serre et puis la vie reprend son chemin, la vie continue !

Si elles n’étaient pas partis, objectivement lui que je connais si bien et que j’aime si fort et un peu plus chaque jour ne serait pas la … et imaginer ma vie sans lui c’est désormais impossible.

Je me suis souvent dit que rien arrivait par hasard aussi horrible, injuste et dur que ça puisse être à vivre c’était peut-être le destin c’est LUI que je devais avoir et pas ELLES.

Alison

Car oui, il y a un après

Faire le deuil de son bébé

Chacun de nous a en mémoire ces grandes dates universelles qui font ou défont l’Histoire… La chute d’un mur, une catastrophe nucléaire, une attaque terroriste… Ces moments où il y a un avant et une rupture dans le temps.
On se souvient tous de ce qu’on faisait lorsque ces événements se sont produits.
Ma grand-mère, par exemple, se souvient de la mort de Kennedy, ma mère n’a pas oublié le 1er pas de l’Homme sur la Lune. Pour ma part, je sais que le 11 Septembre, je vendais des abonnements presse dans un lycée.

Et puis… il y a nos drames intérieurs, ces dates personnelles qui ébranlent notre monde, nos certitudes et nos vies.
Nos tsunamis, nos propres 11 Septembre…
Le mien a eu lieu le 19 Mai 2011 à 10h07.
Ce jour où j’ai donné la Vie mais où elle a été reprise aussitôt. Cet instant suspendu entre deux mondes, quand notre premier enfant, Baptiste est venu et reparti, sur la pointe des pieds tel un ange.

Il y a eu l’avant 19 Mai… Il y aura désormais l’après. Tout s’enchaîne. Tout s’arrête. En un instant, nos vies basculent. Le destin qui dès lors semblait tout tracé nous emmène dans un vide que l’on n’aurait pu imaginer.
Nous les futurs parents devenons des par’anges… Des parents sans enfants…
Seule la douleur trouve un chemin dans ce corps qui portait le sien…

Et pourtant.. Il faut bien… Avancer, accepter… Se faire à l’indicible, à l’impensable…
Trouver en soi assez de force pour sourire à nouveau.
Faire le deuil de ce qui aurait été, le deuil d’un futur imaginé.

De toi, il ne nous restera que quelques photos… et un amour, inconditionnel. Ecrire, écrire encore et encore, pour maintenir le lien, pour te faire vivre encore un peu…
C’est ce qui je pense, m’a été d’un grand secours. Besoin d’en parler, besoin de m’exprimer.
Certains amis m’ont zappée ne sachant pas de quoi me parler, d’autres m’ont dit « ce truc là tu l’oublieras un jour », d’autres au contraire de par leurs paroles discrètes et rassurantes m’ont accompagnée dans mon chagrin, me permettant de prononcer son prénom, d’imaginer tout ce qu’il aurait été et surtout tout ce qu’il ne serait jamais…

Ces lignes, je les écrivais quelques semaines après son envol… « Alors quoi ? Prendre le temps et attendre que « ça » passe. Comme un mauvais rhume …
Hélas, « ça » ne passera jamais. Les choses s’apaiseront, mon cœur arrêtera de souffrir le martyre mais je ne reviendrai jamais celle d’avant le 19 mai. Une part de moi s’est envolée avec toi … Comme pour te protéger et te guider toi qui es loin de moi.

Aujourd’hui, presque 3 ans après ce triste jour (et pas mal de séances chez ma psy aussi!) je pense à lui avec une tendresse infinie. Le chemin a été long… Parsemé de larmes, de craintes, de colère, de regrets… Des jours entiers où la douleur me faisait plier, où parfois, en finir ne me paraissait pas une si mauvaise idée…

Les semaines et mois qui ont suivi, je n’imaginais pas retomber enceinte. Ni maintenant ni jamais. Comment faire confiance à ce corps qui m’avait trahie, qui nous avait trahis une fois? Quand je pensais à un autre enfant, je pensais à l’adoption. Je ne me sentais pas capable d’affronter tout cela à nouveau… Et si le pire se répétait? Après tout,je n’avais pas été capable de donner à ton Papa un enfant…
Et puis un jour… On se surprend à envisager l’avenir… A se dire « et si…? »

Alors on lâche prise, on se laisse (re)prendre en main par la vie… On se dit que le pire est derrière nous… et on se lance. Sans oublier, sans effacer, avec la peur au ventre mais avec l’envie d’y croire…

Désormais, une petite princesse a rejoint nos vies… Ses sourires, ses éclats de rire ponctuent nos journées et font notre fierté. Elle est une petite soeur que tu aurais adoré…
Alors, oui… Il y a un « après ». Pas plus beau, pas plus triste que ce qu’on aurait imaginé. Juste différent. Certaines dates seront toujours aussi difficiles, c’est certain. J’aurais toujours un pincement au coeur quand on me demandera « alors, le 2ème, c’est pour quand? »
Pour autant, j’ai appris que l’on possédait des ressources insoupçonnées… et que oui, on pouvait s’en relever.

Il est de ces épreuves insensées qui bouleversent tout au plus profond de l’être…
Il est de ces rencontres éphémères qui transcendent nos croyances… Et de ces instants d’apaisement bien trop brefs aussitôt relayés par une peine si intense, si indescriptible qu’elle en parait irréelle…

Et puis soudain, une force titanesque s’empare de nous et nous transporte pour vivre enfin…
Car oui, il y a un après…

Marie