Avec le temps

Deuil périnatal

Aujourd’hui j’ai reçu un mail publicitaire qui me proposait de préparer ton anniversaire. J’ai eu un pic au cœur en voyant ton prénom apparaître sur mon écran.
Tu n’auras jamais 6 ans ma fée… Tu les auras dans mon cœur, comme tous les ans depuis ce 14 février ou je t’ai donné naissance…mais sans te donner la vie.

La mienne s’est arrêté aussi ce jour là. C’est ce que j’ai pensé sur l’instant.
La vérité, c’est que ma vie est devenue différente mais aujourd’hui je peux le dire, elle est belle tout de même. Et je sais que tu n’y pas étrangère.

La seule chose qui m’a soulagée (je ne guérirai pas) est le temps.
Avec le temps j’ai su admettre que tu ne partagerais pas notre quotidien tout du moins pas comme je l’aurai souhaité. Parce qu’en vérité je te porte en moi chaque jour qui passe.
Mais surtout avec le temps j’ai su comprendre ce que tu m’avais laissé. Avec toi j’ai grandi. Il aurait été facile d’être dans l’aigreur, la colère, la peine perpétuelle… Mais j’ai choisi de te faire honneur.

Cette étape de ma vie a fait de moi la personne que je suis. Et j’aime à croire une meilleure personne : Plus sensible, avec plus d’empathie, plus à l’écoute, plus combative…
Après avoir vécu un tel drame, la perte d’un enfant, dont il n’existe aucun mot dans la langue française pour le qualifier, on en ressort forcément différent. Il y a eu l’avant et il y a donc l’après. Comme je le dis souvent, toi mon ange, tu es mon paradoxe. Tu es ma force et ma faiblesse. Tu es dans chacun de mes sourires, dans chacune de mes larmes.
C’est en te perdant que je me suis ouverte aux autres. Il a fallut que je vive cette épreuve pour que j’ouvre les yeux sur moi, les gens, le monde….
C’est en te perdant que je me suis rapprochée d’amis perdu de vue, que j’ai rencontré des quasi inconnus devenus des intimes, que j’ai témoigné sur des blogs et forum…avec ce point commun: la perte d’un enfant. Mais ces rencontres ne sont pas tristes, elles sont riches, émouvantes, pleine d’amour. Et j’aime penser que c’est toi qui m’a fait ce cadeau. Ça peut paraître dingue, mais après tout si j’ai envie de le croire, qui peut m’en empêcher ? C’est ma façon de positiver un événement qui en soi ne l’est pas du tout. J’ai été brisée de l’intérieur, j’ai pleuré beaucoup et même encore après tout ce temps, un jour comme aujourd’hui, je ne peux retenir ces larmes qui expriment ton absence.

Mais pour autant, je suis heureuse, épanouie mais surtout, surtout, je suis fière d’être ta maman. Aujourd’hui c’est la saint Valentin, mais notre ange à nous, ton papa et moi, il ne s’appelle pas cupidon. Il porte ton nom.

MG

Derrière cette nuit sombre, il y a la lumière

Faire le deuil de son conjoint et de son enfant

Si j’ai voulu témoigner ici, c’est parce que je suis la preuve vivante que l’on peut s’en sortir même lorsque les pires choses vous tombent dessus. On m’a souvent dit d’écrire un livre pour raconter mon histoire, mais je n’en ai jamais eu le courage. Alors je me suis contentée de témoigner sur un blog, un journal pas intime. Et rien que ça, m’a beaucoup aidé.

