Quelqu’un qui se satisfait de regarder les fleurs pousser

Perdre un bébé

J’ai perdu une toute petite fille à la naissance en juin dernier.
Je ne l’ai pas perdue d’ailleurs, je sais où elle repose pour toujours à présent : elle est morte.
Sur le seul acte administratif qui certifie son existence, il y a inscrit « enfant né sans vie ». L’expression est froide, expéditive et ne reflète pas du tout la richesse de ces neuf mois où j’ai porté ce petit pois sauteur, bien présent et en bonne santé jusqu’à ce que mon placenta décide de ne plus l’oxygéner.
Elle ne reflète pas non plus les rêves, les projets et la joie de cette naissance à venir après trois ans d’attente : on devient parent parfois bien avant que l’enfant ne paraisse.

Lorsque l’on m’a annoncé que le coeur de mon bébé ne battait plus, j’ai eu l’impression d’être écrasée par un 35 tonnes, avec cette envie de mourir, d’être ensevelie à mon tour et de me réveiller de cet affreux cauchemar.
Et puis très vite, il y a eu le regard hébété et désespéré de mon époux et le souvenir de notre premier enfant, qui attendait, bien vivant, lui, à la maison et qui pour qui allait aussi commencer un travail de deuil.
Alors, j’ai décidé de ne pas mourir.
Et j’ai accouché avec toute la force qui me restait et l’indéfectible soutien de mon amoureux et des sages-femmes.

Il y a eu l’enfer des premiers jours, ses douleurs morales et physiques et ces larmes dont on ne sait si elles arrêteront de couler.
Mais il y a eu aussi les amis, les familles et les professionnels qui proposaient leur aide et à qui nous avons demandé mille petites choses dont nous avions besoin ou que nous ne pouvions ou voulons pas faire.
Nous avons été accompagnés, tous les trois, pendant plusieurs semaines.

J’ai repris rapidement le travail, pour ne pas penser, et c’est vite redevenu un plaisir, comme avant mon congé maternité.
J’ai aussi fait des choses que je n’avais jamais vraiment osé faire auparavant : prendre des cours de dessin, dire « non », exagérer parfois, arrêter de fumer pour de bon.

J’ai été augmentée par ma fille, toute furtive fut-elle.

Progressivement, je me suis réveillée le matin en savourant ma chance d’être vivante, d’être encore là. D’ailleurs, plus je vais me recueillir sur la tombe de ma fille, plus je suis convaincue de cette chance.
Au début, je vivais exclusivement pour la mémoire de ma petite fille. Aujourd’hui, je crois que je vis surtout pour moi.
Je me sens plus libre parce que je n’ai plus peur d’autre chose que de perdre ceux que j’aime ou de perdre la vie moi-même.

Ce cheminement, qui est loin d’être achevé pour ma part, est parfois ponctué de doutes et de passages à vide, on égare parfois le sens de sa vie. Mais pour ma part, je pourrais presque dire que je suis heureuse.
On est aussi confronté à d’autres épreuves : je suis retombée enceinte quelques mois plus tard mais j’ai fait une grossesse extra-utérine couplée à de très gros problèmes dentaires. J’ai cru un moment que la vie s’acharnait sur moi, je n’ai cessé d’espérer voir la lumière au bout du tunnel.
Et j’ai bien fait d’espérer car la lumière finit toujours par nous éblouir de nouveau.

Je ne sais pas si un jour je pourrai donner la vie de nouveau : est-ce le plus important ?
Les autres ne le voient pas forcément mais il ne s’est pas RIEN passé.
Il y a eu ce petit bout de vie, ce petit être qui a vécu un peu en moi et à qui je pense si souvent. Il a sa place et ce qu’il m’a apporté de force et de fragilité fait de moi quelqu’un de tout autre.
Ni meilleur, ni moins bien, mais quelqu’un qui se satisfait de regarder les fleurs pousser.

Emmanuelle

La vie continue

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Pour devenir parent le destin s’est  mis en travers de notre route mais qu’à cela ne tienne on se battra.
Alors quand le miracle arrive enfin après 3 ans et que l’on apprend que c’est pas un mais 2 bébés, on se dit qu’on est enfin récompensé et que la vie quand elle veut, elle peut être sympa finalement.

Mais a quasi 18SA on m’annonce pendant une échographie que je vais les perdre… surement toutes les 2 et tout s’effondre …on me propose une IMG que je refuse je ne peux pas ne pas essayer !
On est préparé à stresser pour les 3 premiers mois mais après on pense bêtement que tout est joué d’avance…
Bref quelques jours après mon hospitalisation je dois accoucher de la première car le travail a commencé mais les médecins conscient de ma difficulté à enfanter,  font tout pour sauver celle qui va bien du moins pour le moment. Après 2 semaines d’hospitalisation, de journée interminable on me fait même miroiter une hospitalisation à domicile mais le rêve s’achève définitivement « la faute à pas de chance ».

