Je suis heureuse

Perdre son bébé

Il s’appelait Romain, c’était mon prince, il est arrivé un 18 août il y a 9 ans après le parcours d’une grossesse incroyablement compliquée, ponctuée de pleurs, de peurs, d’hospitalisations, mais dans laquelle j’ai mis absolument toutes mes forces actives ou passives.

Il est né grand prématuré à 30 semaines et nous avons su que ça ne lui donnait qu’une chance sur deux. Puisque je témoigne ici vous aurez compris que la chance n’était pas avec nous. Le 24 septembre, Romain s’en est allé, et avec lui, mon cœur est parti lui aussi. J’avais pourtant deux filles adorables déjà, de 7 et 5 ans… occultées, une famille aimante… occultée.
Tout était occulté à partir de ce jour, je n’avais aucun goût à rien, aucune envie de m’accrocher. Les gens me disaient des banalités dans le meilleur des cas, et d’incroyables horreurs dans le pire (je me souviendrai toujours de cette charmante dame de la sécu qui m’a dit un jour que la mort de Romain ne « l’arrangeait pas » administrativement parlant… devant le torrent de larmes qui m’est monté et ma réponse acerbe, elle s’est un peu sentie nulle).

J’évitais donc les gens. Heureusement mon mari et ma mère étaient là. Pugnaces, piliers, supportant tout, rebuffades, agacement, fatigue, il m’a vraiment fallu ces deux « béquilles » pour recommencer à songer survivre.

Puis l’envie d’avoir un autre enfant, une croisade, deux ans d’examens, mon corps était réticent, toujours soutenue par mon mari et ma mère, inlassablement recours et secours quand ma volonté se faisait faible.

Il a fallu que j’aide mes filles, perdue dans ma douleur, j’en oubliais que ceux que j’aimais souffraient aussi, et tant bien que mal je suis remontée à la surface. Deux ans après naissait, après une grossesse angoissée et néanmoins tranquille, ma troisième princesse, Julie.

Un enfant ne remplace jamais l’autre, mais Julie, soyons honnêtes a pansé bon nombre de blessures profondes. Ce petit bout aidé de ses grandes sœurs a su finir de me sortir d’une léthargie ambiante et sempiternelle. Elle a 7 ans maintenant, m’a remis sur les rails de mon rôle de mère 100% axée sur ses enfants, ne remplace personne mais occupe l’espace vide.

Et je suis heureuse.

Bien sûr je pense à Romain tous les jours, 9 ans après, le temps s’est scindé pour moi, tout évènement à dater se fait : avant Romain/après Romain, je parle de lui sans tabou et régulièrement, mais au contraire de ce que je pensais, j’ai appris à vivre sans lui, j’ai su tirer de tout ce qui se passe autour les forces de surmonter, de dépasser, et je suis heureuse. Ma vie est belle, mes filles vont bien, j’aime mon mari comme au premier jour, et surtout, surtout : je ne regrette rien, j’ai eu la chance de le connaitre ce fils, même pour peu de temps , j’en suis heureuse, je suis heureuse.

Aujourd’hui, je suis assistante maternelle , et je garde des petits garçons, pas de rancœur, pas de douleur, je puise même des forces incroyables à les regarder grandir entourés de mes filles.

La roue tourne, et chose formidable, elle tourne dans le bon sens.

Stef