Je m’appelle Magali, j’ai aujourd’hui 30 ans et il y a 4 ans et demi, ma vie a basculé. En couple depuis 8 ans avec Cédric, je n’imaginais pas avoir tant d’épreuves à traverser. Notre amour a résisté à tout, du moindre bobo jusqu’à la maladie qui a rencontré Cédric au cours de l’année 2006, un lymphome folliculaire non hodgkinien. Forts de notre amour, nous savions, à l’aube de l’année 2009, que celle-ci ne serait pas si rose. Après 2 ans d’essai bébé, entre 2 rechutes de la maladie, nous avons réussi à concevoir un enfant. Puis la rechute tant redoutée. Les séances de chimio, entrecoupées des échographies pour bébé. Jours après jours, mois après mois. Jusqu’à ce jour de mai ou l’on nous annonce un problème pendant l’échographie. A partir de ce jour, tout a basculé. La maladie de Cédric a empiré, les séances de chimio ont fini par l’emporter et il est décédé dans mes bras un soir de juin 2009. Forte et très entourée, ma vie s’est mise sur pause pendant ces quelques jours ou je lui ai rendu hommage. Puis ce fut au tour de ma fille de s’envoler à son tour. Une maladie gravissime découverte à l’IRM quelques jours plus tard et une décision à prendre. Celle d’interrompre médicalement ma grossesse à 7 mois. J’ai rencontré ma petite Léa un mois et une semaine pile poil après avoir dit aurevoir à son papa, puis je l’ai laissée le rejoindre.

Après ces drames, j’ai reçu énormément de soutien. Anonymes, virtuels, familles, connaissances. Je n’ai jamais été seule. J’ai beaucoup pleuré, j’ai beaucoup regretté, et finalement j’ai franchi chaque phase de deuil, l’une après l’autre, avec plus ou moins de facilité.

Ce qui m’a aidé ? Rester positive. Ne garder que le meilleur. Avoir profité de chaque instant même douloureux, que ce soit avant, pendant, après. Pour ne jamais rien regretter. J’ai dit aurevoir à Léa comme j’ai dit aurevoir à Cédric, sans jamais m’empêcher de pleurer. Ecrire m’a également énormément aidé. A l’époque, j’écrivais chaque état d’âme, chaque bonheur, chaque douleur, sur un blog protégé dont peu de gens connaissaient l’existence. J’écrivais, en pleurant, des mots l’un après l’autre, comme si je m’arrachais cette douleur du cœur, et au moment de cliquer sur le bouton « publier » je me sentais comme vidée, soulagée. Je ne me suis jamais empêchée d’en parler, je ne me suis jamais censurée, je ne me suis jamais empêcher de pleurer et c’est finalement de cette manière que j’en suis arrivée à cette dernière phase du deuil qu’est l’acceptation.

Oh bien sur, ça n’a pas été simple. J’ai connu la dépression, j’ai cru ne jamais sortir de ma peine. Mais grâce à mon entourage, à une psychologue très à l’écoute et à quelques livres ciblés, j’ai compris que je ne serai jamais heureuse si je ne le souhaitais pas de toute mon âme. Et puis un jour j’ai eu le déclic.

J’ai recommencé à vivre. Avec mon passé, avec mon histoire. J’ai recommencé à vivre pour moi, en ne pensant qu’à mon principal but : le bonheur. Il était impensable après avoir vécu tout ça que la vie soit finie. Il y a ma vie d’avant et il y a ma vie d’après. Et je ne regretterai jamais rien. Parce que je sais au fond de moi que Cédric l’aurait voulu, et que Léa, ma fille, aurait été fière de moi.

Dans ma quête du bonheur, j’ai commencé par m’occuper de moi. Par me chouchouter, par reprendre confiance en moi, prenant ces épreuves comme l’introduction d’une nouvelle chance finalement. J’ai profité de chaque instant comme si c’était le dernier. Puis, lorsque j’ai été prête, je

me suis mise en quête de l’amour. Je savais bien qu’il serait un peu tôt pour mon petit cœur, mais j’ai profité. Je me suis épanouie en tant que femme, je me suis découverte.

Même si je n’oublie rien, même si chaque anniversaire me rappelle ce que j’ai vécu, même si j’ai toujours une pensée très émue pour mes anges, aujourd’hui je suis une nouvelle femme. J’ai rencontré l’amour en 2010. Aujourd’hui, je suis heureuse comme je souhaite à n’importe qui de l’être un jour et je vais me marier cet été. Le 26 juillet 2014. Comme un hommage à ma fille qui aurait ce jour la fêté ses 5 ans.