On essaye d’oublier mais ça marche pas, on se demande et si ? mais c’est inutile…on est en colère mais ça ne sert à rien… et avec tout ça on est mamange mais toujours pas maman…. On m’a souvent dit que j’avais été forte… moi je dis que j’ai pas eu le choix… se laisser abattre ou se battre, c’est un peu comme boire ou conduire il faut choisir.

Je n’ai pas voulu voir de « psy » ma thérapie a moi c’était d’en parler, ouvertement, avec souvent une petite larme au début et puis peu à peu, les larmes s’espacent et un jour on arrive à y repenser sans pleurer. Et surtout je ne voulais pas voir sur le visage des gens la pitié je ne le supportais pas !

Et l’envie malgré tout ça est plus forte que jamais, la peur au ventre certes mais elle est là, donc on retourne en PMA là où tout a commencé et sans qui notre rêve ne peut se réaliser !

Quelques mois plus tard la joie à nouveau, la peur aussi, on y va par pallier, les 12SA, passer la période 17-20 SA que je ne porte pas dans mon cœur, les 22 qui rassure puis les 25 seuil de viabilité (on m’a tant rabâché les oreilles avec celui-là par le passé..), puis les 32 et on commence à profiter, à rêver, à faire la chambre à y croire vraiment mais on attend la dernière étape qui est l’accouchement avec impatiente ! « je n’y croirai réellement que quand je le tiendrais dans mes bras »

Il est né le 31 mai 2012, le plus beau jour de ma vie, un accouchement parfait et ce petit être, ce bébé c’était le mien ! J’ai encore du mal à réaliser parfois et pourtant il me ressemble tant.

Alors bien évidemment quand je le regarde je me demande souvent à quoi elles ressembleraient aujourd’hui mes petites poupées, tous les ans en ce début d’année aux dates anniversaire mon cœur de maman se serre et puis la vie reprend son chemin, la vie continue !

Si elles n’étaient pas partis, objectivement lui que je connais si bien et que j’aime si fort et un peu plus chaque jour ne serait pas la … et imaginer ma vie sans lui c’est désormais impossible.

Je me suis souvent dit que rien arrivait par hasard aussi horrible, injuste et dur que ça puisse être à vivre c’était peut-être le destin c’est LUI que je devais avoir et pas ELLES.

Alison

Nous sommes heureux

Perdre son bébé

On avait toujours voulu trois enfants. Un premier petit garçon est né, puis un deuxième, deux ans après.
Et puis après un peu d’attente, un troisième enfant s’est annoncé. Une petite fille cette fois : voilà qui allait nous changer !

Mais un jour de septembre, pendant la trente-sixième semaine de grossesse, tout a basculé. Cœur arrêté, sans raison, comme ça.
L’enfer.
La vie qui bascule.

Maintenant je me rends compte que nous nagions en pleine horreur, mais que c’était, déjà, le premier jour du reste de notre vie.
Une vie où l’on s’efforce d’apprécier chaque petit bonheur, chaque grande joie.

Il y a eu le choix des textes et des musiques pour la cérémonie. Cet adieu difficile mais nécessaire dans une grande salle blanche du crématorium.
Il y a eu ensuite ce congé maternité, que j’avais entamé dans la joie, et dont j’avais maintenant besoin pour me reconstruire. Un temps pour elle, qui n’était pas là. Un temps pour mes deux « grands » de 5 et 3 ans, pour qui j’ai beaucoup cuisiné, lu, avec qui j’ai joué, fait des câlins, dessiné, parlé.
Parce que je me rendais compte, plus que jamais, à quel point ils sont précieux.
Un temps pour lire aussi, beaucoup de livres qui m’ont fait du bien, pour mettre des mots sur cette douleur qui dépassait tout ce qu’on peut imaginer. Des mots pour se reconstruire, aussi. Des mots trouvés, aussi, sur des forums, dans l’échange.
Un temps pour marcher, souvent, longtemps, dans la campagne, dans le vent, sous la pluie, dans la neige, avec dans les oreilles de la musique, beaucoup de musique.
Un temps pour profiter de la beauté du monde.
Il y a eu, au bout de quelques mois, la reprise de la vie « normale », le retour au travail, les petits mots et les attentions des collègues, le plaisir de penser à autre chose. Le plaisir de refaire des projets professionnels, à court et à long terme.
Il y a eu cet autre enfant, deux ans après, ce merveilleux petit garçon à qui je dis, chaque jour, qu’il est beau, que je l’aime, parce que chaque jour est un cadeau.

Voilà, nous les avons, nos trois enfants. Bien sûr il y a cette cicatrice qui quelquefois se réveille, qui gratte, mais qui fait partie de moi.
Quatre ans après, je peux le dire : nous sommes heureux. Avec nos trois garçons à la maison, et notre petite fille des étoiles dans nos cœurs.

Mélanie