Si je devais avoir un conseil pour ceux qui traversent des moments difficiles ce serait de ne rien regretter, de profiter de chaque instant, des bons comme des mauvais. C’est normal de pleurer, c’est normal d’être triste, c’est normal de se recueillir. Et puis lorsque vous n’irez pas bien pensez que derrière le brouillard, derrière cette nuit sombre, il y a la lumière, et cette lumière, c’est le bonheur. Vous y avez droit vous aussi. Gardez espoir, la lumière est au fond du tunnel…

Magali

Je vis à 200 %

Surmonter une IMG

Mon histoire, notre histoire commence en mars 2013. Je suis enceinte de 17 SA, lors d’une écho de routine, le docteur m’apprend  que notre petite fille de vivra pas .

S’en suit une descente aux enfers, je prends le large laissant mon couple dans la tourmente et fuyant les rendez vous médicaux afin de ne pas avoir à faire le choix de vie ou de mort sur mon bébé. Finalement notre fille a décidé de naître d’elle-même 2 mois plus tard. Verdict des médecins : c’est accidentel.

Je retombe enceinte pile 1 mois et quelque après mon accouchement, c’est du délire on y croit pas, une belle revanche sur la vie (la mort ?) notre petit miracle.
Et pourtant dès les premiers instants  nos craintes se confirment, notre 2ème petite fille n’auras pas la chance de vivre en dehors de mon ventre.
A ce moment là je suis à bout, le sort s’acharne, « nous défions les statistiques » j’ai touché le fond je veux mourir ! Quelle injustice pourquoi NOUS ??? Pourquoi devons nous faire ce choix de vie ou de mort de nouveau ???
Interruption médicale de grossesse le 9 octobre 2013 à 19SA.

Après ce choix tu demandes ce qui t’arrive c’est du délire qui a le droit de faire CE CHOIX ??
Un choix peut-il être si violent au point de faire semblant d’être libre ?  Je n’en sais rien.
J’étais en 1000 morceaux, j’avais la rage, à quoi bon vivre. Je ne mange plus, ne dors plus je veux juste mes filles. Je vois mon ¼ de siècle avec des rides.

Et puis j’ai compris à travers des personnes extraordinaires que j’avais le choix de vivre moi ! Que de vivre avec cette culpabilité ne servait à rien…

Aujourd’hui 3 mois après la naissance de notre 2ème fille,  je me sens sereine face à ça,  je vis à 200% même si mon couple en a payé le prix le plus fort, je suis devenue une éternelle optimiste..

Dans ces malheurs, j’ai fait le tri entre les personnes nocives et celles qui m’ont fait aller de l’avant.

Mes filles m’ont changé à tout jamais, le sourire que j’affiche n’est pas faux au contraire il est teinté de douceur et d’amour pour mes toutes petites,  je n’avais pas d’autre choix que d’essayer de m’en sortir pour elles, ma douleur, j’en fais ma force, ce n’est pas la force du désespoir qui me tire vers le haut mais bien la force de cet amour infini que j’ai pour mes filles qui me pousse. L’amour ça fait escalader des montagnes, même les montagnes de chagrin. Je dois vivre pour elles.

Sohane et Inès ne sont pas venues pour rien elles m’ont rendues meilleur et m’ont fait comprendre à quel point la vie est précieuse.

Non, elles ne sont pas venues pour rien. Et un jour, si cela m’est possible,  je m’imagine en maman berçant son 3ème enfant.

Kiki

Toute douleur qui n’aide personne est absurde

Perdre un enfant

C’était trop beau, je m’en doutais, 2 beaux enfants, un compagnon, une exploitation qui commençait à tourner, un nouveau projet de vie.

Jusqu’à ce jour, un accident, une fraction de seconde qui chamboule toute la vie. De 4, on passe soudainement à 3, 3 êtres perdus sans toi.
3 ans de bonheur, voilà ce qu’il reste de toi, si peu et tant en même temps. Tu nous as faits parents. J’ai encore ton odeur imprégnée dans mon nez, tes cheveux tout doux que j’aimais tant caresser, ton rire résonne toujours en moi, mais pour combien de temps ? Tellement peur de t’oublier.

Et en même temps, avancer, pour ton frère, pour nous, parce que l’on est en vie, et que l’on mérite d’être heureux. Se reconstruire sans toi mais en ayant changé grâce à toi.

Se concentrer sur ce qui nous fait du bien. Se rapprocher des gens et s’éloigner de certains. Apprécier le moment présent.

S’aimer encore plus.

Profiter de ce que la vie nous donne, parce que la vie est belle malgré tout.

« Toute douleur qui n’aide personne est absurde » André Malreaux

Emilie

Je suis heureuse

Perdre son bébé

Il s’appelait Romain, c’était mon prince, il est arrivé un 18 août il y a 9 ans après le parcours d’une grossesse incroyablement compliquée, ponctuée de pleurs, de peurs, d’hospitalisations, mais dans laquelle j’ai mis absolument toutes mes forces actives ou passives.

Il est né grand prématuré à 30 semaines et nous avons su que ça ne lui donnait qu’une chance sur deux. Puisque je témoigne ici vous aurez compris que la chance n’était pas avec nous. Le 24 septembre, Romain s’en est allé, et avec lui, mon cœur est parti lui aussi. J’avais pourtant deux filles adorables déjà, de 7 et 5 ans… occultées, une famille aimante… occultée.
Tout était occulté à partir de ce jour, je n’avais aucun goût à rien, aucune envie de m’accrocher. Les gens me disaient des banalités dans le meilleur des cas, et d’incroyables horreurs dans le pire (je me souviendrai toujours de cette charmante dame de la sécu qui m’a dit un jour que la mort de Romain ne « l’arrangeait pas » administrativement parlant… devant le torrent de larmes qui m’est monté et ma réponse acerbe, elle s’est un peu sentie nulle).

J’évitais donc les gens. Heureusement mon mari et ma mère étaient là. Pugnaces, piliers, supportant tout, rebuffades, agacement, fatigue, il m’a vraiment fallu ces deux « béquilles » pour recommencer à songer survivre.

Puis l’envie d’avoir un autre enfant, une croisade, deux ans d’examens, mon corps était réticent, toujours soutenue par mon mari et ma mère, inlassablement recours et secours quand ma volonté se faisait faible.

Il a fallu que j’aide mes filles, perdue dans ma douleur, j’en oubliais que ceux que j’aimais souffraient aussi, et tant bien que mal je suis remontée à la surface. Deux ans après naissait, après une grossesse angoissée et néanmoins tranquille, ma troisième princesse, Julie.

Un enfant ne remplace jamais l’autre, mais Julie, soyons honnêtes a pansé bon nombre de blessures profondes. Ce petit bout aidé de ses grandes sœurs a su finir de me sortir d’une léthargie ambiante et sempiternelle. Elle a 7 ans maintenant, m’a remis sur les rails de mon rôle de mère 100% axée sur ses enfants, ne remplace personne mais occupe l’espace vide.

Et je suis heureuse.

Bien sûr je pense à Romain tous les jours, 9 ans après, le temps s’est scindé pour moi, tout évènement à dater se fait : avant Romain/après Romain, je parle de lui sans tabou et régulièrement, mais au contraire de ce que je pensais, j’ai appris à vivre sans lui, j’ai su tirer de tout ce qui se passe autour les forces de surmonter, de dépasser, et je suis heureuse. Ma vie est belle, mes filles vont bien, j’aime mon mari comme au premier jour, et surtout, surtout : je ne regrette rien, j’ai eu la chance de le connaitre ce fils, même pour peu de temps , j’en suis heureuse, je suis heureuse.

Aujourd’hui, je suis assistante maternelle , et je garde des petits garçons, pas de rancœur, pas de douleur, je puise même des forces incroyables à les regarder grandir entourés de mes filles.

La roue tourne, et chose formidable, elle tourne dans le bon sens.

Stef

Reprendre goût à la vie

Sourire à la vie

29 mai 2012, le jour où mon conte de fée s’est achevé quand tu t’en es allé.
Nous t’attendions avec tellement d’impatience que le temps nous paraissait durer une éternité et puis ce jour là, tout a basculé. Le temps avait même fini par s’arrêter, définitivement suspendu, infiniment douloureux et pourtant… Pourtant malgré les larmes qui coulaient, quelques petites choses parvenaient à faire apparaître un rictus, un sourire même parfois.

Une simple chanson « les sardines » accompagnée de sa danse de l’épaule, une blague de ton père, une parole réconfortante d’une amie, un câlin à une peluche qu’on s’imaginait te donner plus tard…
Pour autant la colère était belle et bien là, l’infinie tristesse aussi, le manque, le vide également, avec cette sensation que plus rien ne sera plus jamais comme avant.
Et c’est vrai, plus rien n’est comme avant, les fêtes provoquent un pincement au cœur, les anniversaires des neveux et nièces aussi, les femmes enceintes nous font enrager et tout un tas de choses qui avant paraissaient anodines mais qui désormais ne le sont plus.

Puis un jour, nul ne sait trop quand, les sourires et les rires se font plus fréquents et les larmes se tarissent quelque peu. On retourne travailler, on invite les gens, les saisons passent, on grandit, on avance en te laissant quelque peu derrière, toi qui est figé dans le temps mais on ne t’oublie pas pour autant.
Enfin, on parvient à repenser à toi presque en souriant et on se dit que finalement on court à nouveau après le temps et que la vie a repris ses droits sans même qu’on s’en aperçoive. On se rend compte alors que ce qui nous a fait tenir debout, en dehors des gens très proches, c’est la vie, la vie elle-même qui par ses petits riens nous font l’apprécier intensément. Le simple fait d’aller boire un verre à la terrasse d’un café par un beau soleil d’été, s’émerveiller devant un film au ciné, avoir des projets et tout faire pour les concrétiser, ces petits riens qui au final font beaucoup et nous font avancer.

La vie est belle et vaut la peine d’être vécue malgré les peines et les galères qu’on est chacun amené à traverser.

Mel

Surmonter un deuil périnatal

Deuil périnatal

J’t’ai fait une place au fond d’mon cœur 6 enfants vivants, 7 en réalité. Chaque jour j’y pense, depuis presque 10 ans.

Après les mois sans soleil où la souffrance était si forte qu’elle semblait m’avoir changée pour toujours.
Après des mois à faire l’autruche en me disant je vais bien tout va bien alors que j’étais en miettes.

Jusqu’au jour où je me suis réveillée et où j’ai réalisé que c’est moi qui avais la clé pour retrouver qui j’étais. La clé pour ouvrir la porte derrière laquelle il y avait de la lumière plutôt que de rester devant cette porte, avec juste envie de faire demi-tour. Ma clé, c’était de trouver la meilleure place pour BB5.

Une place qui serait la sienne et ne pourrait être prise par personne d’autre.
Une place au chaud, douce et joyeuse, pas une place mortifère et triste.
Une place où il serait bien, et toujours avec moi.
Une place qui me permettrait de vivre avec le souvenir, qui m’empêcherait d’oublier.
Une place qui me donnerait de la force les jours où j’en manque.
Une place qui atténuerait ma culpabilité.
Une place qui m’autoriserait à recevoir quelques claques sans qu’elles soient trop douloureuses.
Une place qui laisserait toute leur place à mes 6 autres enfants, pour qu’ils puissent grandir et s’épanouir, devenir des adultes autonomes et responsables, et que je puisse être une mère heureuse et joyeuse.

Jusqu’au jour où j’ai réalisé que cette place avait toujours existé pour lui, qu’elle avait toujours été là, depuis le tout début. La mort n’y avait rien changé.
Cette place est dans mon cœur. Cette place que BB5 occupe est unique, comme pour chacun de mes autres enfants.

J’aime l’idée que le cœur d’une mère s’agrandit au fur et à mesure qu’elle a des enfants, pour aimer chacun, autant, pour toujours. Le jour où j’ai trouvé cette clé, j’ai été rassurée. Comme si le fait de trouver cette place calmait cette angoisse de manque, d’absence, de vide qui m’étreignait depuis le 11 mars 2004, et rétablissait l’équilibre qui m’avait tant manqué depuis.

La vie continue, avec ses rires et ses larmes, ses vraies joies et parfois ses profondes tristesses. Mais la vie continue et BB5 en fait partie. Il m’a aidée à devenir qui je suis aujourd’hui, et quand je regarde le chemin parcouru, j’ai envie de dire ouaouhhh !

Cécile

Du courage

Il y a très exactement 3 ans et 5 mois, je mettais un pied dans le drame de ma vie. Je ne me souviens pas avoir exactement envie d’en finir, mais je sais que je me suis dit que ma vie s’arrêtait là. Et ça a été le cas, pendant quelque temps. Je suis partie en même temps que lui.
Beaucoup de gens m’ont dit que j’étais forte d’avoir surmonté ça, qu’eux n’auraient pas eu ce courage. Avant mon fils, je n’ai pas perdu de personne très proche. J’ai encore mes parents, encore mes grands-parents. Quand j’y pensais, je me disais que jamais je ne pourrais survivre à quelqu’un que j’aime. Je n’ai jamais été forte.
Je ne le suis pas plus aujourd’hui.
Je dis souvent que je n’ai pas eu le choix, mais je crois que si, en fait.
Je n’ai pas eu le choix de continuer à vivre. Mais j’ai fait le choix de continuer à vivre le mieux possible.

 Ça ne s’est pas fait comme ça. Les premiers jours, les premiers mois, la première année, j’étais détruite. De l’extérieur, on ne voyait rien, mais à l’intérieur, c’était en mille morceaux.
Au départ, je n’avais même pas envie d’aller mieux. Je ne voyais plus l’intérêt. A quoi bon ?
Je me souviens parfaitement de la première fois où j’ai souri. Dès que je me suis rendue compte que je souriais, j’ai éclaté en sanglots. Je n’avais pas le droit. Il n’était plus là, je ne pouvais pas sourire.
Je me souviens avoir dit que je ne serais plus jamais la même. J’avais l’habitude d’être cette fille rigolote, enjouée, positive. Il y avait un avant et un après.

Ça a pris plusieurs mois. Plusieurs mois de patience et d’amour pour mes proches. Plusieurs mois de douleurs, d’avancées et de rechutes pour moi. Mais j’avais pris la décision que, puisqu’il fallait continuer à vivre, il fallait essayer d’être les plus heureux possible. Pour nous, pour lui. C’est con, mais je ne voulais pas que, de là où il était, il culpabilise d’avoir rendu ses parents malheureux.

Outre l’amour de mes proches, il y a quelque chose qui m’a beaucoup aidée : les témoignages des gens. Je m’en suis abreuvée, pendant des mois. Pas les témoignages des gens qui racontaient leur malheur, non. Le témoignage de ceux qui avaient réussi à s’en sortir. De ceux qui avaient continué à être heureux.
Parce que bordel, être heureux, c’est quand même vachement mieux.

J’ai lu des témoignages sur les forums, j’ai reçu des mails de lectrices qui avaient vécu la même chose, je me suis nourrie de tout ça. J’y ai puisé de la force.
Au départ, j’avoue que je pensais que c’était impossible. Si elles y étaient arrivées, c’est juste parce que c’était leur nature. Elles étaient fortes, je ne l’avais jamais été.

Et pourtant.
Aujourd’hui,  je reçois régulièrement des messages de parents qui sont en train de vivre l’inhumain. Aujourd’hui, c’est moi qui leur dis qu’on peut s’en sortir, qu’on peut être heureux après.
Et c’est vrai.
Je ne vous dirai pas que tout est merveilleux, je suis pleine de failles, pleine d’angoisses, encore plus qu’avant. J’ai des moments où je pleure sas pouvoir m’arrêter, pendant des heures. Mais j’ai au moins un fou rire par jour et je crois pouvoir dire que je suis heureuse et joyeuse. J’aime la vie. A nouveau.

Ginie